Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 08:02

 

 

                                LE CONFLIT S’INTENSIFIE

 

Deux personnes, cependant, semblent imperméables aux affres collectives : Rachad et Omane. Comme À quelque chose malheur est bon (dixit l'inénarrable Suzanne Vermeer) Rose avait espéré, en son for intérieur, que la situation politique les réunirait à nouveau. Se serrer les coudes dans l'adversité, c'est le propre d'une famille, n'est-ce pas ? Quand la vie est en jeu, les autres considérations passent au second plan… Espoir déçu, hélas : dans le hurlement des Mirages comme sous l'azur clément, les parents de la petite Nadège demeurent recroquevillés dans leur douleur, derrière les hauts murs qui les isolent du monde.

        

 

                                                                 *

          

 

Le 8 juin au soir, alors que Rose et Amir s'apprêtent à dîner, des coups de klaxon précipités leur parviennent de la rue.

Qu'est-ce que c'est encore ? bondit Rose, sur le qui-vive.

Elle a les nerfs à fleur de peau. Toute la journée, Migs syriens et Phantoms israéliens ont survolé Zouk en alternance, tels de sinistres oiseaux de proie.

Ne bouge pas, je vais voir, dit Amir.

Il sort, revient au bout de quelques minutes.

C'est la police. Ils veulent qu'on occulte toutes les fenêtres.

Exclamation étouffée de Rose :

Pourquoi ? Ils… ils craignent une attaque du village ?!

— Mais non, voyons : simple mesure de précaution. Nous ne sommes qu'à une vingtaine de kilomètres de Beyrouth.

Déjà, il cherche nappes, torchons, serviettes à punaiser sur les chambranles, afin qu'aucune lumière en transparaisse à l'extérieur. 

— C'est provisoire, précise-t-il. Demain, j'irai acheter du papier noir à scotcher sur les vitres.

Une fois l'opération terminée.

J'étouffe, dit Rose. J'ai l'impression d'être dans un bunker.

Sitôt qu'on aura éteint, on les retirera, la rassure Amir.

— Alors, éteignons tout de suite  : je préfère encore le manque de lumière au manque d'air.

Si tu veux de l'air, va au jardin !

Excellente idée. La lune, au moins, on ne l'occultera pas…

Ni une ni deux, elle couche Grégoire dans le hamac — où il s'endort aussi sec —, et amène le berceau d'Olivier sur la terrasse. Jusqu'à des heures indues, ils resteront dehors, à contempler les étoiles dans l'ombre. Car, avec la nuit, la ronde infernale des avions s'est calmée.

Ce n'est qu'une trêve, hélas. Qui sait ce que leur réserve demain ? 

On aimerait que le jour ne se lève jamais, dit Rose.

Mais, déjà, les premières lueurs de l'aube pointent à l'horizon.

 

 

        

                                           

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

commentaires

Pata 25/02/2014 12:26

Quand la guerre est là, la quiétude est sa première victime...

Castor tillon 19/02/2014 22:01

Mirages et Phantoms, brr. Ils ne déversaient pas des mirages de bombes et des fantômes d'obus.

Gudule 19/02/2014 20:04

Si peu...

Ryko 19/02/2014 12:38

Un peu de poésie, un peu de quiétude céleste, un peu de calme avant la tempête.

Gudule 19/02/2014 11:07

Over-blog fait de drôles de trucs avec le commentaires, depuis 48 h.
Quant à Rachad et Omane, je pense que toutes les personnes un peu sensibles comprennent parfaitement leurs réactions.

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories