Quantcast
Dimanche 12 août 2012 7 12 /08 /Août /2012 07:34

Echos du village 

  Minuit... Insomnie. Je me lève, enfile ma salopette et vais me promener. J’adore les rues du village endormi. Pas un bruit, pas un souffle, juste la lune sur les vieilles pierres, une brise légère, et quelques chauves-souris qui tournoient dans l’ombre.

Soudain, en passant devant chez Thérèse, dame  respectable d’une soixantaine d’années, notoirement célibataire :

— Non, ça suffit comme ça ! entends-je, sortant par la fenêtre ouverte. Tu es un vrai obsédé, ma parole ! Fiche-moi la paix, laisse-moi dormir !

Je tends l’oreille dans l’espoir d’identifier l’obsédé en question — curiosité oblige ! — mais il se tait piteusement. Il doit bouder, je suppose.

Le lendemain, croisant Thérèse à l’épicerie, je lui glisse, mine de rien :

 — Tu as reçu de la visite, hier ?

 Elle secoue négativement la tête. Je n’insiste pas. La vie privée, hein, c’est sacré...

 Comme nous sommes voisine, on fait le chemin du retour ensemble.

 — Cet après-midi, j’emmène mon chat chez le véto, dit-elle, tout en marchant.

 — Il est malade ?         

 — Non, je vais le faire castrer. Depuis qu’il est en rut, je ne peux plus fermer l’œil. Toute la nuit, il demande à sortir, c’est insupportable !

Ah, d’accord...      

 

Par Gudule - Publié dans : Mezzé
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Samedi 11 août 2012 6 11 /08 /Août /2012 07:19

Episode 47

        Résumé des chapitres précédents : Ce satané Aladdin qui engrosse les sirènes deviendra-t-il maître du monde ? Ça nous f’rait mal, quand même !

        

         Force fut à Zoé de se rendre à l’évidence : discuter ne servait rien. il fallait agir, et vite ! Faussant compagnie au couple maudit, elle plongea dans la mer et regagna, à la nage, son canot qui dérivait non loin.

         — Je ne vois qu’une solution : alerter les Autorités au plus haut niveau, se dit-elle.

         Par chance, elle avait, parmi ses patients, le chef de cabinet d’un ministre. Sitôt sur la terre ferme, elle lui téléphona, et, vu la nature de leurs relations, obtint un rendez-vous dans la journée. Hélas, son histoire de sirènes extraterrestres engrossées par un enfant de deux ans se heurta à un scepticisme obstiné. Et elle eut beau user de toute sa diplomatie manuelle — euh... naturelle, pardon — pour convaincre son interlocuteur, rien n’y fit. Ayant terminé sa petite affaire, il la mit dehors avec bienveillance, en lui recommandant quelques jours de repos.

         Cet échec ne découragea pas notre héroïne.

         — Puisque je ne puis lutter par des moyens légaux, je combattrai dans l’ombre, décida-t-elle.

         Depuis des heures qu’elle y réfléchissait, un plan avait mûri dans son cerveau.

         Un plan audacieux.

         Illicite.

         Terrible.

         Le genre de plan qui met votre existence en danger — ou, dans le meilleur des cas, peut vous mener en prison jusqu’à la fin de vos jours. Style kamikaze, voyez ?

         Ce plan exigeait quelques informations que Zoé se procura chez l’un de ses patients, membre de Green Peace, ainsi qu’une boussole qu’elle trouva chez un patient marin, quelques outils qu’elle emprunta à un patient plombier, et une bombinette artisanale dont un patient chimiste lui donna la recette. Puis elle retourna en hâte à Slip-les-Bains.

         Une heure plus tard, vêtue de l’équipement encore sanglant de Ruth Prout — qui était resté dans le canot —, elle gagnait en hâte le grand large...

                                                                                                                                     (A suivre)

 

Par Gudule - Publié dans : Mezzé
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 10 août 2012 5 10 /08 /Août /2012 06:21

 

Paul, John, George, Ringo et Spip

 

       Le tout premier cadeau que me fit Alex fut un oiseau. Un de ces petits passereaux sauvage que les enfants de la montagne vendaient quelques piastres dans les rues de Beyrouth, attachés à une branche par un fil à la patte.

         Perso, je l’aurais bien relâché immédiatement, mais ça risquait de vexer mon amoureux tout neuf. De plus, Frédéric, âgé d’un an à peine, en raffolait. À mon corps défendant, je le mis donc en cage et le prénommai Spip.

         L’hiver suivant, Alex vint s’installer chez nous. Avec, pour tout bagage, sa basse, son stylo, et ses disques des Beatles.

         Spip étant, à l’évidence, malheureux derrière ses barreaux, nous décidâmes, d’un commun accord, de le libérer. Il voleta dans la pièce, au grand émerveillement de mon fils, et alla se percher sur la tringle à rideau. Mais nous eûmes beau lui ouvrir la fenêtre avec des « pshhht, pshhht » encourageants, il refusa de sortir. Forcément : c’était la saison des pluies, et le petit oiseau n’avait aucune envie de se mouiller les plumes...

         On le laissa donc en liberté dans l’appartement. Peu farouche, il se posait sur nos épaules, sur le dossier de nos chaises  ou sur la table quand nous mangions. Il buvait dans nos verres, picorait autour de nos assiettes ; une véritable attraction ! Mais il y avait un hic...

         Spip aimait les Beatles.

         Il les adorait, même.

         Eux, exclusivement. Ni Brassens, ni Brel, ni Ferré, qui pourtant passaient en boucle sur le Teppaz.

         Dès qu’il entendait la voix de Paul, John, George ou Ringo, il rappliquait avec un « kwîîîk » joyeux. Et s’installait sur le haut-parleur où il restait sans bouger jusqu’à l’accord final.

         Ça nous faisait beaucoup rire.

         Puis, sortit « Rubber soul ». Alex se rua dans l’unique magasin d’importations anglaises où il l’acheta la peau des fesses. Nous l’écoutions religieusement quand Spip — sous l’effet de l’enthousiasme, sans doute — rappliqua à tire d’ailes et, sacrilège suprême, atterrit directement sur le disque. Tous nos efforts pour l’en déloger furent vains. Nos cris et nos grands gestes le chassaient un instant, mais il y retournait aussitôt. Force nous fut donc d’arrêter le magnéto. Et de récupérer « Rubber soul », couvert de fiente...

         En pestant, Alex lava son précieux disque (ainsi que l’aiguille, salement engluée), puis tenta de le réécouter. Le même cirque se reproduisit. Deux fois. Trois fois. Cela ne pouvait pas durer, il fallait choisir : les Beatles ou l’oiseau mélomane.

         Par chance, le beau temps était revenu. Cette fois, Spip ne renâcla pas à prendre son envol. Les quatre de Liverpool ne faisaient pas le poids devant un grand ciel bleu !

 

Par Gudule - Publié dans : Mezzé
Ecrire un commentaire - Voir les 13 commentaires
Jeudi 9 août 2012 4 09 /08 /Août /2012 07:07

Episode 46

  Résumé des chapitres précédents : Ainsi, c’était ça, le plan d’Aurore et de ses sbires : faire envahir la terre par les descendants de l’Élu ! Descendants qu’Aladdin Audoigtdefée (puisqu’il faut l’appeler par son nom) est en train de fabriquer au fond de la Mer du Nord, avec l’aide des sirènes extraterrestes.

 

         La terrifiante révélation laissa Zoé sans voix.         

         — Ah ah ah, ça te la coupe, hein ! triompha vulgairement Aurore.

         —Voyons, ma perle..., minauda le Mollah Mou.

         — Et qu’est-ce qu’il vient faire dans l’histoire, çui-là ? s’enquit Zoé.

         Aurore eut un sourire très tendre.

         — Chaque Vierge Marie a son saint Joseph, non ?

         — Oui mais bon, la burka ?

         — C’était juste pour lui faire plaisir.

         — Et la secte ?

         — Du folklore.

         — Tu nous a bien eus, avec ton cinoche !

         — J’ai fait de mon mieux.

         — La seule chose qui compte, intervint le Mollah Mou d’un air pénétré, c’est ce qui est en train de se perpétrer là-dessous...

         De l’index, il montrait l’étendue marine.

         — ... et qui va revivifier cette planète moribonde.

         — En gros, vous n’êtres guidés que par un souci d’écologie ? grinça Zoé.

         — On peut dire ça comme ça, oui, acquiesça Aurore.

         — Tu te fous de ma gueule ?

         — Tsss, tsss, désapprouva le Mollah Mou. Surveillez votre langage, madame, je vous prie. Vous êtes en présence de la Mère du Sauveur !

         — Oh, toi, la ferme ! Aurore, il faut arrêter cette folie, tu entends ? L’arrêter tout de suite ! Ressaisis-toi, ma grande : la Terre est en danger. Cette Terre qui t’a vu naître et qui t’a nourrie en son sein... 

         — Trop tard, les jeux sont faits, émit Aurore, frémissant d’une exaltation suspecte. Bientôt, mon Aladdin sera maître du monde !

                                                                                                                                      (A suivre)


Par Gudule - Publié dans : Mezzé
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 8 août 2012 3 08 /08 /Août /2012 07:05

Intuition

  L’un de mes premier romans s’intitulait « A la folie ». Il eut une curieuse destinée que j’ai racontée dans l’avant-propos de mon recueil « Les filles mortes se ramassent au scalpel », paru aux éditions Bragelonne. L’histoire était tragique, et, dans le chapitre où mon héroïne nageait en plein drame, j’avait écrit : « Elle s’affairait, rangeait, briquait, dépoussiérait avec une sorte de  frénésie têtue ; gestes éternels des femmes face au désespoir, à la maladie, à la mort... » L’éditeur de chez Gallimard, où mon livre devait sortir, biffa ce passage, l’estimant pompeux, désuet et antiféministe.

         Je le retirai donc.

         À regret.

         Et à tort.

         Trente ans plus tard, ayant moi-même vécu de douloureux événements, j’ai souvent repensé à cette phrase. Et je l’affirme haut et fort : elle n’était ni pompeuse, ni désuète, ni antiféministe, mais tout bêtement prémonitoire. 

Par Gudule - Publié dans : Mezzé
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires

Qui suis-je ?

  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu. Ma bio et bibliographie sur wikipédia : http://fr.wikipedia.org/Anne_Duguël

Portraits-d'auteurs

  • IMG00037-20091018-0953

Recherche

Catégories

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés