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28 janvier 2014 2 28 /01 /janvier /2014 08:08

 

 

                               LA VIE SELON ZÉNAB (SUITE)

 

Malgré sa radinerie, Zénab s'est fendue d'un somptueux nounours en peluche. Elle a également apporté une tarte, à côté de laquelle les petits gâteaux de Rose font piètre figure. Celle-ci la remercie, l'embrasse, pout, pout, sans conviction, et l’oncle Henri déclare :

— Vous êtes bien installés. Ces vieilles maisons ont tant de  charme… 

— Mais aucun confort, coupe perfidement sa femme. Vous avez l'eau courante, au moins ?

— L'eau, l'électricité et le bonheur, rétorque Rose (bien que ce dernier mot n'ait plus réellement cours, dans le contexte actuel). Asseyez-vous, je vais voir si Olivier est réveillé.

Je t'accompagne. Henri, surveille Grégoire !

Olivier dort toujours. Sur la pointe des pieds, les deux femmes pénètrent dans la chambre que les rideaux fermés plongent dans une douce pénombre. Zénab se penche sur le berceau, scrute longuement le petit visage paisible. Puis se redresse et chuchote :

— Il est bien moins beau que l'autre. On voit tout de suite qu'ils ne sont pas du même père.

Puis, ayant largué sa petite phrase assassine comme un chien pose sa crotte, elle tourne les talons, laissant Rose abasourdie.

Si abasourdie qu'elle ne trouve rien à répondre, mais rumine sa rancœur durant toute l'heure qui suit (et même davantage : quarante ans plus tard, cette rancœur la rongera encore). Pourtant, un raisonnement très simple relativiserait le propos : ce que Zénab reproche au petit Olivier, ce n'est pas d'être laid — il ressemble à son père ! — mais d'avoir le teint sombre des Orientaux. Pour elle, comme pour beaucoup de femme du grand Sud, le stéréotype de l'enfant parfait, c'est l'angelot blond et rose des pubs européennes.

Dès lors, Rose manifeste une si évidente exaspération que ses oncle et tante ne s'attardent guère. Le goûter terminé, ils s'éclipsent, en se disant que leur nièce ne sait pas recevoir — ce qui, en l'occurrence, est la stricte vérité.

— Elle se relève de couches, l'excuse l'oncle Henri en regagnant sa voiture. Et avec ses deux enfants, elle doit être surchargée de travail.

— Son mari n'a qu'à lui payer une bonne, rétorque Zénab du bout des dents.

 

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Published by Gudule - dans Mezzé
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commentaires

Gudule 28/01/2014 17:54

Déverser sa bile sur les maamouls, c'est un véritable crime de lèse-gourmandise !

Pata 28/01/2014 16:04

Elle est douée, la Zénab pour faire tourner le goûter en dégoûtée , grâce à l'aigre de ses propos !

Tororo 28/01/2014 16:03

Argh! J'ai pris ça dans les dents comme si ç'avait été mon bébé. Le problème avec les Tantes Zénab ™, c'est qu'il y en a non seulement dans tous les pays, mais dans toutes les générations.

Gudule 28/01/2014 13:32

Ouaip, le petit problème, avec "Le Rose et le noir" (le quatrième tome de "Rose" que vous pouvez lire en ce moment sur ce blog), c'est qu'il est précédé de trois autres livres dans lesquels se
trouvent des informations qui, quelquefois, manquent aux lecteurs. Exemple : qui est qui ? Quel est le lien de parenté entre Rose et les autres protagonistes de l'histoire ? La tante Zénab,
libanaise, est l' épouse d'oncle Henri, lui-même frère du père de Rose. (Rhouloulou, l'arbre généalogique !)

Rykool 28/01/2014 12:34

Merci Gudule. Cependant le boulot que j'ai à faire (illustration) fait plus appel aux zéniteurs qu'aux zénablesses.
Mais t'inquiète. Il y a pire en ce bas monde. Un lutin, ça se blinde.

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