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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 07:34

Tante Arlette

  Ma mère me trouvait trop câline. Dans son esprit formaté par d’austères préceptes moraux, c’était le signe d’un tempérament sensuel, voire vicieux, qu’il fallait contrer à tout prix. Elle m’interdit donc d’embrasser quiconque, fût-ce un parent proche, arguant que « ça ne se faisait pas ». (Quel âge avais-je, à cette époque ?  Oh, huit ans maximum !)

         Lors d’une visite à mes grands-parents, je fais la connaissance d’une tante infirmière qui vit au Congo — nommons-la Arlette, je veux pas d’histoires avec la famille. Or, cette tante se targue d’être « adorée des enfants ». C’est sa fierté, à elle, vieille fille assez repoussante. Son label affectif. A défaut de plaire aux hommes, elle séduit les gamins.

         — En Afrique, dès que j’arrive dans un village, tous les petits négrillons se ruent sur moi, affirme-t-elle. C’est comme ça, je les attire. Ils sentent que je les aime et me le rendent bien. 

         Ce discours, je ne l’entends pas (mais il me sera répété par la suite). Roulée en boule sur le canapé, je lis les « Bécassine » de ma grand-mère sans prêter attention à la conversation. Maman en conclut, à juste titre, que j’ai sommeil. Nous nous sommes levés si tôt, ce matin !

         — Va faire une petite sieste dans la chambre d’amis, me conseille-t-elle.

         — Bonne idée, s’écrie tante Arlette. Je vais l’accompagner, je suis un peu fatiguée, moi aussi.

         On monte, elle se couche dans le grand lit, moi dans le petit, et je m’endors aussitôt. À mon réveil, elle n’est plus là.

  Quand je suis redescendue, la famile prenait le thé. J’ai tout de suite remarqué le regard noir de ma mère, mais comme je n’avais rien à me reprocher, je n’ai pas réalisé qu’il m’était destiné. Ce n’est qu’au retour que j’ai eu droit à l’engueulade.

         La tante s’était vantée de m’avoir « apprivoisée ».

         — Cette petite si distante, si réservée, s’est lâchée, une fois seule avec moi, a-t-elle prétendu. Elle m’a cajolée, embrassée... Vous voyez bien qu’aucun enfant ne me résiste ! 

  C’était un mensonge, je le clame haut et fort. Je ne lui avais même pas adressé la parole. Pourtant, c’est moi qu’on a traitée de menteuse.

         Bien des années plus tard, j’ai demandé des comptes à tante Arlette. Elle ne se souvenait plus du tout de l’incident.

         — Mais si je l’ai dit, c’est que c’était vrai, a-t-elle conclu, péremptoire. Il n’y a aucun doute là-dessus !

         Révisionniste, va ! 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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gudule 28/02/2012 21:29

Tas remarqué ? Sans rien faire. Moi, je dis que c'est du grand art !

Castor tillon 28/02/2012 19:44

C'est bien ce que je disais : tu es un vrai paratonnerre à ennuis. Une fois de plus, sans rien faire, tu as attiré la foudre. C'est merveilleux.

gudule 28/02/2012 11:30

Allons, cher Odomar, ne soyez pas mal-pensant ! Ils s'agenouillaient devant elle en l'appelant "la grande déesse blanche" ou "la vierge guérisseuse". Et paix à sa mémoire !

Odomar 28/02/2012 11:15

Je souscris à mort !

Quand même, pauvre tante Arlette ! Si ça se trouve, les négrillons lui jetaient des pierres...

benoît barvin 28/02/2012 10:28

AMEN!!!

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