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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 06:41

L’adjudicataire

  Pendant les vacances, en visitant un petit hameau du Tarn-et-Garonne, nous tombons en arrêt devant une maison en adjudication. Vue imprenable, vieilles pierres, jardin de curé ; c’est le coup de foudre. L’huissier de Justice chargé de la saisie nous la fait visiter et nous indique la marche à suivre pour l’acquérir. Nous devons nous rendre, accompagnés d’un avocat, au Tribunal de Grande Instance d’Albi où les enchères publique ont lieu dans une semaine.

         On se regarde, Sylvain et moi, on se dit « chiche ! » et on se rue sur l’annuaire pour y dégoter l’avocat en question – qui, d’ailleurs, est une avocate.

         Vient le jour de la vente. Nous sommes quasiment les seuls intéressés. Les enchères débutent à 40.000 euros, montent laborieusement jusqu’à 60.000.... et nous les remportons. Coup de bol, c’est pile poil la somme dont nous disposons.

         Sous le regard noir du propriétaire qui escomptait le double, nous nous apprétons à prendre possession de notre bien.

         — Ttttt, pas si vite, nous rabroue l’avocate. Pendant dix jours, quelqu’un d’autre peut se porter acquéreur. Dans ce cas, cette vente-ci sera annulée et il y aura de nouvelles enchères.

         Nous partons, fort déçus.

         Dans le courant de la semaine, l’huissier nous avertit qu’une personne vient de surenchérir. Il nous donne la date de la seconde vente, en précisant qu’elle démarrera à 72.000 euros (notre prix d’achat augmenté de 20%) et sera, cette fois, définitive. Ça dépasse largement notre budjet : écœurés, nous laissons tomber.

         L’été suivant, pris de nostalgie, nous retournons voir cette maison qui a failli être la nôtre. Son occupant nous remarque et s’informe aimablement :.

         — Que puis-je pour vous ?

         Nous lui racontons notre mésaventure.

         — Ne regrettez rien, s’exclame-t-il, vous avez évité un tas d’embêtements.

         Et il nous explique qu’entre la première et la deuxième enchère, l’ex-proprio a tout pété dans la baraque.

         — Comme ce n’était pas visible de l’extérieur, je m’en suis aperçu trop tard. Il a fallu tout refaire : la plomberie, l’électricité, les murs, les planchers... Ça m’a coûté une fortune !

         — Et vous n‘aviez aucun recours ? .

         — Aucun. J’ai porté plainte, bien sûr, mais le sagouin a nié. Et les flics ont classé l’affaire, faute de preuves.

         Il reste un moment silencieux, puis ajoute pensivement :         

  — Sans vouloir vous vexer, je crois que ce vandalisme vous était destiné. Qu’on brade sa maison pour 60.000 euros, il ne l’a pas supporté. Alors, il s’est vengé à sa manière... Il ne pouvait pas prévoir que j’allais renchérir !

         Le pire, c’est que c’est sans doute vrai. 


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Published by Gudule - dans Mezzé
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Castor tillon 27/04/2012 14:51

C'est bien aussi, mais moins bellement fleuri. Je préfère ta déf' (pauvre con, hé hé), et ça sera cafté à l'heureux adjudicataire !

gudule 27/04/2012 14:17

Le dictionnaire dit : "bénéficiaire de l'attribution d'un bien aux enchères". C'est pas mal non plus.

gudule 27/04/2012 14:14

Tope-là, camarade ! J'en glisserai trois mots à mes potes académiciens !

Castor tillon 27/04/2012 14:08

Je demande solennellement qu'on mette la définition de Gudule dans Wikipédia : "l'adjudicataire est le pauvre con qui remporte les enchères" à la place du sabir incompréhensible actuel.

gudule 27/04/2012 07:59

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