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27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 07:07

Chapitre 20

Résumé des chapitres précédents : Tandis que les deux clowns discutent à qui mieux mieux, Nora, qui se sent de trop, picole.

 

         — ... et bosser à plusieurs développe la modestie !

         Boris martèle ces mots avec une sorte d'emphase qui éblouit Nora — d'autant que, d'où elle est, elle l'aperçoit de profil, éclairé à l'arrière par une pâte de verre d'un bleu irréel.

         « Ce que ça lui va bien, ce rôle de laeder nimbé d'azur ! Il serait parfait dans un film sur la Révolution russe, en aristocrate anarchiste, par exemple. On dirait Samy Frey avec trente ans de moins. Ce front têtu, cet air mauvais... Je suis sûre que c'est une teigne qui ne fait pas de concessions, le genre à se laisse tuer plutôt que d'admettre ses torts. Charlie va dérouiller, avec cet animal ! »  

         Elle ricane, presque contente. Quand on a une sale bête exigente sur le dos, on se remue, on progresse.

         « Ça le changera de moi, qui lui fous une paix royale... »  

         Mine de rien, il est plus de minuit. Boris donne des signes de fatigue. Charlie bâille. Seule Nora pète la forme : l'alcool la dope, et elle a dormi tout l'après midi. Mais elle aimerait autant poursuivre la fête ailleurs. Au lit, genre...

         — On rentre ? suggère-t-elle, mise en appétit par la perspective du roulé-boulé conjugal.

         Les deux hommes approuvent d'un commun accord. Demain est un jour important, la première prise de contact de la troupe. Ils ont donc intérêt à être frais et dispos.

         S’étant esquivés avec les courbettes d'usage, Charlie et Nora se retrouvent dans la rue.

         Paris la nuit, ô merveille, surtout l'été. Trottoirs désert dont les lampadaires gomment tout relief, rares voitures, façades sourdes, muettes, aveugles. Un décor de polar. Ou, à la rigueur, de film d'amour.

         — Ce soir, je préfère le X ! annonce Nora, avant de s'engouffrer dans la 4L.

         Sous la lueur du plafonnier, la moustache de Charlie a des reflets de cuivre.

         — « Qui s'y frotte s'y pique », ronronne la jeune femme.

         Ce qu'elle s'empresse de faire avec délectation.

         — Arrête, t'es bourrée ! la rabroue doucement son homme.

         Et elle, graveleuse :

         — Bourre donc la bourrée, joli laboureur ! 

         — Demain, interdiction de picoler, t'entends ? T’as vu dans quel état ça te met ? Et avec tes médocs, c’est pas recommandé, je te signale.

         Elle promet, pliée de rire.

                                                                                                                (A suivre)

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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gudule 31/03/2013 10:51

Oh, que ce genre de réflexion fait plaisir !

Pata 31/03/2013 08:51

Hé, hé, un retour qui s’annonce bien agité ! Je l'aime beaucoup, cette Nora aux vannes de camionneur ; n'en déplaise à ton critique, pour moi c'est très facile de m'identifier à elle !!

gudule 27/02/2013 13:47

Eh, c'est MES personnages, hein ! Ils sont comme moi, du matin. Non mais... !

Castor tillon 27/02/2013 13:35

Minuit, et ils tombent déjà ? C'est des petits joueurs. Heureusement que Nora est là pour relever le niveau.

gudule 27/02/2013 11:21

@ Benoît : normal, hein : la picole titille les neurones.
@ Tororo : eh, ho, tu veux t'en faire une overdose, de proverbes détournés ? C'est indigeste, tu sais...

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