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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 05:22

Chapitre 4

  Résumé des chapitres précédents : Charlie est clown, Nora l’admire, ils s’aiment, ils rient... Que demander de plus à la vie ?

 

         L'âme du lieu, c'est la soupente. Leur théâtre en miniature. Une estrade d'avant la rénovation de l'école, récupérée à la décharge, y tient lieu de scène. Des draps de lit coulissant sur une tringle, de rideau. Là, Charlie répète, improvise, bricole. Nora coud. Défroques et accessoires évoquent, sous le quadrillage de poutres centenaires, la sordide magie des loges de music-hall (sueurs de divas, baume mentholé des danseurs, bandages herniaires d'éternels jeunes premiers... « Les puanteurs mythiques » comme dirait Nora, intoxiquée à tout jamais par une brève expérience de comédienne ambulante). Sur une table surmontée d'un miroir, des pots de maquillage bon marché, quelques plumes, des rubans, une écharpe pailletée. Au portemanteaux, un feutre à large bord garni d'une cascade de roses. Dans un coin, une planche et un fer à repasser. Par terre, un minuscule violon flanqué de son archet, un tambourin crevé, une paire d'échasses à reclouer...

         — Regarde, Nora !

         Assis au clavier d'un piano factice, Charlie mime avec emphase un virtuose en pleine inspiration. Le magnéto passe du Gershwin. Soudain, un petit bonhomme grimpe sur l'instrument et sautille au rythme de la musique. Il a la tête de Charlie mais un corps de trente centimètres de haut. Les mains chaussées de godillots pour figurer les pieds, Charlie exécute pas de deux et entrechats tandis que les bras de la marionnette, inertes mais entraînés par le mouvement, semblent battre la mesure.

         Nora fait basculer sa chaise tant elle se marre.

         — Tu aimes ? s'enquiert Charlie, surgissant hors d'haleine de derrière le piano.

         C'est pure coquetterie de sa part.

         — Renversant ! confirme sa spectatrice, à quatre pattes.

         Il s'accroupit près d'elle, l'embrasse — elle l'a bien mérité ! Ça aussi, c'est joyeux. Comme tout le reste. Chez certains, le désir est grave, presque féroce. La bête en rut gronde, dit-on. Eux s'abattent l'un sur l'autre quand bon leur semble, pour un saute-mouton d'une folle gaieté où même les silences rient.

         — Le premier qui jouit a perdu !

         Leurs mains débordent de caresse. Sur le toit roucoule une colombe — ô la touchante allégorie. Ailleurs, des gens consomment, s'emmerdent et se détruisent. Le coucher de soleil promet d'être beau ; quand l'horizon arbore ce rouge-là, c'est qu'il va battre tous ses records. Charlie et Nora le contempleront par la lucarne, entre deux coups de reins, avec la sensation d'avoir été compris. 

 

 

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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Pata 14/03/2013 19:20

Mais c'est qu'ils commencent à vraiment me plaire, ces deux exilés volontaires de la société ! Non, pas trop longs, ces débuts, juste ce qu'il faut pour s'attacher à ces personnages.

Domlunnn 13/02/2013 09:03

Pour sûr Gudule, pour sûr;)

gudule 12/02/2013 10:41

OoooOOOoooOh ! Que c'est gentil, Domlunnn ! Tu me fais confiance, alors ?

Domlunnn 12/02/2013 10:33

Ben moi, j'aime ça:) Pas de risque que je remplace ma p'tite lecture gudulesque du matin par aut'chose;)

Castor tillon 12/02/2013 02:00

Hoûûû, je sais de quoi tu es capable. Je suis un peu inquiet, quand même. Bon,pour l'instant, y a pas encore de gamine à écorcher.

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