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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 06:12

Orgueil et préjugés

   Avril 1965. Je pars pour le Liban avec mon bébé de vingt jour.

         — Fais attention à toi, me recommande ma mère en m’emmenant  à l’aéroport. Tu vas dans un pays où les femmes sont voilées et les hommes en manque. N’adresse pas la parole à des inconnus, et n’oublie jamais que les Arabes ont le sang chaud. À la moindre attitude provocante, ils n’hésiteront pas à te sauter dessus !

         Nantie de ces sages conseils, je débarque chez mon frère aîné, installé à Beyrouth depuis plusieurs années. Il me fait visiter la ville, puis me lâche dans la nature. Ainsi me retrouvai-je, un matin, mon bébé sur les bras, à musarder dans le souk de la place des Canons.

         Un homme me croise et m’adresse la parole, dans une langue que je ne comprends pas. Forte des recommandations de ma mère, je détourne la tête en pinçant les lèvres. Un deuxième homme en fait autant, puis un troisième.

         «  S’ils n’ont aucun respect pour la femme, qu’ils en aient au moins pour la mère, ces obsédés ! », pensai-je, en brandissant ostensiblement mon fils devant moi.

         Malgré ce bouclier censé protéger ma vertu, le harcèlement continue. À la sept ou huitième fois, la moutarde me monte au nez et j’aboie :

         — Chou ?

         C’est le seul mot d’arabe que je connaisse ; il signifie « quoi ? » en mode agressif.

         Sans se démonter, l’homme désigne son sexe puis pointe le doigt vers moi. Voilà qui a le mérite d’être clair ! Je commence à paniquer : je me vois déjà en butte à un viol collectif... C’est alors qu’un monsieur élégamment vêtu me dit d’un air aimable, dans un français parfait : 

         — Excusez-moi, madame, votre braguette est ouverte.

         Je manque d’avaler ma langue, vérifie, et constate qu’en effet, non seulement la fermeture-éclair est baissée, mais un pan de mon chemisier flotte par l’ouverture. Les passants, auxquel j’avais prêté de si mauvaises intentions, n’avaient fait que m’avertir de cette négligence...

         J’ai été si gênée que je n’ai même pas remercié. Je suis partie ventre à terre cacher ma honte chez moi, en maudissant ma mère et ses foutus préjugés.

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

gudule 27/01/2012 19:11

Merci, Cali !

cali rezo 27/01/2012 18:03

huhu, excellent !

gudule 27/01/2012 15:46

Ouaiiiis ! Je ne sais pas encore quand le livre sortira ; en février, qu'on m'a dit. Mais j'ai pas encore la date exacte. Je vous tiendrai au courant !

Castor tillon 27/01/2012 15:11

Deuze !

gudule 27/01/2012 07:06

Merci Pierre ! ça fait chaud au cœur.

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