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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:31

 

Belle

         En 1972, André Delvaux, célèbre cinéaste belge, choisit la petite ville de Spa pour y tourner son film « Belle », en décors réels. Ce choix n’est pas un hasard : l’ancienne station thermale, outre qu’elle est fort jolie, incarne à ravir la société bourgeoise étriquée et bien-pensante qu’il dénonce.  Il recrute d’ailleurs une brochette de  figurants locaux qui camperont des notables de province plus vrais que nature.

         Parmi ces figurants, mon père et ma mère, récemment retraités dans ladite petite ville.

         Bien que la séquence où ils figurent soit des plus anodines, nous nous inquiétons, mes frères et moi : et si le film, une fois terminé, allait à l’encontre de leurs convictions ? Avec leur sacro-sainte morale et les préjugés qu’ils trimbalent, comment supporteraient-ils d’être associés à un propos qu’ils désapprouvent ?         

         Nous les mettons en garde contre cette éventualité, mais ils nous rient au nez. Le metteur en scène est un homme charmant, l’acteur Jean-Luc Bidault également, et ma mère est ravie de frayer avec Danièle Delorme, idole de sa jeunesse. Le contact de ces célébrités les enivre, ils nous en parlent comme de vieux amis — dans le but, je pense, de nous épater. Et puis, cela rompt leur train-train quotiden qui, pour mon père surtout, est d’un ennui mortel.

         Bref, le film se termine et passe dans les salles. Consternation ! André Delvaux, en hommage à son homonyme, le peintre Paul Delvaux, a placé des femmes nues sur le quai de la gare, pour un tableau surréaliste grandeur nature. Devant ce spectacle, Maman est confondue. Elle a le sentiment d’avoir tourné dans un porno. On a beau lui expliquer que c’est de l’art, pour elle, c’est du cochon. Elle se repentira jusqu’à la fin de ses jours de ne pas nous avoir écoutés...

         Papa, quant à lui, relativise les choses : après tout, les femmes nues, on ne les voit que de dos.

         — Et de toute façon c’est un mauvais film qui tombera très vite dans l’oubli, conclut-il, péremptoire.

 

         Aucun d’eux, par bonheur, ne remet son rôle en question. « Soyez vous-mêmes », leur a recommandé le cinéaste. C’est ce qu’ils ont fait, sans réaliser qu’ils traçaient, pour des milliers de spectateurs, leur propre caricature ! 

          

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Published by Gudule - dans Mezzé
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gudule 07/04/2012 07:54

Cher Castor, j'espère que l'histoire d'aujourd'hui (nous sommes samedi) te les minera tout autant. En fait, elle est toute fraîche : Olivier me l'a rappelée hier soir.

castor tillon 07/04/2012 00:53

Quand j'ai lu que tes parents allaient être figurants, j'aurais pu écrire ton dernier paragraphe ! Ça, c'est pour le côté triste de l'anecdote.
Pour le reste, j'ai bien rigolé. Tu as une manière de présenter ça qui me ruine les zygomatiques.
Encore !

gudule 06/04/2012 13:48

C'est bien ce que j'avais cru comprendre. D'où ces précisions, décevantes, certes, mais qui ont le mérite de l'authenticité, contrairement aux jolités en question.

Tororo 06/04/2012 13:43

Ah non, je ne savais pas! J'espérais vaguement que c'était des bonbons. ^__^

gudule 06/04/2012 10:44

Tu sais ce que c'est, les jolités ? Des petite peintures représentant des paysages des Ardennes, peintes sur des boîtes à cigare, des anneaux de serviette, des coffret à bijoux, etc (toujours en
bois). Du kitchissime de chez kitchissime.

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