Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:01

Vocation infirmière

  Suite à mes novélisations de la série l’Instit (1997-1999), une maison de production de téléfilms me contacte. Son but avoué : surfer sur la mode des thèmes sociaux.

         — Nous souhaitons, m’explique la jeune femme que j’ai au bout du fil, créer une héroïne de la trempe de l’Instit. Une infirmière qui prenne en main la destinée de ses semblables, et n’ait pas peur de « se mouiller » pour faire triompher la justice ou venir en aide aux défavorisés.

         Le projet me plaît. D’autant que, ayant adapté en livres une bonne trentaine d’épisodes de ce genre, j’en connais toutes les ficelles. Je donne donc mon accord de principe, et la dame me fixe rendez-vous une semaine plus tard avec toute l’équipe, pour une première prise de contact.

         — Si vous arriviez avec une idée-choc, cela nous ferait gagner du temps, suggère-t-elle. Et nous pourrions partir sur du concret.

         Je me mets aussitôt au travail, et torche en quelques jours « Elle ne parle pas, elle chante ». C’est l’histoire d’une petite trisomique séquestrée par sa mère, entraîneuse dans un bar. Seule une chansonnette, s’échappant du réduit où elle est enfermée, trahit la présence de l’enfant dont nul ne connaît l’existence... Je bosse comme une malade pour finaliser mon récit avant le rencard, et me pointe à l’heure dite, assez contente du résultat.

         Le staff de production n’a pas du tout  la réaction que j’espérais.

         — Une trisomique ! s’effarent toutes les personnes présentes. Non, ce n’est pas possible : « Vocation infirmière » sera programmé à une heure de grande écoute.  

         Bien que la logique de ce raisonnement m’échappe, je propose, conciliante :

         — Si c’est le physique de la petite fille qui vous dérange, elle peut aussi être autiste. Ce qu’il faut, c’est que sa mère ait honte d’elle, qu’elle n’assume pas sa différence. Et que l’infirmière, en lui ouvrant les yeux, lui permette de surmonter ses préjugés.

         — Votre scénario est excellent, assure un chauve à l’air affable, c’est la handicapée qui pose problème. Les téléspectateurs sont là pour se détendre, vous comprenez ? Il ne faut pas leur montrer ce qu’ils n’ont pas envie de voir. 

         — J’ai une idée, s’écrie quelqu’un. Si la petite fille était noire ?

         Cette proposition recueille tous les suffrages.

         — Réécrivez l’histoire avec une Noire, me recommande-t-on, avant de me congédier. Et revenez nous soumettre votre nouvelle mouture la semaine prochaine.

         Je n’y suis jamais retournée.


Partager cet article

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

commentaires

Martine27 25/03/2012 11:01

Y en a marre du politiquement correct ! Tu as bien fait de ne pas y retourner !

gudule 21/03/2012 19:17

Je n'en attendais pas moins de toi, cher Castor !

Castor tillon 21/03/2012 17:46

L'assimilation handicapés-Noirs, c'est également ce qui m'a frappé. Cette façon de penser m'aurait aussi dissuadé de revenir.

gudule 20/03/2012 16:15

Merci pour la référence. C'est exactement ce que je pense ! Notre télévision a un siècle et demi de retard. Est-celle le reflet de la mentalité de la majorité de nos contemporains ? Je n'ose le
croire.

Tororo 20/03/2012 15:29

Ouch! Une mère qui cache sa fille parce qu'elle est noire, c'était déjà le thème d'une des aventures de Sherlock Holmes... et même Conan Doyle, dans les années 1880, semblait penser que c'était un
peu over the top. Les choses ne changent pas vite, on dirait.

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories