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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 23:53

 

 

PETIT RESTO EN TÊTE À TÊTE

 

Trois jours plus tard, à dix-huit heures tapantes, Rose, laissant ses fils aux bon soins de "Dida", embarque donc dans la 4L pour une petite virée "en ville".

Ce face-à-face lui en rappelle un autre, qu'en dépit des années elle n'a pas oublié. Que de fois la soirée à Ostende *, dans les flonflons du 21 juillet, lui est revenue en mémoire ! Surtout depuis son arrivée à Liège… Elle se revoit, dansant avec Étienne sous le chapiteau d'un bal sordide. Comme il la serrait fort ! Comme il était ému ! C'eût été si facile, à ce moment-là, de lui faire endosser la paternité de Grégoire. Il aurait suffi que Rose lui abandonne sa bouche et se laisse glisser… À quoi ressemblerait sa vie, si elle avait cédé à cette tentation ? «À celle d'une femme de chasseur », s'était-elle dit alors — ce qui avait justifié sa fuite. « Ou d'une femme de médecin ? » pense-t-elle aujourd'hui.

Elle l'observe à la dérobée. Durant les cinq années qui viennent de s'écouler, son visage, resté si longtemps immature, a perdu son aspect poupin. Ses joues se sont creusées, quelques rides apparaissent déjà au coin de ses yeux — la peau des blonds se flétrit plus vite que celle des bruns. Son accent traînant a fait place à un parler plus énergique, plus réfléchi ; il a perdu ses airs de petit paysan mal dégrossi.

« Me plairait-il, si je le rencontrais maintenant, se demande Rose. En supposant que je ne sois pas mariée, évidemment ! »

Force lui est de s'avouer que oui.

« Ceci dit, si je l'avais épousé, je n'aurais jamais connu ni Amir, ni le Liban. Et Olivier n'existerait pas… En revanche, Grégoire aurait une chouette grand-mère, et on vivrait dans un endroit génial. À proximité de tante Ida, qui plus est ! »

Les suppositions de cette sorte l'ont toujours fascinée. Elle pousse parfois le raisonnement jusqu'au vertige. Jusqu'à entrevoir, tel un gigantesque écheveau de laine, l'enchevêtrement des milliers de chemins qu'engendrent chacun de nos choix, et dont un seul —et pas toujours le meilleur — trace notre destinée.

« Faudra que je mette tout ça dans mon bouquin », se dit-elle, comme la voiture se gare place Saint-Lambert.

L'ambiance de la taverne est douillette, le menu délicieux. Le patron truculent et direct.

— Avéf bin magni, avou vosse crapaude, m'fi ? demande-t-il à Etienne, en lui apportant l'addition.  

Oufti, c' n'est nin m'crapaude, cislàl ! Djil vodreu bin, allé !

Awè, dji comprin çoula : c'est'inne mamée pitite bocelle, énon.

Merci, rit Rose.

Tu comprends le wallon ? sursaute Etienne.

 — Bien sûr . C'est toi qui me l'a appris, quand nous étions petits.

Et tu t'en souviens ?

J'ai une mémoire d'éléphante.

Elle rit encore.

Heureusement que tu n'as pas dit du mal de moi !

Ni surtout trop de bien…

 

Sous-titres :

— As-tu bien mangé avec ta fiancée, mon garçon ?

—  Ce n'est pas ma fiancée, celle-là ! Je le voudrais  bien, allez !

— Ah oui, je comprends ça : c'est une mignonne petite jeune fille, hein !

 

 

 

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Pata 07/05/2014 08:31

Ouh, ça me fait drôlement plaisir que tu aie été voir mes dessins ! :))))

Gudule 03/05/2014 23:36

L'arbre vertigineux ; ça me fait penser à un de tes dessins

Gudule 03/05/2014 23:34

Mouais, elles sont plutôt roses !

Pata 03/05/2014 17:33

Hé, hé, elles ont de sacrées couleurs les nuits blanches de Mélaka !!

Pata 03/05/2014 17:27

L'arbre des possibles... Vertigineuse oui, cette piste quand on l'emprunte !

Mais on peut aussi y puiser de l'inspiration ou du courage !

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