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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 18:10

                                      Le coup du parapluie (suite)

 

       Contrairement à ce que j’espérais, une fois le bouquin sorti (sous le titre softisé d’Et Rose elle a vécu), plus personne n’envisage de le porter à l’écran. En revanche, la télévision belge s’y intéresse, ce qui lui vaut un joli reportage avec interview et lecture de passages en voix off, illustrant une promenade bruxelloise, dans les lieux où se déroule l’histoire.

         Bohringer, cependant, l’encense toujours. A chacune de nos rencontres, il m’en reparle, mais, curieusement, les mots qu’il emploie ressemblent à s’y méprendre à ceux de Bernard W. (la verve impertinente, le sens de l’autodérision,  les pirouettes syntaxiques, vous vous souvenez ?), et le seul passage dont il paraît se souvenir est celui du parapluie. Une question me taraude : Est-ce que, par hasard, il n’aurait pas lu le reste ? Imaginons une seconde que Bernard se soit chargé seul de tout le travail éditorial, résumant l’intrigue à son directeur de collection, lui montrant les meilleurs chapitres, faisant à sa place l’analyse de texte, comme un bon élève se tape les devoirs d’un cancre pour lui épargner la corvée… Imaginons, dis-je, que l’acteur célèbre dont je suis si fière d’être la « pouliche », n’ait occupé ce poste que pour des raisons promotionnelles ? Qu’il ait servi de potiche, en quelque sorte ?  De faire-valoir ? De label ? Quelle déception !

 

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 22:27

                                                Le coup du parapluie

 

       Après avoir longtemps cherché un éditeur pour mon premier roman, Autopsy d’une conne (voir chapitre 93 du présent recueil), j’eus enfin la joie d’être acceptée par Denoël dont le directeur commercial, Bernard W. cherchait des auteurs  décalés  pour sa nouvelle collection : « Périphériques ». À la base de ce projet, le succès phénoménal de C’est beau, une ville la nuit.

         — Cette collection sera dirigée par Richard Bohringer en personne, m’expliqua Bernard lors de notre première entrevue. D’ailleurs, je viens de lui donner votre manuscrit dont j’ai apprécié à leur juste valeur la spontanéité, la verve impertinente, le sens de l’autodérision et les pirouettes syntaxiques.

         Je reçus ces mots divins comme le saint-Sacrement. C’était la première fois que ma prose me valait de tels compliments, surtout de la part d’un grand éditeur.  En général, elle suscitait plutôt des froncements de nez, une bouche pincée ou un haussement d’épaules suivi d’un « ouais, bof » mitigé.

         Je flottais toujours sur mon petit nuage quand, dans l’après-midi, le téléphone sonne à mon bureau.

         — Guduuule !, hurle la standardiste, excitée comme une puce, y a Richard Bohringer pour toi, à l’appareil !

         Le cœur battant à tout rompre, je décroche, et me parvient une voix dont tout le monde connaît les accents éraillés.

         Or, cette voix, non contente de titiller ma fibre cinéphile, me déverse dans l’oreille une bordée de louanges qui en feraient rougir de plus coriaces que moi. R.B. vient de finir mon livre et, en substance, l’a adoré. Surtout la scène du parapluie qu’il décortique longuement.

         — J’adore le personnage de Louis de Backer, conclut-il. Ce rôle est taillé sur mesure  pour moi. Je vais en causer à Jean-Jacques Beineix.

         Cette fois, c’est carrément les trompettes de Jéricho

 

 

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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 22:57

                                            Le nom des gens

 

         Notre administration est la plus simple du monde. Surtout  en ce qui concerne l’accueil des étrangers. Prenons une famille libanaise, par exemple. Suite à la guerre de 1975, un père et ses trois fils immigrent en France, où vivent déjà une grande partie de leurs proches. Quelques années plus tard, ayant travaillé, consommé, procréé, payé des impôts — bref rempli leurs devoirs de citoyens modèles  —, ils  obtiennent la nationalité française, et c’est là que tout se complique. Leur nom d’origine étant El-Khouri (Le Médecin, en arabe) , l’employé de la Préfecture orthographie  correctement celui du père, traduit au préalable par un interprète assermenté.  En revanche, son fils aîné devient Elkouri, le second Elkourry et le troisième,  allez savoir pourquoi, Elcourin. Et comme ils protestent, on leur rétorque que s’ils ne sont pas contents, ils peuvent toujours rentrer dans leur pays. Toute négociation s’avérant impossible, force leur est donc d’accepter cette  dépossession d’eux-mêmes arbitraire (et stupide), et de se contenter des identités disparates qu’on leur a imposées. Une chance qu’il n’y ait pas eu d’héritage à la clé, parce que ça aurait foutu une sacrée merde, vous pouvez me croire ! Faut dire que les immigrés sont rarement fortunés…

          

         Deux des fils, par la suite, devinrent célèbres, l’un comme musicien, l’autre en tant qu’écrivain ; mais tous deux sous pseudo. Quant au troisième, ayant terminé ses études de médecine, il ouvrit un cabinet  de soins d’urgence à Barbès, où tout le monde continua à l’appeler el- Khoury —  ce qui, heureusement,  lui mit du baume au cœur. 

 

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 21:48

                                   Manneken pis

 

Dans sa petite enfance, Olivier avait un sommeil agité. Il parlait en dormant, grinçait des dents, bougeait beaucoup et faisait de fréquents cauchemars. Un soir où nous dînions avec quelques copains, il battit tous ses records. Aux alentours de minuit, il sortit de sa chambre pour entrer à pas de loup dans la salle à manger où nous terminions le dessert, puis, se plantant face à nos invités, il sortit sa quéquette et leur pissa dessus.

         Je m’apprêtais à le rembarrer sans ménagement quand je réalisai : «  Mais… il est somnambule ! »

         Bien que des gloussements fusassent d’un peu partout, j’exhortai ma tablée au silence. Nul n’interrompit  donc le chérubin pisseur, de sorte qu’il put vider sa vessie jusqu’au bout, sans être réveillé malencontreusement.

 

 

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15 août 2014 5 15 /08 /août /2014 22:53

                                        Gothic

 

L’histoire se passe à Bruxelles ; à Ixelles, plus exactement. C’est une vraie histoire belge. En 1986, le mythique cinéma « Le Roy » de la Porte de Namur, existe toujours (Il sera démoli quelques années plus tard). Et qu’y joue-t-on ?

         — Wahou ! Gothic, de Ken Russel. Justement, je meurs d’envie de le voir !

Envie partagée par Sylvain, d’autant que nous n’avons rien de prévu pour la soirée, et que la dernière séance commence dans dix minutes.

Le Roy se compose de plusieurs salles. Celle de Gothic est vide, à cette heure avancée. Nous nous  installons aux meilleures places et  le film commence. Il est époustouflant et morbide à souhait. Soudain, en pleine action, l’écran devient tout noir. Vu le thème abordé (la nuit de cauchemars hallucinés qui réunit Lord Byron, John Milton et Mary Shelley, et dont naquirent  d’impérissables chefs d’œuvres, Frankenstein en particulier), la chose ne nous étonne guère — enfin, dans un premier temps. Mais au bout de dix minutes, on commence à se poser des questions. Ce stand by obscur fait-il partie du scénario ?

         — Non, estime Sylvain. Le film doit être cassé. Bouge pas, je vais prévenir le projectionniste.

Il se dirige à grands pas vers la cabine et, un peu plus tard, le film redémarre. Mais pas à l’endroit de la coupure, non ; au début. Nous voilà bons pour une seconde tournée.

         Il est minuit passé quand les lumières se rallument automatiquement. La tête encore pleine de l’effarant délire des écrivains sous  mescaline, nous gagnons la sortie. Surprise ! les portes sont fermées et  le rideau de fer baissé

         Ni une ni deux, Sylvain fait demi-tour et retourne à la cabine de projection. Personne. Dans la seconde cabine non plus. Nous voilà errant de couloirs vides en  salles désertes, à la recherche d’un responsable.

         Peine perdue : il n’y a plus âme qui vive dans le cinéma.

         — Le projectionniste a dû nous oublier, suppose Sylvain. Quand les autres films se sont terminés, il sera rentré chez lui. Mais comme le nôtre a duré plus longtemps que prévu…

         — On ne va quand même pas passer la nuit ici  ?

Il semblerait que si. Nous avons beau appeler et frapper à la vitre blindée pour tenter d’alerter les rares noctambules, rien n’y fait. Nous sommes bel bien prisonniers. Il ne nous reste plus qu’à trouver un coin où dormir.

C’est la femme de ménage qui nous délivrera, à six heures du matin. Pas contente du tout.

         -— Qu’est-ce que vous foutez là ? vitupère-t-elle dans un sabir mi-brusselèère*, mi-zaïrois. Vous ne vouliez pas payer votre place, hein ? C’est pas beau de resquiller !

         On n’a pas eu le courage de la détromper. Trop fatigués pour ça.

                                                             * Bruxellois (en bruxellois)

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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 20:50

                                         Des souris et des femmes (ter)


           La mère d’Alex habitait un charmant studio , rue de la Roquette. Durant un bref séjour à l’hôpital, elle l’avait prêté à Mélanie (17 ans), qui raffolait de ces vingt-cinq mètres carrés (avec balcon), donnant sur le Père-Lachaise, d’une part, et sur une cour parisienne plantée d’arbres, de l’autre. Or, ce studio était « hanté ». La nuit, on y entendait, des bruits bizarres : frôlements, soupirs, couinements, course furtive.  De temps en temps, la chute d’un objet nous réveillait en sursaut. Et, le matin, de minuscules traces de sang souillaient parfois le bout de nos doigts ou de nos orteils.

           — Le fantôme est encore passé, disait en riant Mélanie. Regarde, il m’a mordu l’index !

           Mis à part ces petits incidents nocturnes, leur cohabitation se déroulait sans heurts. Il eût fallu bien davantage qu’un simple fantôme pour perturber ma fille !

           Ce fantôme, cependant, n’en était pas un, mais une souris blanche, échappée sans doute d’un logement voisin, qui avait élu domicile dans le tiroir à biscottes de la têta*.

           Le jour où Mélanie découvrit le pot-aux roses fut le premier d’une grande histoire d’amour. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, Biscotte devint à la fois sa mascotte, sa compagne, sa muse, sa confidente, et sa partenaire favorite en grignotage de chamallows ou de pop-corn.

           Puis, un jour, la têta revint. Connaissant son aversion pour les rongeurs, Mélanie lui cacha, autant que faire se pouvait, sa nouvelle colocataire. Elle tenta même de l’emmener chez nous ; en vain. Biscotte avait ses planques, et dès qu’on cherchait à la capturer, devenait, au sens propre du terme « une souris fantôme ». De sorte que ma fille, la mort dans l’âme, fut bien obligée de l’abandonner à son sort.

           — Je lui fais confiance, disait-elle, cependant. Elle est maligne, elle s’en tirera toujours. D’autant que Têta ne voit plus grand-chose, et je l’imagine mal coursant une souris !

 

           Elle avait tort. Si Têta ne coursa pas la souris, elle s’adressa, en revanche, à une entreprise de dératisation,

           — Comme ça, l’appartement sera clean pour te recevoir, annonça-t-elle à Mélanie, un beau matin. Je te l’avais promis, tu t’en souviens ?

           Et de préciser, toute rayonnante d’amour grand-maternel :

           — J’ai transféré le bail en ton nom pour qu’il n’y ait pas d’embrouille avec le propriétaire, et j’ai payé six mois de loyer d’avance. Désormais, te voilà « dans tes murs » .

           — Et toi ?

           — Je retourne au Liban vivre auprès de ma sœur. Tu es contente, chérie ?

           En guise de remerciements, ma fille fondit en larmes. Car ce qu’elle aimait surtout, dans ce studio, c’était Biscotte. 

 

                                              *têta : grand-mère (en arabe)

          

 

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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 21:14

                                   Quand je pense à Fernande (ter)


         La même encore, quinze ans plus tard.

         Mariée avec un chirurgien esthétique, elle rentre de vacances dans une forme éblouissante.

         — Tu es vraiment en beauté, remarque une aide-soignante.
                     Et elle, radieuse :

           — C’est grâce à mon mari. Il est doué, tu sais.

           — Qu’est-ce qu’il t’a fait ? 

         Geste adorable de lisser ses traits, mais si discret qu’on le remarque à peine.

         — Il m’a tirée de partout !

 

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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 19:31

             Quand je pense à Fernande… (bis)


 La même infirmière, aux prises avec un pansement récalcitrant, interpelle un de ses collègues, plus doué qu’elle en la matière :

         — Dis donc, Louis, toi qui bandes si bien, tu ne veux pas me filer un coup de main ?

Elle n’a compris que plus tard l’éclat de rire général.

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 22:28

                               Quand je pense à Fernande…

Une de mes amies, infirmière de son état, m’a raconté cette anecdote que, pour ma part, je trouve hilarante. Au début de sa carrière, elle se trouve un jour dans l’obligation de raser le pubis d’un patient bien monté. Cette formalité  la gêne d’autant plus qu’il est visiblement  émoustillé. Très embarrassée, elle appelle sa chef  à la rescousse. Cette dernière, une sexagénaire qui, à l’évidence, connaît la musique, s’empresse de la suivre au chevet du loustic qu’elle apostrophe gaillardement :

— Et maintenant, mon p’tit bonhomme, qu’est-ce qu’on fait ?

La question s’agrémente d’un claquement de dentier qui, instantanément, coupe court au malaise.

 

 

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 19:40

                                 Règlement de contes

 

Parlez-moi donc de la clairvoyance des mères !

La mienne, réfractaire à toute forme de sensualité, tant par principe que par tempérament, supportait mal mon romantisme exacerbé. Afin de me garder dans le droit chemin, elle éloignait de moi ce qu’elle nommait « les tentations », m’interdisant — entre autres — d’écouter les chansons de la radio (que j’adorais).

— Ces sottises te font tourner la tête, prétextait-elle.

Elle surveillait également mes lectures, ne m’autorisant que des livres édifiants, dépourvus de la moindre allusion charnelle. Quant aux films, je n’avais droit qu’à ceux autorisés par  l’office chrétien du cinéma, et encore ! sous son chaperonnage intensif.  (je crois avoir raconté dans une autre Solitude comment, à chaque baiser échangé sur l’écran, un coup de coude maternel me rappelait à l’ordre, afin que je détourne pudiquement la tête.)

Par chance,  il y avait Marraine. 

Marraine était ma grande cousine. Elle avait quinze ans de plus que moi, et c’était une conteuse hors-pair. Je pouvais l’écouter durant des heures improviser des sagas médiévales remplies de duels, de tournois, d’enchanteurs, de dragons, et  de princesses captives, délivrées par d’ardents chevaliers. Ces récits nourrissaient mes rêves et comblaient mes pulsions romanesques.

 Jusqu’au jour où, rattrapée par ma nature profonde, je voulus découvrir «  en vrai »  ce qui n’était encore qu’une vue de l’esprit. S’ensuivit, comme de juste, un petit ventre rond qui valut à Marraine l’engueulade de sa vie.

 — Tout est ta faute, vitupérait ma mère. Tu as saboté mon éducation en confortant ma fille dans ses lubies, au lieu de les lui extirper du crâne. C’est à cause de tes stupides histoires qu’elle a cédé à ses penchants malsains. Et voilà le résultat !

 Ma pauvre Marraine eut du mal à se remettre de ces accusations. Et pourtant… Ce sont ses histoires qui, en formatant mon imagination, m’ont  permis d’entrer en littérature, et d’y faire carrière durant plus de quarante ans ; ce sont ses histoires qui, en ouvrant mon cœur aux délices de l’amour, ont transformé ma vie en une succession d’instants magiques, et ce, jusqu’à la fin, puisqu’une romance de conte de fées  ensoleille à présent mes dernières années.

N‘en déplaise à maman, si j’avais suivi ses préceptes plutôt que de savourer les belles histoires de Marraine, je serais  sans doute aussi aigrie qu’elle, et j’aurais perdu ma faculté de rire de tout — même de la mort.

Merci, Marraine !

 

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