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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 05:21

Chapitre 121

 

Résumé des chapitres précédents : Le numéro de Bobo se termine. Nora, qui se sent concernée, lui tend la main et l’entraîne, sans un mot.

 

 

         Rue Saint-Martin. Nora presse le pas. Bobo suit, sans poser de question. Châtelet. La Seine. Ils descendent sur les berges.

         En contrebas, un petit square. Ils s'y abattent. S'étreignent en silence.

         Charlie. Le ciel des îles s'entrouvre pour nous, sa chaleur me pénêtre. Chamboule-moi, mon amour. Je veux me fondre dans tes ardeurs, m'anéantir sous ta caresse. Que mon ventre explose, que mille soleils s'en échappent et qu'ils incendient l'univers.

         — Ne m'embrasse pas, s'il te plaît, ça sent, murmure Nora, en ruant sous son partenaire.

         Les premiers rayons de l'aube la réveillent. Son pull est trempé, elle claque des dents. Bobo, en revanche, dort comme un bébé. En coutumier de la belle étoile, il ne craint pas l'humidité.

         « Qu'est-ce que je fous là ? » se demande-t-elle.

         Les mirages de la nuit estompés, ses terreurs également, tout ceci lui paraît ridicule et abject.

         « C'est moi, moi qui ai baisé dans ce jardinet sordide, parmi les papiers gras et les crottes de chiens ? Avec ce traîne-savates rencontré dans la rue, qui shlingue à assommer un bœuf ? Charlie, où sont nos clairs de lune, nos aurores boréales, le poney dans le pré, la rosée étincelante ? Nos débordements, nos apothéoses ? Où ai-je été me perdre, Charlie ? Celui-là, cet inconnu, j'ai cru que c'était toi, l'espace d'un orgasme. Cru de toutes mes forces, la foi du charbonnier. Mais la désillusion est dure. Tomber d'un septième ciel de pacotille, c'est pire que d'un septième étage. Sans doute ne m'en relèverai-je pas. »

         Un soupir. Bobo, gêné par la lumière naissante, se tourne sur le ventre. En dépit de son dégoût d’elle-même, Nora éprouve comme un attendrissement.  

         « Adieu, l'ami, je me casse. Merci pour cette nuit. J'ai eu quelques moments très doux, c'est le privilège du leurre. Mais le matin a braqué ses projecteurs sur nous, et le spectacle est peu ragoûtant. Gerber ne serait pas un luxe. »

         Elle fouille dans ses poches, en sort un billet de dix euros, le glisse dans la main du clown endormi.

         « Paraît qu'avec une pute, ce n'est pas tromper sa femme : l'aspect financier désamorce le sortilège. Ce concept me convient à merveille. Offre-toi un restau en souvenir, pépère. Ton bouche-à-bouche m'a évité le pire malgré son odeur de gazoil. Que ce modeste don te prouve ma reconnaissance. C'est la moitié de ma fortune, fifti-fifti quand on n'a rien, j'estime que ton honneur est sauf. »

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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Pata 22/07/2013 15:47

Eh oui, la petite mort est parfois pire que la grande... Sans doute parce qu'on en revient.

gudule 28/06/2013 22:08

Tu m'as retiré les mots de la bouche !

Tororo 28/06/2013 11:05

Oh, c'est terriblement terrible.

gudule 28/06/2013 09:25

Perso, je pencherai pour la seconde option, mais je suis une indécrottable romantique !

gudule 28/06/2013 09:23

@Castor : sacrifice ou acte de survie mutuel ?

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