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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 07:16

Chapitre 48

  Résumé des chapitres précédents : Nora fait de gros efforts pour tuer le temps, pendant que Charlie répète avec la troupe.

 

         Une semaine de ce régime, et Nora craque. Un soir, Charlie la trouve en larmes, roulée en boule sur elle-même, glacée et hoquetant à fendre l'âme.

         Il la prend dans ses bras, la berce, lui donne des petits noms. La réchauffe pouce par pouce avec tant de doigté qu'elle finit, à la longue, par s'apaiser. On ne vantera jamais assez le pouvoir des caresses, surtout les siennes : il a des mains de fée cet homme-là.

         — Ça va mieux ?

         Elle renifle, en réclame encore un tout petit peu.

         — Qu'est-ce qui t'arrive ? demande-t-il, après avoir.

         Et elle :

         — On était si heureux...

         — On ne l'est plus ?

         — Ben... Tu vis de ton côté, moi du mien, si c'est pour en arriver là autant se quitter tout de suite.

         Ça, c'était prévisible. Il en aurait mis sa bite à couper, si elle ne lui était pas aussi indispensable — surtout dans le cas présent.

         — Mais tu disais que..., proteste-t-il néanmoins.

         — Oh, ce qu'on dit, tu sais !

         C'est tout elle, ça. Elle dissimule, fait sa kékée, joue les funambules au-dessus du précipice jusqu'à ce que, bleum, sans préambule, elle perde, au sens propre du terme, l'équilibre. Même topo qu'il y a cinq ans.

         — T'as bien pris tes médocs ? s'assure-t-il, méfiant.

         Elle a.

         Scrupuleusement.

         Ce dérapage n'est pas sa faute à elle, elle peut le lui jurer.

         « Inutile de chercher des alibis foireux, se dit Charlie. L'unique responsable, en l'occurrence, c'est moi. Cette petite, j'en avais la garde. La maintenir à flot, c'était ma mission sacrée, mon but, ma raison d'être. Je ne m'en tirais pas trop mal, d'ailleurs. L'ombre menaçante de l'HP n'obstruait plus, depuis belle lurette, notre horizon. Qu'est-ce qui m'a pris, bougre d'andouille, de mettre tout ça en péril ? De — par foutue ambition, n'ayons pas peur des mots —  saper l'édifice à sa base, au risque d'ensevelir Nora sous les décombres ? Ça ne te suffisait pas qu'elle te doive sa patte folle ? Tu veux aussi l'achever ? »

         — Allez, ma belle, on se casse !

         — Hein ?

         — On retourne chez nous, et pas plus tard que tout de suite. Prends tes affaires et rejoins-moi en bas, je fais chauffer le moteur.

         Abasourdie, Nora obéit. Lave dare-dare les trois tasses qui traînent dans l'évier, tapote les coussins, débranche la télé, baisse les stores. Puis ferme à double tour et rend la clé à la concierge.

         Comme elle embarque, Charlie, qui téléphonait, la clope au bec, raccroche.

         — Tu t'es remis à fumer ?

         — Mmmm.

         Sans commentaire.

                                                                                                                                        (A suivre)

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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Pata 10/07/2013 10:53

Comme quoi, abdiquer, parfois, c'est aimer.

Castor tillon 28/03/2013 22:58

Charlie est tiré à hue et à dia. Y a l'ambition, et pis faut un peu de fric pour manger quand même, hein.

gudule 28/03/2013 08:50

Les tiens, c'est pas pareil !

Tororo 28/03/2013 08:43

Ah, bon, pas de commentaire alors.

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