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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 06:26

Toy story

        La Ford Fiesta se rangea sur l’aire de repos, et Étienne en jaillit pour courir aux toilettes. Restée seule dans la voiture, Nadine alluma une clope avant d'ouvrir la portière. Le crépuscule avait rafraîchi l'atmosphère. Elle se dégourdissait les jambes quand une sorte de sanglot lui parvint. Il venait du rideau de végétation destiné à masquer l'autoroute. La jeune femme hésita un instant, se demandant s'il ne valait pas mieux attendre son mari pour aller voir. Mais la curiosité l'emporta sur la peur.

        Des salauds de vacanciers avaient abandonné leur petit compagnon, attaché à un arbre.

         — Pauvre chou ! s'attendrit Nadine qui avait bon cœur.

            Avec la bouche, elle fit des bruits de baisers qui calmèrent aussitôt le captif. Puis elle le libéra et le ramena à Étienne qui sortait du bloc sanitaire.

         — Qu'est-ce que tu as encore récupéré ? s'exclama ce dernier avec agacement.

         — Une victime des aoutiens.

         — Va remettre ça où tu l'as trouvé, la SPA s'en occupera. Tu n'auras qu'à téléphoner à la prochaine station-service.

         — S'il te plait, chéri, je voudrais le garder.

         — Et quoi encore ? Il y en a dix mille chaque année dans le même cas. Si tu veux ouvrir un refuge, dis-le tout de suite, on avisera.

            Nadine soupira. Le bras-de-fer conjugal était au-dessus de ses forces.

         — Bon, bon, je le reporte, céda-t-elle à contre-cœur.

            « Putain, celui-ci m’aurait vraiment plu, regrettait-elle, tout en rattachant le pauvret à son arbre. Non seulement il a les yeux bleus et une musculature à vous couper le souffle, mais depuis qu’il m’a vue, il trique comme une âne... À mon âge, c’est flatteur ! ».

         — Adieu, cher petit androïde, chuchota-t-elle en lui tapotant tristement la joue.

            Ce simple geste suffit à la mettre en émoi. Elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule ; Étienne lui tournait le dos. Il avait étalé la carte sur le capot et consultait l’itinéraire.

            Saisie d'une pulsion incontrôlable, elle tendit les bras à l’abandonné.

         — Pourquoi tes propriétaires se sont-ils débarrassé de toi ? murmura-t-elle, tandis qu’il l’étreignait avec une vigueur prometteuse. 

         — On ne veut pas de nous dans les hôtels, alors les gens nous larguent sur la route des vacances.

         — Pour en racheter un neuf à la rentrée, c’est ça ?

         — Bien sûr ! On trouve des androïdes made in China pour trois fois rien, en grande surface. Ça coûte moins cher que de nous faire garder pendant un mois.

         — Pfff, quel gaspillage ! Le consumérisme aura notre peau. Sans compter que vous êtes capables de souffrir, depuis qu'on vous a dotés d'âmes virtuelles.

         — Et surtout d'aimer !

         Nadine sentit sa gorge se nouer.

         — Heureusement qu'il y a la SPA..., commença-t-elle, d’une voix étouffée.

         — La Société Protectrice des Androïdes ? Une belle arnaque, oui ! Ils nous démontent pour nous revendre en pièces détachées aux pays du tiers-monde. Plutôt finir désintégré que servir à la fabrication de mercenaires en Ouganda ou au Togo !

         — Et en plus, tu as une conscience politique, s’émerveilla Nadine. Sais-tu que je n'ai jamais vu, dans le commerce, de spécimen aussi réussi que toi ?

            Le robot sourit avec modestie.

         — Je suis un vieux modèle. De mon temps, on recherchait  la qualité. Pas comme les pacotilles qui inondent aujourd'hui le marché et tombent en panne le dernier jour de la garantie !  

            Il eut un petit rire égrillard.

         — Moi, les pannes, je ne connais pas, ajouta-t-il, preuve à l’appui.

            C'était plus que n'en pouvait supporter Nadine.

         — Je te garde, décida-t-elle. Mon mari dira ce qu'il voudra, je m’en tape.

            Quand il les vit revenir main dans la main, Étienne leva les yeux au ciel.

         — J'en étais sûr ! Faut-il vraiment que tu ramasses tous les détritus dont plus personne ne veut ? Bientôt, tu fouilleras dans les poubelles.

            Devant la détermination de sa femme, il finit pourtant par ouvrir le coffre.

         — Fous ça là, tête de mule... Mais je te préviens, si je le vois traîner, c’est la benne direct !

         — Aucun danger, répondit doucement Nadine. Il ne sortira pas de mon lit.

            Et d'un index rêveur, elle frôla le pénis de son nouveau joujou avant de rabattre le couvercle.

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Odomar 20/01/2013 03:27

Très mignon !

gudule 18/01/2013 21:11

C'est ma fourche qui a langué !

Castor tillon 18/01/2013 21:00

Mouarf !!! Excellent !
Nan, je disais ça en fait, c'est parce que dans ton histoire, il s'agit d'une jeune femme.

gudule 18/01/2013 20:50

http://www.youtube.com/watch?v=IlLJqORNu2Q

Castor tillon 18/01/2013 20:42

Hi Hi !

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