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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 07:00

Le secret de Mimine

   J’étais en vacances chez ma marraine, dans une petite ville des Ardennes belges. Je venais d’avoir dix ans, elle en avait vingt-cinq et, toute jeune mariée, m’accueillait pour la première fois dans « sa maison d’amour ».

         Le principal attrait de cette maison était la chatte de Pierre, son mari, dont je tombai aussitôt raide-dingue. La pauvre vieille Mimine, d’ordinaire cantonnée à la cave, n’en revenait pas d’être aussi chouchoutée. Elle me suivait partout, de sorte qu’au fil des jours, je me persuadai que nous communiquions. (En ce temps-là, parler avec les animaux était mon grand trip. Combien de conversations télépathiques ai-je eues avec les oiseaux, les grenouilles, les poissons rouges, les chiens errants... !)

         Ma marraine, amusée, marchait dans mon jeu, ce qui me confortait dans ma conviction. J’allais même jusqu’à lui traduire les miaulement de l’animal — mais jamais devant Pierre qui se serait moqué de mes « enfantillages ». Les être pragmatiques ne comprennent rien à rien.

         Un jour, la chatte disparaît. Je fouille la maison et le jardin en appelant « Mimine ! Mimine ! » ; pas de Mimine.

         — Ne t’inquiète pas, me dit Pierre, ça lui arrive souvent. Elle fugue pendant deux ou trois jours, puis elle revient. Tous les chats font ça.

         Effectivement, le lendemain, Mimine est de retour. Mais tandis que je l’abreuve de tendres reproches, elle m’explique quelque chose. On dirait... mais oui, qu’elle me demande de la suivre. Ce que je fais, le cœur battant. Elle m’entraîne à la cave, et, ni une ni deux, se rue vers son panier placé sous l’établi. Puis là, dans l’ombre, elle se met à lécher quelque chose...

         « Des chatons ! »

         Tout s’éclaire. La pauvre chatte, craignant qu’on lui prenne ses petits, est allée accoucher en cachette. Je suis la seule à qui elle ait confié son secret. J’en ai les larmes aux yeux...

         Je me garde bien de m’approcher pour vérifier, car on m’a toujours dit qu’il ne fallait pas toucher les bébés animaux : si elle sent notre odeur sur eux, leur mère les abandonne. Je me retire donc sur la pointe des pieds, laissant la p’tite famille à ses ronronnements. Mais je suis si excitée, durant les heures qui suivent, que ma marraine devine qu’il se passe quelque chose d’exceptionnel. Elle m’interroge... et moi, incapable de tenir plus longtemps ma langue, je lui avoue tout, en la suppliant de ne pas noyer les nouveaux-nés. Sur ces entrefaites, Pierre rentre, elle lui annonce la nouvelle, et il éclate de rire :

         — Impossible, elle est opérée.

         Outrée, j’insiste :

         — Si, si, je les ai vus ! Même qu’elle les léchait !

         Toujours en riant, Pierre m’entraîne à la cave, vire la Mimine de son panier et me montre qu’en effet, il n’y a pas le moindre chaton.

         J’étais si humiliée que je n’ai pas déserré les lèvres de la soirée.

         «  Quelle menteuse, cette chatte ! ruminais-je en moi-même. Quelle sale traitressse ! Je suis sûre qu’elle l’a fait exprès pour me ridiculiser ! »

         Ce fut la fin de notre belle amitié. Et comme c’était aussi la fin des vacances, je ne l’ai jamais revue : elle est morte de vieillesse l’hiver suivant, sans m’avoir donné d’explication claire sur sa conduite.


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Published by Gudule - dans Mezzé
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gudule 05/05/2012 07:25

Ah ah ah ah ! Je n'ai qu'un mot à dire : "Eclat de rire au réveil/ fait lever le soleil". Merci, cher Castor, ce samedi maussade en avait bien besoin.

Castor tillon 05/05/2012 02:18

Eh bien, il y a plusieurs hypothèses qu'on peut envisager :
- elle t'a appelée pour partager une souris qu'elle avait attrapée, et elle la nettoyait pour te faire honneur,
- elle faisait un brin de toilette pour te recevoir, c'est ce que font les amies,
- elle avait ses ourses, et les ourses mal léchées, c'est pas poli, hein, alors bref bref. Pardon.

benoît barvin 04/05/2012 11:00

vivement, oui!!!!!!!

gudule 04/05/2012 08:08

MONSTRE !
Moi, qui adore les animaux, domestique ou pas ; moi, qui ai été pauvre durant les trois-quarts de ma vie, et le quatrième-quart ce n'est pas beaucoup mieux ; moi qui ai été émigrée dans mon propre
pays durant plus de dix ans... Euh... ben moi, quoi, chuis pas d'accord. Et vivement lundi !

Benoît Barvin 04/05/2012 07:47

Trahie et humiliée par une sale vieille chatte... Moi, je n'ai jamais pu les "piffrer" ces animaux domestiques qui nous la jouent cauteleux, qui se frottent à nous en miaulant - ou aboyant - et
qui, quand on s'y attend pas, "sniark": coup de dent ou de griffe, tout en ricanant intérieurement... Les domestiques - comme les pauvres - faut pas leur faire confiance et... oulàlà... Voilà que
chuis atteint d'un symptôme dangereux, moi... Heureusement, ce dimanche soir, le vaccin arrive!

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