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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 07:45

Cauchemar d’auteur

 Une autre histoire de dédicace, tiens, tant qu’on y est. Ma toute première, à la fête de l’Huma 1989. « Et Rose elle a vécu » venait de sortir, et Richard Borhinger, bombardé directeur de collection chez Denoël, m’avait prise sous son aile.

         Nous voilà donc tous deux assis côte à côte, dans la tente prévue à cet effet. Dehors, il pleut à verse. Une foule détrempée piétine devant Richard qui signe son dernier livre, « Le bord intime des rivières ». Moi, personne ne me remarque. Mais alors, personne, hein ! Les gens se pressent contre ma table sans daigner m’accorder un regard. Il y en a même certains qui s’affalent sur mes livres avec leurs imperméables mouillés — et ce en dépit de mes protestation que, dans le brouhaha, ils n’entendent pas. À force, la table (une planche posée sur des tréteaux) finit par basculer, et les bouquins dégringolent dans la boue. Je les ramasse à quatre pattes, entre les pieds des visiteurs qui marchent dessus sans même s’en rendre compte.

         Quand le libraire est passé après la fermeture, il a vivement remercié Richard dont le score de vente était impressionnant. Puis il a balayé mes piles défraîchies d’un regard affligé, en lançant à son arpette :

         — Tous ces exemplaires sont bons pour le pilon. Encartonne le stock et renvoie-le tel quel à l’éditeur.

         Parole d’honneur, j’étais aussi gênée que si je m’étais soulagée dedans ! 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Castor tillon 06/03/2012 18:37

Il me semble que la sécurité a plutôt été négligée sur ce coup-là. Quand on invite une star de cinéma, il faut s'attendre à des problèmes. Je devais exposer une série de tableaux sur un chanteur
célèbre, et le galériste a refusé à mon agent (avec raison) d'assumer la tenue de l'expo, parce que la sécurité ne pouvait pas être assurée (les débordements des fans, etc).
Tu risquais - et Richard aussi - bien plus qu'une simple bousculade, surtout qu'il faisait un temps de chien et que les gens devaient perdre patience.

gudule 06/03/2012 10:04

Tu as sûrement raison, mais je vais encore me faire l'avocate du diable. Ce pauvre libraire était à sa caisse, et avec la quantité de bouquins vendus par Borhinger, n'avait sûrement pas le temps de
venir se balader devant les tables - surtout avec la foule qui bloquait le passage. Mais bon... ceci dit, ton libraire à toi, qui chouchoutait ses petits, m'avait l'air foutrement plus sympathique
que lui !

benoît barvin 06/03/2012 09:54

Bon, c'est vrai, je suis allé trop loin pour Borhinger - que je n'apprécie pas trop en tant qu'acteur, ceci doit expliquer cela. Ceci dit, je reviens au libraire qui n'a pas fait son boulot. J'ai
participé à quelques petits salons, et le libraire qui m'invitait était toujours là, pour surveiller qu'on ne fasse pas du mal à ses petits protégés... Depuis, hélas, le pauvre a mis fin à son
existence qui, question financière et intime, n'était pas au top... Paix à son âme qui était belle et amatrice de belles choses...

gudule 06/03/2012 09:05

Oh, tu es dur, là... Le pauvre Borhinger n'y était pas pour grand chose, il signait comme un malade, sans avoir le temps de relever la tête. Quant au libraire... Ben de voir ses piles de livre
neufs tout souillés, ça a pas dû lui faire plaisir. Non, je me dis une fois de plus que c'est la faute à personne. La foule, cette masse aveugle et sourde, a servi de catalyseur à pas'chance, et
voilà tout. Aujourd'hui, j'en ris. C'était mon baptême du feu, en quelque sorte. Mon bizutage littéraire.

benoît barvin 06/03/2012 08:35

Il n'y avait pourtant pas de quoi, puisque la faute en revenait au libraire... Cet épisode démontre une fois encore combien le respect entre les auteurs est un leurre. Et que les libraires sont,
parfois, de petits trous de... quelque chose... Il y a, chez les créateurs (et leurs agents de probation que sont celles et ceux qui les pressurent), autant de médiocrité que partout ailleurs, dans
la société humaine. Ceci dit, évoquer Borhinger et parler de respect, c'est comme parler du Résident et de son langage châtié... un pléonasme.

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