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8 juillet 2014 2 08 /07 /juillet /2014 22:42

                                  Quand le rap est, quand le rap est là,

                                  La techno s’en, la techno s’en va…

 

         En 1995 parut mon best-seller :  La Bibliothécaire (plus d’un million d’exemplaires vendus, une dizaine de prix, autant de traductions, et l’aval de l’Education Nationale qui l’inclut dans  le programme des collèges). Ce qui ne l’empêcha pas, avant sa parution, de subir les outrages d’une éditrice stagiaire en mal de reconnaissance.

         Cette personne, par ailleurs charmante, trouva judicieux d’apporter à mon texte — sans m’avoir préalablement consultée  — , des modifications qui me valurent un moment de honte mémorable.

 

         Je vous explique. L’un des héros de l’histoire, le jeune rappeur Doudou, avait un langage  bien à lui, à la fois rimé et rythmé, de sorte que le lecteur pouvait danser sur ses paroles ou les chanter, au choix. Ainsi trouvait-on, page 71 :

 

         Dans le ciel, la lune pointe sa tête ;

         Nous v’là près d’la bibliothèque.

         C’est tell’ment grand et tell’ment beau

         Que yo ! j’ai l’cœur qui fait l’gros dos!

 

         Dérangée, sans doute, par cette métaphore qu’elle jugeait  absconse, la stagiaire la remplaça par :

 

         Dans le ciel, la lune pointe sa tête ;

         Nous v’là près d’la bibliothèque.

         C’est tell’ment grand et tell’ment beau

         Que yo ! ne manque plus qu’ la techno.

 

         A la relecture des épreuves, je ne relevai pas cette « correction » noyée parmi tant d’autres. On ne répétera jamais assez à quel point le bras de fer avec son éditeur est usant pour un auteur. (Ayant abordé maintes fois ce sujet dans mes romans et mes articles, je n’y reviendrai pas. Qu’on se souvienne simplement que, dans un manuscrit digne de ce nom, rien n’est laissé au hasard. Chaque mot, chaque virgule, chaque alinéa, est soigneusement pesé et réfléchi. Une fois « remanié » par une main  étrangère, le texte perd son rythme, sa vivacité, sa cohérence, et se retrouve souvent truffé de répétitions, d’erreurs, voire d’invraisemblances.)

         Bref, le livre parut, agrémenté de ce vers que, de guerre lasse, j’avais validé.

          Hélas.      

 

         Dans les mois qui suivirent, je fus invitée par un établissement scolaire à rencontrer des élèves de cinquième, pour leur parler de mon roman et répondre à toutes leurs questions. En principe, je maîtrisais bien ce genre d’intervention. Mais cette fois-là…

         — Eh, m’dame, m’interpella un gamin de but en blanc, pourquoi Doudou il dit : « Ne manque plus qu’la techno » ?

         Prise de court, je bredouillai : 

        — Euh… parce qu’il aime bien ça, je suppose…

Tollé général.

        — M’enfin m’dame, tout le monde sait que les rappeurs détestent la techno !

         (Euh… ah bon ? moi,  je l’ignorais. La correctrice aussi, apparemment.)

         Devant mon embarras, la classe devint houleuse. Des propos agressifs fusèrent de toute part.

          — On imprime n’importe quoi, alors, dans les bouquins ? lança un élève, visiblement déçu.      

           —  Pourquoi vous écrivez des mensonges ? interrogea un autre.

         A l’évidence, mon manque de rigueur les choquait et ils tenaient à le faire savoir. L’occasion était trop belle d’en remontrer à un adulte, surtout un écrivain (censé, de par son métier, avoir la science infuse). Le ton montait, montait, agrémenté d’insultes et de gros mots. La prof, dépassée, tentait en vain de calmer le chahut.

         — Faites quelque chose, voyons ! finit-elle par me supplier. Expliquez-leur que vous ne vous êtes pas moquée d’eux, et tâchez d’être convaincante ; c’est le seul moyen d’en venir à bout.

          Leur expliquer ? Et quoi, grands dieux ? Que je n’y connaissais rien en musique moderne ? Que le vers litigieux m’avait été imposé par l’éditeur ? Choix cornélien : ou je passais pour une fumiste et je perdais toute crédibilité , ou j’avouais ma faiblesse et j’avais l’air d’une truffe.

         Ayant opté pour la seconde solution, je chargeai la stagiaire au  maximum —  ce qui, vu le tour pendable qu’elle m’avait joué, me fit plutôt plaisir, et captiva mon auditoire.

         Après quoi, je m’enquis, selon mon habitude :

         —Avez-vous encore des questions à poser ?

        Quelques doigts se levèrent ; je désignai l’un d’eux.

         — Oui ?

         — M’dame, si c’est pas vous qui écrivez vos livres, pourquoi vous les signez, alors ?

        

          Voilà qui était frappé au sceau du bon sens !

 

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Pata 23/07/2014 17:00

Hé, hé, c'est la correctrice qu'aurait du être à ta place (ben oui, pour une fois que c'est elle qu'aurait pu recevoir une correction !!)

Gudule 09/07/2014 21:36

Complainte fromagère

Castor tillon 09/07/2014 11:08

♫♪ Quand le râpé, ♫ quand le râpé là,♬

La techno sent, ♬ la techno sent, va… ♫

Gudule 09/07/2014 05:02

Les éditeurs aussi !

Annie GH 09/07/2014 01:02

les enfants sont impitoyables !!!!

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