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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 07:19

Chapitre 41

Résumé des chapitres précédents : Charlie est allé à Auxerre s’acheter un téléphone. Mauvais signe, ça ! Y a du Boris dans l’air !

 

         Nora se recouche au soleil, mais le cœur n'y est plus. Cette horreur dans sa maison ; elle en frémit. Elle revoit leur installation.

         — Il lui faut du calme, avait dit le toubib, s'adressant à Charlie, non à elle, bien qu'elle fût présente. (Ainsi la médecine vous infantilise-t-elle. Tout comme l'Éducation Nationale. Que de fois Nora avait pesté contre cette attitude chez ses profs, lors des réunions de parents d'élèves. Elle, insignifiante, quantité négligeable, inexistante pour ainsi dire, et des tierces personnes débattant de son sort sans la moindre pudeur. « Les mourants, souvent, sont confrontés à ça. Mais chez eux, c'est moins grave : leur avenir n'est pas en jeu ».)

         Donc :

         — Il lui faut du calme, avait dit le toubib. La bipolarité se stabilise très bien, pour autant que le malade bénéficie d'un environnement adéquat. Un peu comme les plantes exotiques, vous voyez ? Une atmosphère constante, ni heurts ni sautes de température, pas de courants d'air, beaucoup d'attention... Est-ce envisageable  ?

         — C'est, avait répondu Charlie. Comptez sur moi, docteur. Tu viens, Nora, on déménage !

         Ils n'avaient emporté que le strict nécessaire : leur lit, le vieux buffet, quelques bouquins, mais rien qui véhicule des émotions nocives, rien qui les relie au monde, ce vecteur de chocs. Pas de télévision ni de téléphone. C'est sci-en-ti-fi-que-ment prouvé : tout bruit aigu, et en particulier les sonneries, est perçu comme une agression par les végétaux. Voilà pourquoi on les bannit des serres.

         C'était il y a cinq ans. Nora n'a pas replongé. Mais à la longue, hélas, la vigilance s'émousse. La preuve : cette expédition à Auxerre.

         — C'est le début de la fin, prémonitionne-t-elle — bien que, depuis l'avènement du portable, une musiquette remplace la sonnerie, ce qui en atténue l'aspect traumatique.

         Une chance : et d'un, le soleil tape comme un sourd, et de deux, le chat y met du sien. Entre l'assomoir céleste et les ronronnements du félin lové contre elle, Nora n'a d'autre choix que de se rendormir — méthode radicale pour relativiser, tous les lézards vous le diront.  Lorsqu'elle se réveille, une heure et quelques plus tard, la 4L a repris sa place, Charlie bouquine dans un transat et toute cette affaire a l'air d'un mauvais rêve.

         Il ne sera plus question de rien.

         Pendant deux mois.

         Si désormais Charlie trimballe un téléphone dans sa poche, sa femme n'en veut rien savoir. Après tout, chacun ses vices intimes. Tant qu'ils n'interfèrent pas sur l'équilibre d'autrui et n'enfreignent pas la loi du silence...

                                                                                                                                 (A suivre)

        

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Pata 10/07/2013 10:34

Eh, les vices; en dessous de la ceinture, on croirait presque une publicité pour les jeans !!

gudule 21/03/2013 07:40

Euh...

Castor tillon 21/03/2013 06:36

Je vais mettre tout le monde d'accord. Un vrai petit déjeuner, c'est un bol de lait chaud, avec des céréales (du Country Store ou des Smacks de Kellogg's, tiens) et des crêpes en caoutchouc de chez
"Atac". Avec de la confiote collante à Mamie, miam.

gudule 20/03/2013 10:04

t'es le meilleur, mon benoît !

Benoît Barvin 20/03/2013 09:39

Pour être encore plus speedé, stressé, dépressif? Non merci... Ou alors un café éco-responsable pour saluer nos frères sud-américains de Colombie...

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