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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 07:06

Chapitre 8

Résumé des chapitres précédents : Charlie et Nora sont au théâtre d’Auxerre où passe l’idole de Charlie.

 

         Boris, c'est un clown et c'est tout le monde. Dans les minuscules portraits qu'il campe, sketch après sketch, on ne peut que se reconnaître. Petits travers évoqués en trois gestes ; caricatures féroces et subtiles, d'une admirable brièveté ; regard sans complaisance — mais non dénué de tendresse — sur une société, une époque, des comportements. Le tout dans une ahurissante défroque d'auguste futuriste, mâtinée d'un zeste de Buster Keaton.

         Cramponné aux accoudoirs de son fauteuil, Charlie décolle. Une adoration quasi-mystique le transfigure. Il s'abreuve de chaque  geste, chaque trouvaille scénique, chaque gag ; un vrai papier buvard. Nora le regarde autant que la scène, plus même. À travers lui, elle absorbe du sortilège. Elle accorde ses rires aux siens, s'émerveille dans son sillage, ombre, écho, ricochet. D'être perçu au travers de son homme transcende le spectacle, en démultiplie l'intérêt. Le rend, au sens propre du terme, charlinesque.

         Une fois le rideau baissé :

         — J'en ai pris plein la gueule, constate Charlie, amer.

         — Pourquoi ? s'étonne Nora, encore dans les étoiles.

         — C'est un géant, ce type-là. Jamais je ne lui arriverai à la cheville !

         S'il est une chose qui indispose Nora, c'est bien l'autocritique. Surtout de cette nature.

         — Arrête de comparer ce qui n’est pas comparable : toi, t'es un homme-orchestre, lui, un mime. Vous ne faites pas le même métier.

         — Ce n'est pas la question,  s'entête Charlie. Devant un tel talent, on rentre sous terre, point barre.

         Haussement d'épaules agacé de Nora.

         — Qu'est-ce que tu lui trouves de si extraordinaire ?

         Sa mauvaise-foi confine au grand art.

         — Tu la boucles, au lieu de dire des conneries ! s'indigne Charlie.

                                                                                                                         (A suivre)

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Pata 15/03/2013 22:47

Oh, oh, y'a un hic dirait-on... Remarque, logique, les mime-hic, c'est un peu la spécialité des clowns ! Faut voir comment va réagir celui là...

Tororo 17/02/2013 02:15

Oh, oh.

gudule 16/02/2013 20:06

Tu sais comment sont les écrivains, hein !on mélange plusieurs modèles, et on en sort un personnage qui colle exactement au rôle qu'on veut lui faire jouer. Ce pauvre Boris est ainsi une sorte de
patchwok de plusieurs personnalités, et pas seulement des clowns. L'une de ces personnalités (la principale, sans doute) est celle d'un célèbre dessinateurs de BD... Mais je ne te dirai pas
lequel,bien entendu !

Tororo 16/02/2013 19:50

Ah, les clowns, c'est sûr qu'ils se ressemblent (ils font exprès, je suppose)... mais j'ai l'impression que tu nous parles d'un clown un peu atypique. Je me souviens un peu des Macloma, mais je ne
les ai jamais vus "en vrai".

gudule 16/02/2013 16:54

@ Tororo : tous les clowns se ressemblent un peu, n'est-ce pas ? Mais j'ai plutôt pris les Macloma, comme modèle(s). Tu connais ? Trois clowns intellos qui ont eu leur heure de gloire (méritée) au
début des années 80. Et pour ce qui est de la personnalité de Boris... Toi qui est lecteur de mes Solitudes, tu reconnaîtras sans doute quelqu'un, dans un ou deux chapitres.

@ Castor : Eh oui, le temps se gâte... et ce n'est qu'un début !

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