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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 07:24

Jeux interdits

 Le plus jeune de mes cousins, dernier-né d’une fratrie de six enfants, avait dix ans de plus que moi. Quand j’étais en vacances au Thier-à-Liège, il aimait à jouer les petits chefs. Contrairerment à Tantine qui était la patience même, il me houspillait sans cesse, usant et abusant de l’illusoire « droit d’aînesse » qu’il s’était octroyé.

Je ne l’aimais pas beaucoup.

Le jour de ses vingt ans, il reçut une guitare qu’il ne lâcha pas de la soirée, y gratouillant des gammes et des arpèges — assez adroitement, si je me souviens bien. Vers neuf  heures trente, on m’envoya dormir. J’étais à peine couchée que mon cousin entra.

— Je viens te faire  la sérénade, dit-il, en s’asseyant au bord du lit.

Surprise par une aussi délicate attention, je fermai les yeux et me laissai bercer. Il égréna, ô ironie, les premières mesures de « Jeux interdits », avant que je sente ses lèvres gober les miennes et sa main s’insinuer dans ma chemise de nuit, à la recherche de mon absence de seins.

Je ne réagis pas instantanément. J’étais, comment dire ? pas vraiment là. Dans un demi-sommeil peuplé de douces rêveries, voyez ? La sérénade, le prince charmant, tout ça... Quand le baiser s’acheva, je rouvris les yeux et reçus la réalité en pleine face. Je poussai un hurlement d’horreur. Mon cousin battit aussitôt en retraite, mais eut le temps de lancer, avant de disparaître :

— Si jamais tu répètes ce qui vient de se passer, gare à toi ! Je te flanquerai la raclée de ta vie !

L’instant d’après, Tantine, alertée par mes cris, rappliquait dare-dare. Je prétendis avoir eu un cauchemar.

À dater de ce jour, tout en gardant le secret, je pris « Jeux interdits » en grippe. Quand il passait à la radio, j’éteignais le poste. Et si quelqu’un s’en étonnait, je répondais simplement : « Ce truc me donne la nausée ». J’en demande pardon à Narciso Yepès, mais c’est toujours vrai. 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Zoé 11/03/2012 18:45

Je note, j'allais justement me faire une virée au Pêle mêle et m'autoriser une petite commande sur Amazone ^^ (si tu as d'autres suggestions :D ) J'espère qu'il est encore trouvable par contre ^^

gudule 11/03/2012 17:35

C'est sûr que là, le rôle des enseignants (et de tous ceux qui écoutent et ENTENDENT) n'est pas simple. Comprendre sans aggraver ; ne pas donner aux choses plus d'importances qu'elles n'ont, sans
pour autant les minimiser, c'est un véritable travail d'orfèvre.Ce rôle, même vis-à-vis de mes propres enfants, m'a toujours semblé l'un des plus difficiles. Tomber dans la dramatisation excessive,
c'est créer artificiellement un traumatisme qui n'a peut-être pas lieu d'être. Assurer que "ce n'est pas très grave", c'est peut-être trahir la confiance d'une victime qui souffre plus qu'on ne
l'imagine... As-tu lu la BD d'Olivier Ka et Alfred, "Pourquoi j'ai tué Pierre",parue chez Delcourt (ou Glénat, je ne me souviens plus) il y a quelques années. Une vraie souffrance d'enfant exprimée
et analysée par l'adulte qu'il est devenu. Je pense que pour une pédagogue, c'est un formidable outil de travail.

Zoé 11/03/2012 17:20

C'est assez complexe, parce qu'en effet, ça a toujours existé. Et le fait de savoir que ce genre d'incidents se produit fréquemment peut aider à relativiser. Mais ça reste quand même passablement
bizarre à gérer... Relativiser sans banaliser c'est un exercice d'équilibriste (surtout quand on est juste à l'écoute de l'enfant qui partage son histoire)
Au final, je me contente souvent d'écouter, et de bien vérifier que le gamin sait que le malaise éprouvé est légitime... Et puis lui rappeler ses droits ^^

gudule 11/03/2012 12:56

Bof, ce genre de chose a toujours existé et existera toujours, et le vrai problème, c'est qu'on n'arrive pas à relativiser. Je parle de petits trucs comme ça, pas de viols, évidemment ! Le viol,
c'est un traumatisme terrible. Mais même ce genre de petite bêtise, ça vous laisse un goût amer dans la bouche.

Zoé 11/03/2012 11:10

C'est tout d'même assez impressionnant de réaliser que dans énormément de familles finalement, les enfants sont très souvent confrontés au moins une fois à ce genre d'expériences. De façons plus ou
moins traumatisantes. Je l'avais remarqué pendant mes différents stages d'instit' sur Bruxelles (de Schaerbeek à Ixelles), en pensant que c'était peut être une question de milieu ou de
génération... Et ben pas du tout. En y repensant et en parlant avec des amis et un psy, ça m'a l'air de quelque chose de très récurrent. Que l'on s'en rappelle vaguement, que cela soit devenu un
souvenir flou, refoulé, ou bien un cauchemar récurrent... (ou un très chouette billet de blog ^^)

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