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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 05:31

Crottin

  Dire qu’adolescente j’étais une cancre serait un euphémisme. Après avoir redoublé ma sixième, passé de justesse en cinquième et redoublé ma quatrième, je me trouvais, à la fin de ma troisième, en ballottage. Bien que brillante en français, j’étais exécrable dans toutes les autres matières et en particulier en maths. Or, depuis ma sixième, je me trimballais la même prof — et, après tout, ceci explique peut-être cela.

         Mademoiselle Rostain (que nous surnommions, bien entendu, Crottin), était une vraie peau de vache. Elle ne se préoccupait que des bonnes élèves, raillait les mauvaises et les laissait croupir dans leur ignorance. Perso, ça m’arrangeait : j’écrivais des poèmes pendant ses cours. En revanche, l’algèbre, la géométrie, la trigonométrie et autres projections orthogonales restaient pour moi d’insondables mystères...

         Bref, mon passage en seconde étant fortement compromis —  sauf si je réussissais « l’examen de la dernière chance », fin août —, mes parents se mirent en quête de cours particuliers.

         Crottin, qui devait avoir besoin d’argent, proposa ses services. De sorte qu’au lieu de partir, comme chaque année, au bord de la mer, nous restâmes à Bruxelles pour que je puisse la voir trois fois par semaine.

         Ce fut horrible.

         Enfin... pas tant que ça, à la réflexion. Car cette prof, qui pour la première fois se mettait à ma portée, m’ouvrait d’étonnants horizons. Elle expliquait ; je comprenais. Et je m’émerveillais de comprendre. Il s’en fallut de peu que les maths ne m’intéressent !

         Vint le jour de l’examen — que, ô surprise, elle surveillait. Nous étions une quinzaine, toutes classes confondues. C’était, bien entendu, Crottin qui avait préparé mes questions. Elles portaient, comme par hasard, sur ce que je connaissais le mieux. Lorsque je reçus ma feuille, je levai la tête vers elle avec reconnaissance. Elle me sourit, complice. La chose me toucha d’autant plus qu’elle n’enseignait pas en seconde. En gros, je la découvrais au moment de la perdre...

         Après la séance, je m’empressai d’aller la remercier.

         — Pas de quoi, me répondit-elle d’un ton sec. Je l’ai fait pour moi : je n’aurais pas pu vous supporter une année de plus. 


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Published by Gudule - dans Mezzé
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Gudule 13/07/2012 13:10

Et le pire de tout, c'est qu'il était drôle ! L'humour devrait être interdit aux profs sans cœur. Ah, si j'étais dictateur...

Castor tillon 13/07/2012 12:19

Je suis content que ta prof t'ait témoigné, quoiqu'elle en dise, un peu de compassion. Le mien, de prof de maths 6è et 5è, avait développé une profonde aversion à mon endroit, et je ne parle même
pas de l'envers. Quand il rendait les devoirs, c'était : "Aujourd'hui, le Castor n'a pas rendu une feuille blanche : il a mis son nom !". Et quand je levais la main pour qu'il m'explique un truc :
"C'est pas la peine que je me fatigue, tu ne comprendras jamais !"
En réalité, il était jaloux, parce que j'étais le chouchou du prof de français.

Gudule 13/07/2012 11:43

Ouaip, des noms stupides, n'ayons pas peur des mots. Mais bon, on se venge comme on peut, hein ! Parce que la guerre des élèves et des profs, c'est comme celle des moutons et des roses, ou des
écrivains et des éditeurs : c'est éternel !

La Zèbre 13/07/2012 11:25

Et remarquez que nous avons en commun de les affubler de noms évoquant tout sauf la douceur, l'empathie et la gentillesse (qualités dont je pense qu'elles n'ont jamais entendu parler).

gudule 12/07/2012 23:07

Ah ah ah ! Bel élan collectif !

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