Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 07:38

 

 

                                                                  TOTAL RECALL

 

 

 

         Je n’ai pas la mémoire des chiffres. De sorte qu’au réveil de l’anesthésie, quand on me demanda quel numéro appeler pour rassurer mes proches, je fus incapable de répondre.  Castor, qui s’était fait éjecter de la chambre dès mon entrée au bloc, ayant embarqué toutes nos petites affaires — y compris mes lunettes et mon téléphone portable —, je ne pus donner que mon fixe et celui de Mélanie. Manque de bol, les conditions climatiques déplorables rejaillissaient sur la connexion internet du village, si bien qu’aucun des deux ne marchait. Il fallut donc attendre le matin pour que ma p’tite famille puisse joindre le standard de l’hôpital.

         En attendant, j’étais bel et bien éveillée, et je pétochais grave. L’impression terrifiante de ne plus être soi-même, vous connaissez ? Je crois n’avoir jamais rien éprouvé de pire. Ce n’était pas tant le fait qu’on m’ait tripatouillé le cerveau — ça, après tout, c’était juste une vue de l’esprit : je n’avais mal nulle part et je ne me sentais même pas abattue. En revanche, je ne reconnaissais rien. Cette salle de réa  où je stagnais dans une demi-conscience hallucinée m’évoquait les décors des livres de Philippe K. Dick. J’étais, comment dire ?  Passée de l’autre côté, voyez ?  Dans un univers parallèle qui ressemblait au nôtre,  mais en décalé. La juxtaposition approximative entre cet ersatz de réalité et la réalité réelle laissait transparaître la supercherie. Ces infirmières, qui entraient de temps à autre sur la pointe des pieds vérifier les cadrans,  n’étaient que des robots ; des androïdes programmés pour me leurrer. Leurs allées-et-venues silencieuses en attestaient : elles ne marchaient pas, elles se déplaçaient en apesanteur  à quelques centimètres du sol. L’on m’expliqua plus tard que ce délire paranoïaque — particulièrement aigu chez quelqu’un dont l’imaginaire, depuis tant d’années, barbotait dans les eaux troubles du fantastique et de la SF — était dû à l’anesthésie, ainsi qu’à la morphine qu’on m’avait injectée pour calmer la douleur.

 


 

http://nsm08.casimages.com/img/2013/11/24//13112401080814328911761939.jpg

   - Et ça vous fait rire ? Les univers de K. Dick et les hostos, c'est bonnet bleu et bleu bonnet.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

commentaires

gudule 25/11/2013 17:47

Du vécu pur jus, Pata !

Pata 25/11/2013 17:12

Bouh, ça doit bien glauque ça, le réveil flippé dans un univers aseptisé et loin du quotidien... Schtroumphement bien écrite cette scène là !

gudule 25/11/2013 12:14

OooOOOooh, ça, c'est gentil !

Castor tillon 25/11/2013 11:57

Faut pas croire Gudule. Je ne l'ai vue qu'une fois faire la gueule, et c'était tellement drôle que je l'ai photographiée.
C'est la femme la plus enjouée qu'on puisse imaginer.

gudule 25/11/2013 09:08

@ Tororo : c'est tout à fait ça !
@ Ryko : moi aussi, je me demandais où tu étais passé...
@ Flore : Castor a hésité entre la shtroumpfette et le shtroumpf grognon, mais le blond ne ma vas au teint. La gueule de six pieds de long, en revanche, si.

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories