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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 07:50

Un peu de douceur dans un monde de brutes

  Montreuil 1993. Je hais les salons. Trop de monde, trop de bruit, trop d’inconnus. Je me sens en-dehors de la fourmilière et c’est très douloureux. D’autant que je suis fragilisée par des refus à répétition — y compris de Jacques Chambon qui publie en priorité des auteurs américains. Mais bon, si je veux percer un jour, faut que je fasse un effort. Que je sorte de mon trou...

         Je rôde comme une âme en peine dans les allées bondées quand j’aperçois, ô joie, le stand Syros. Cette maison d’édition, qui vient d’accepter mon roman « A la folie » est, actuellement, ma seule perspective éditoriale. Elle incarne tous mes espoirs présents et à venir. Je m’y réfugie donc comme le naufragé sur son île déserte.

         A mon grand désappointement, Virginie L., mon éditrice, n’est pas là. Je feins de m’intéresser aux livres exposés, histoire de me donner un semblant de contenance, quand une dame en robe de vinyle noir s’approche de moi.

         — Vous êtes Gudule ?

         J’acquiesce, toute contente d’être reconnue par quelqu’un. Elle se présente, Antoinette R. , la nouvelle directrice, et m’assène, de but en blanc :

         — J’ai lu votre manuscrit, il est très mauvais. Vous n’êtes pas faite pour écrire des romans. Des petits albums, peut-être, mais pas de longs textes. C’est dans votre intérêt que je vous dis ça !

         Sous l’impact, je manque de tomber à la renverse.

         — Mais... Virginie l’a beaucoup aimé...

         — Virginie ne fait plus partie de la maison.

         D’un coup, l’atmosphère du salon est devenue irrespirable. Il faut que je sorte d’ici, tout de suite ! De l’air ! J’étouffe ! Je tourne les talons et fends la foule en direction de la sortie.

         Par chance, en chemin, je tombe sur mon vieux pote Siné. Enfin, un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Du coup, je craque et fonds en larmes dans ses bras. ­Il a le bon réflexe : il m’emmène boire un coup. De ça, je lui serai toujours reconnaissante...


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Published by Gudule - dans Mezzé
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Castor tillon 19/02/2012 19:22

Ce que je veux dire, c'est que même à l'époque, ton travail était bon, et en tant qu'éditrice, elle ne pouvait pas l'ignorer. Après, elle a dû avoir les boules, c'est sûr.

gudule 19/02/2012 19:07

Non mais attends, mon travail, elle l'a reconnu des années plus tard, quand elle est passée chez Hachette. J'avais à l'époque une bonne cinquantaine de bouquins "en activité" dans cette maison
d'édition, dont trois gros succès ! Là, elle ne pouvait plus rien contre moi. Mais lors de notre première rencontre, j'étais une débutante fragile et pas sûre d'elle. J'aurais très bien pu mettre
la clé sous la porte, après ça. Je connais des auteurs qui l'ont fait !

Castor tillon 19/02/2012 18:57

Tout en reconnaissant ton travail et sans te connaître, elle t'a incluse dans sa petite guerre à elle perso. C'est indigne, voui madame, une écrivaine ne doit pas avoir peur des mots !

gudule 19/02/2012 18:44

Eh, ho ! Gaffe à mon égo, saperlipopette ! Non mais sans blague, à force de le gonfler, il va finir par éclater comme une baudruche (car que sont les égos sinon des baudruches, peux-tu me le dire
?)
Ceci dit, effectivement, elle m'a cassée parce que j'étais la pouliche (!) de Virginie qu'elle avait salement virée, je l'ai sur par la suite de le bouche même de la victime. N'empêche que, pour
quelque raison que ce soit, prendre les gens en otage, c'est assez crade, je trouve. Je dirais même indigne, tiens, n'ayons pas peur des mots !

Castor tillon 19/02/2012 18:13

Nous qui te lisons, sommes ravis de constater que cette femme s'est fourrée le doigt dans l'oeil. Mais plus vraisemblablement, il y a eu une castagne entre les deux éditrices, et elle a pris
plaisir à casser le poulain de sa rivale. Sinon, son attitude est incompréhensible, d'autant plus qu'elle a apprécié ton travail par la suite.
Quoi qu'il en soit, son comportement est odieux, et c'est par la faute de gens comme elle que des écrivains de talent ne seront peut-être jamais révélés. Ce n'est pas ton cas heureusement. Tu es
reconnue, non par des médiocres, mais par des lecteurs enthousiastes qui savent reconnaître quand on leur présente une histoire bien ficelée et passionnante. De plus, ta popularité et ton lectorat,
contrairement à la longévité des éditeurs, vont croissants, et si quelqu'un laisse une trace dans l'histoire de la littérature française, c'est bien toi.
Donc : haut les coeurs !

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