BOURRAGE DE CRÂNES ET ATTRAPE-COUILLONS
— Mieux vaut en rire, soupire mémé Georgette.
— Rire de quoi, mémé ?
— Des journalistes.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que plus ça va, plus ils racontent n’importe quoi. Ou tu retrouves mot pour mot la dépêche AFP, dans les journaux de droite aussi bien que dans ceux de gauche, ou on te présente de vagues rumeurs comme des vérités absolues, quitte à se dédire quand le mal est fait. As-tu remarqué que, de plus en plus, les statistiques tiennent lieu d’infos ? « 85 % des Français sont satisfaits de leur président : Nicolas Sarkozy vient de gagner deux points dans les sondages ». Qui sonde ? Qui est sondé, et selon quels critères ? Sur quoi reposent les estimations vaseuses assénées si préremptoirement ? Quels sont ces 85% de Français qui parlent au nom de leurs compatriotes ? « Un échantillonnage représentatif de la population ». J’aimerais bien savoir lequel et où les sondeurs le recrutent !
— Bah, ce n’est pas bien méchant...
— Non, c’est juste de la manipulation d’opinion. Et il y a pire ! Sur internet, des milliers de têtes de nœuds s’improvisent journalistes et relaient allègrement les vasouillages des « grands » médias. Dès qu’un sujet est d’actualité, on voit fleurir de blog en blog des articles plus ou moins bien torchés, qui ne sont que des resucées les uns des autres, assorties d’opinions personnelles et de commentaires subjectifs — selon le principe du téléphone arabe, tu vois ? Résultat : un monstrueux tas d’affirmations sans fondement dans lesquelles il est impossible, pour le lecteur lambda, de discerner le vrai du faux. Ainsi se propagent, sur une grande échelle, les mensonges, les contre-vérités puantes et les calomnies éhontées qui étaient, jadis, l’apanage du « café du Commerce ».
— Tout ça, on le sait, mémé ! Tu enfonces des portes ouvertes ! Allons, calme-toi, je te paie un verre.
—T’as raison, ma chérie : les discussions de comptoir, ça me changera les idées...
