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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 06:35

Chapitre 88

  Résumé des chapitres précédents : Les pratiques amoureuses de Lulu et Sylvain décontenancent Nora. Forcément, hein : une fleur des champs !

 

         Le lendemain, au réveil :

         « Qu'est-ce que je fais, aujoud'hui ? » se demande Nora.

         Encore une interminable journée à tirer. Exister, quelle épreuve ! Et cet appartement, glauque à souhait. Et les deux autres, toujours tapis dans leur mausolée à trafiquer on ne sais trop quoi. Et ce polar de mes deux auquel je ne comprends rien...

         «  Si j'allais à Beaubourg ? »

         Bonne idée. Y a du monde, au moins. Des choses à voir. En plus, c'est à côté.

         Sur le parvis du centre Pompidou, avaleurs de sabre, jongleurs, camelots, mimes et comédiens se produisent au p'tit bonheur la chance. Une foule curieuse, coagulée autour des plus brillants, clairsemée aux abords des autres, encombre le pavé. Si ce n'est pas la Cour des Miracles, ça y ressemble trait pour trait. Nora se faufile entre les badauds.

         Que se passe-t-il, là-bas ? Un attroupement, des cris. Elle joue des coudes pour se rapprocher. Gilet de flanelle, pantalon grand-père, godillots, chapeau melon, maquillage approprié ; un clown. Ils pullulent dans le coin. Et que fait-il, ce clown ? Des grimaces, comme il se doit. De pauvres mimiques fort peu originales ; un débutant sans doute. En tout cas quelqu'un sans génie. Il crache le feu, aussi.

         — Vas-y, Bobo, lance une voix dans la foule.

         Nora s'assied à même le sol. Sa vue se trouble. Des larmes ? Fi, que c'est sot ! Amusons-nous plutôt à superposer les portraits. Rajoutons une moustache à cette trogne barbouillée de benzène, scotchons une Germaine à ces épaules. Dans ces mains, plaçons un petit violon. Cet œil, rendons-le vif et ourlons-le de cils roux, très longs, très écartés sur la paupière inférieure. Lààà,  l'illusion est parfaite.

         La voilà prête à apprécier le spectacle — et même, selon son habitude, à être bon public.

         Torche enflammée, crachat d'essence, geiser incandescent, bravo Bobo ! Le clown exécute trois cabrioles, un double saut périlleux, retombe sur ses pieds, salue.

         C'était le bouquet final. Les spectateurs applaudissent puis s'égaillent. Mais Nora n'en a cure. Devant elle, Germaine ricane toujours, les bras ballants, le groin distordu, d'une laideur à vous glacer les sangs. Puis Charlie se retourne et lentement recule, se fond dans le brouillard, devient flou, inconsistant, délétère. Et ne reste que Bobo, sans masque, pitoyable.

                                                                                                                                (A suivre)

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Published by Gudule - dans Mezzé
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gudule 17/07/2013 13:03

Trouvu ! (plus elle sera bas). Mais, mais, mais... c'est de la psychologie sauvage, ça, mamzelle Pata ! Chouette ! C'est nettement mieux que la psychologie apprivoisée qu'on nous sert à toutes les
sauces !

Pata 17/07/2013 12:59

Hum, il manque un bas dans ma phrase... Sauras tu le retrouver ? ;)

Pata 17/07/2013 12:58

Le clown, blanc des souvenirs... En fait, c'est ça qu'elle attend Nora, que Charlie la retrouve, et plus elle sera, plus l'impact qu'elle produira sur lui atteindra ce niveau... Oui, ,elle a
vraiment tout d'une chatte, cette petite !

gudule 07/05/2013 15:46

Ah foutre, quel admirable duo de poètes ! J'aurai au moins ouï ça dans ma chienne de vie !

Castor tillon 07/05/2013 15:42

Bon,bon, mais on voit que tu ne m'as jamais entendu chanter :

♫ Question d'saison ♪ zon zon,
Foin ♬ du muguet !
♫ L'exhalaison ♪ zon zon
Fleure ♬ bon le pet !
♫♪ Elsa s'oublie, ♩♬ c'est son essence,
Sa panoplie ♫♪ d'incontinences !

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