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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 06:43

Do si do si ré ré mi

   Le frère cadet de maman, oncle Albert, avait loué, dans la banlieue chic de Bruxelles, un château du XVIIIème siècle pour en faire un restaurant de luxe. Il y organisait les banquets de mariage, de baptême ou de communion de la riche bourgeoisie belge.

         C’était un lieu magique, digne de la Belle au bois dormant. Le parc, subtil mélange de jardin à la française et de nature sauvage, était entouré de hauts murs. Au fur et à mesure qu’on s’éloignait des bâtiments, il se muait en une forêt profonde, flanquée d’un étang plein de canards.

         Léon, le fils d’oncle Albert et de tante Ninette, avait deux ans de plus que moi. Nous nous entendions à merveille, de sorte que sa mère proposa à la mienne de m’inviter pendant les vacances. La réponse tomba comme un couperet :

         — D’accord, à condition qu’elle fasse deux heures de piano par jour.

         — J’y veillerai personnellement, promit tante Ninette.

         Cela mit, oserais-je dire, un bémol à ma joie. Jusqu’à ce que je trouve la parade.

         Je connaissais par cœur une musiquette d’une facilité déconcertante. Je la jouais sans réfléchir. Do si do si ré ré mi, ré mi sol fa mi ré do. Je pris donc l’habitude, durant mes deux heures de « corvée » (sur un splendide piano chinois des années trente, laqué rouge vif et orné d’un dragon aux yeux d’or) — je pris, disais-je, l’habitude de jouer ce petit air en boucle. Ma tante, qui m’écoutait d’une oreille distraite tout vaquant à ses occupations, n’y vit que du feu. Et moi, je pus, tant mes doigts connaissaient par cœur la ritournelle, bavarder et rire avec mon cousin sans interrompre le chapelet de notes.

         A la fin des vacances, Léon, sa mère, son père, le maître d’hôtel et la cuisinière — ainsi qu’une bonne partie de la clientèle, je pense — fredonnaient obsessionnellement do si do si ré ré mi. Et  toute la famille me félicita pour mon assiduité à la tâche, y compris maman ! 


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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Tororo 14/05/2012 13:40

Mais voyons, La petite fille au piano, pardi! (sur l'album "Rimes Féminines").

gudule 14/05/2012 09:54

Laquelle ? Laquelle ?

Tororo 14/05/2012 09:01

Je ne sais pas pourquoi, cette historiette me fait penser à une certaine chanson de Juliette... ^___^

gudule 14/05/2012 07:38

Le coupable est donc Frémion ; béni soit-il pour les siècles des siècles amen.
@ Odomar (encore) : est-ce à dire que l'on recrute ces dames dans l'aristocratie ? Ou qu'elles s'attribuent d'abusifs blasons ? Quoi qu'il en soit, depuis qu'on a pris l'habitude de donner aux
enfants le nom du père et de la mère accolés, tout le monde a l'air de sortir du bottin mondain !

Odomar 14/05/2012 00:01

Souvent les attaché(e)s de presse portent ce genre de nom !

@Gudule : Hé non, je n'ai rédigé que des fiches cinéma, sauf une exception je crois...

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