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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 07:34

Chapitre 82

 Résumé des chapitres précédents : la rencontre avec Yvette réserve bien des surprises à Nora. La petite vieille lui montre la photo de sa dernière toquade, un fort joli garçon d’une trentaine d’années.

 

         — C'était votre chéri ?

         — Mon fils, mademoiselle !

         — Oups, excusez-moi... (« Imbécile ! Tordue ! Je n'en ferai jamais d'autre ») Et... euh... il est où ? 

         — Mort, l'ordure.

         À défaut de pouvoir rentrer sous terre, Nora arrondit le dos.

         — Condoléances, balbutie-t-elle.

         — Pas de quoi, il l'a fait exprès.

         Nora se tait, dans l'espoir insensé que son interlocutrice en fasse autant. Mais c'est mal la connaître !

         —  Il voulait une Harley. Une Harley, je te demande un peu ! Il m'a soutiré jusqu'à mon dernier sou pour se la payer. Une Harley, petit imbécile ! Elle l'a tué.

         Nora fixe sa bière.

         Cette mousse, que c'est curieux ! Un phénomène chimique dont les causes m'échappent. Pourquoi la bière mousse-t-elle et pas la limonade ? Toutes deux sont sous pression, non ? 

         — Me piquer mon pognon pour s'offrir sa mort, tu te rends compte ?

         Durant un petit moment, la vieille mâchouille sa langue avec une rage sénile, puis, d'un seul coup, éclate : 

         — Quand je l'ai vu à la morgue, je l'ai giflé !

         Le Coca mousse un peu, aussi. Et le Champagne. Et le mousseux, bien sûr, comme son nom l'indique. Yvette, en revanche, n'est en effervescence que par intermittence. 

         Elle sourit, à présent. Un sourire très jeune. Édenté mais jeune. Zazie revue par Dario Argento.

         — Tu ne l'avais pas volé, mon voyou adoré, susurre-t-elle à la photo, en l'embrassant. Si c'était à refaire, je te défoncerais le portrait !

         Une traînée de salive macule le papier glacé — qui en a vu bien d'autres : larmes, crachats ou pire. Prise d'une irrépressible envie de foutre le camp, Nora repousse sa chaise qui bascule vers l'arrière.

         — Faut que je me sauve !

          — Déjà ? s'étonne la vieille. On vient à peine de s'installer.

         — Je... j'ai un rendez-vous.

         — Je croyais que tu glandais ?

         — Justement, je... on me propose un boulot, et...

         — Tant pis. À une autre fois.

          Clip-clop, clip-clop, Nora se retrouve sur le trottoir avec le sentiment d'avoir sauvé sa peau. Vite, vite, elle s'éloigne, en jetant de furtives œillades par-dessus son épaule, des fois qu'on la suivrait, ire maternelle en proue.

         On ne la suit pas, au contraire : affalée devant son demi, on rabâche en rotant ses macabres réprimandes : fiston, enfant de pute, t'aurais pas pu rester en vie quelques années de plus, pour tenir compagnie à maman ?

                                                                                                                                      (A suivre)

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Published by Gudule - dans Mezzé
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Pata 17/07/2013 12:32

Un magnifique portrait... Tu lui adonné une belle existence, en forme de tragédie, à ta pépette. C'est sûr qu'elle l'a senti... Ce moment où elle a chanté plus juste et où elle a souri, c'est de
ton texte et ton envie de la faire vivre qu'elle l'a tiré, ce sentiment d'être, et de bien-être.

gudule 01/05/2013 23:33

Tiens ? Le mien aussi, du temps que j'habitais Paris (et aussi Beyrouth, et aussi Bruxelles...)

Tororo 01/05/2013 19:28

Ah, oui, les longues errances urbaines et néanmoins pédestres, ça a toujours été mon truc.

gudule 01/05/2013 08:20

@ Castor : mouuarf !

gudule 01/05/2013 08:19

Et le physique suit ?

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