Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 09:10

 

 

                                                                   LA FÉE LUNA

 

         Il n’y a pas que des anges, dans ce conte-là. Il y a des fées, aussi. Enfin, UNE. Une fée aux yeux verts qui y joue un rôle de tout premier ordre.

         Elle apparut un beau matin sur mon écran, sous forme d’une nouvelle (signée d’un pseudo masculin) qui me laissa pantoise. Un pastiche de Perrault, grinçant, cynique et drolatique que je relus trois fois avant de m’écrier : « Putain, mais c’est génial ! »

         Croix de bois croix de fer, le type qui avait pondu ça, je lui tirais mon chapeau.

         Or, ce type n’en était pas un. C’était une jeune femme, mais ça, je ne l’appris que bien plus tard. Castor qui, du vivant de Sylvain, m’avait transmis cette friandise littéraire, laissa planer le mystère. Il nous fallut devenir intimes pour qu’il m’avoue, le rouge au front, que l’auteur de la pépite, présenté comme « un vieux copain », était en réalité sa propre fille.

         Je réclamai aussitôt à lire l’œuvre de la dame ; un recueil me fut offert. Il était de la même veine que l’échantillon susdit.

— Et ce n’est pas tout, ajouta Castor qui, une fois le morceau lâché, n’avait plus aucune raison de se taire. Si nous nous sommes rencontrés, c’est grâce à elle.

         Et de m’expliquer qu’ayant lu mes livres depuis son plus jeune âge, elle les lui avait fait découvrir ainsi que mes site, blog et autres réseaux sociaux sur lesquels il s’était empressé de surfer.

         Ainsi la fée Luna devint-elle l’artisane d’une romance qui, d’une part, valut à cet été si mal commencé le qualificatif de « bel », et de l’autre donna naissance à un livre que je lui dédie de tout cœur. 

         Comme quoi un beau brin de plume vaut une baguette magique !

 

 

          

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
22 décembre 2013 7 22 /12 /décembre /2013 08:43

                                ET POURQUOI PAS L’AMOUR AVEC UNE MAJUSCULE ?                     

 

         En 1965 (ou 70, par là) , j’avais lu une nouvelle dont le souvenir ne m’a jamais quittée.  En résumé : suite à un accident de voiture, un enfant est hospitalisé dans un état critique. Il en réchappe, grandit, fait des études, rencontre l’âme sœur et se marie. Comblé par sa réussite professionnelle tout autant que par sa vie de famille,  il vieillit dans l’aisance, entouré de l’affection des siens, et meurt à un âge avancé. C’est là qu’on se rend compte que tout n’était qu’un rêve. En fait, il n’a pas survécu à l’accident, et cette illusion d’existence est l’œuvre  d’une drogue, injectée à l’ultime seconde.

         Elsa avait peut-être raison, après tout. Qui, mieux qu’un écrivain pouvait édulcorer les lieux-communs sordides de la réalité ?

         Fallait que j’invente un truc ultra-fantasmatique pour donner à ce livre un p’tit air guilleret.

         Que j’offre à mon héroïne la cerise sur le gâteau.

         La richesse, genre. Hu, hu.

         La jeunesse.

         La beauté.

         La santé.

         Des cheveux. 

         Et pourquoi pas l’amour avec une majuscule ?

         L’Amour, oui.

         Mais pour ça — dieu ou le diable soit loué —  pas besoin de me creuser les méninges. Suffisait de regarder, d’écouter, de sentir. De savourer chaque instant comme on savoure un fruit, avec gratitude et jubilation.

         Puis, bien tranquillement, de me remettre à croire aux anges de mon enfance…

        

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 23:07

 

                                        BON, ET APRÈS ?

 

 

         Une fois racontées les péripéties de ce bel été (de manière succincte, s’entend ; inutile de s’attarder, ni sur des considérations sans intérêt, ni sur des incidents mollement répétitifs), une question cruciale se  posait :

         « Et après, j’écris quoi ?

         « Je ressasse, au risque de lasser le lecteur ?

         «  J’invente, au mépris de la plus élémentaire crédibilité  ? »

         En gros, pour que ce livre ressemble à quelque chose, je l’étoffais d’une flopée de détails superflus ou j’en faisais, sans scrupule, une fiction romanesque ?

         Aucune des deux options ne me tentait, en fait.

         Ma copine Elsa, que j’interrogeais à ce sujet, n’hésita pas :

— Tu nous mitonnes  un joli conte de fées, point barre ! Un truc avec une fin magique, de manière à forcer le destin.  Sinon, à quoi ça servirait d’être écrivain, banane ?

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 05:28

 

 

                                                                          ÉCRIRE

 

 

         Entre-temps, j’avais commencé plusieurs textes, avant de les abandonner en cours de route.  La fameuse nouvelle, bien sûr, où je mettais en scène une matriarche pourrie, évoluant dans un décor pourri, parmi une pléiade de comédiens minables, dirigés à la mords-moi-le-nœud. Un roman, également, intitulé « Pleurer dans tes bras »  et, comme son nom l’indique, pleurnichard à souhait. Bref, j’ignorais par quel bout prendre cette histoire, mais il fallait que je l’écrive. Il le fallait absolument. 

         — La vie t’offre sur un plateau un merveilleux thème de livre, m’avait dit Olivier. Tu ne vas pas le gâcher, tout de même !  Ce ne serait pas professionnel…

         Encore fallait-il trouver le ton adéquat. Ni cynique, ni larmoyant, ni pompeux, ni résigné. Ni bêtement défoulatoire. Ni à prétention psychanalytique.

         Ni surtout, surtout, auto-complaisant.

 

         Les semaines passaient ; je tournais autour du pot. Parfois, une phrase me titillait ;  bien ou mal gaulée, c’était secondaire. Je la notais, je la biffais. Je râlais un bon coup. Et je recommençais.

—T’inquiète, disait Castor, ça viendra lorsque ça viendra.

Il avait raison. Un jour, à force, c’est venu.

 

 

 

        

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 09:33

 

 

                                                  MIROIR, MON BEAU MIROIR

 

 

         Si, telle la Jézabel de Racine, je redoutais « des ans l’irréparable outrage  », cette crainte, aujourd’hui, n’était plus de saison.  Les signes que je traquais jadis dans mon miroir — cheveux gris, rides, ridules, coussinets sous les yeux, empâtement des hanches, des chevilles, de la taille —, semblaient bien anodins, comparés aux syndromes qui me frappaient depuis peu. Une vieille en bonne santé, c’est, ma foi,  supportable, et ça peut même encore faire illusion.  Une malade condamnée à plus ou moins court terme, non. Je repensais souvent à ces fleurs filmées  en accéléré. L’on y voyait, hop, hop, naître et s’ouvrir le bourgeon, puis s’épanouir un à un les pétales  avant l’altération finale (le tout — naissance, vie et mort — torché-bouclé en moins de dix secondes.)

         — Comment peux-tu m’aimer dans cet état ? demandais-je à Castor.

         Il riait.

— Je t’aimerais dans n’importe quel état, voyons.

         Un ange, je vous dis !

         Or, offrir à cet ange une face de pleine lune bouffie par la cortisone me navrait.  Moi qui ai toujours nié la maladie — et, par conséquent, ses stigmates —, je me retrouvais, comme tous les cancéreux,  marquée du sceau d’infamie de la chimio. En dépit de mes casquettes bardées de badges sympas, j’avais le sentiment d’incarner, de manière outrancière, la malédiction de l’époque. Un truc honteux, assez sale et repoussant, un peu comme la vérole au XIXème siècle. Mais Castor, qui était le seul à me voir tête nue,  relativisait ces affres d’un sourire. Il trouvait même moyen d’ajouter que j’étais belle. Cette formule magique, en éloignant la farandole grimaçante de mes spectres, me rendait, un instant, ma chevelure luxuriante et mon intégrité physique. D’autant qu’elle se doublait forcément d’un baiser — autre exorcisme, et non des moindres.

         J’émergeais donc de ses bras telle Vénus sortant de l’onde ; toute neuve à chaque fois. 

         Pour cela aussi — pour cela surtout —, ma reconnaissance lui est acquise à tout jamais.

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 07:57

 

 

                                                         AOÛT TARNAIS

                         

 

 

         Fin juillet, Frédéric débarqua avec femme et enfants, comme chaque année depuis dix ans. Olivier, Brigitte et Claude en profitèrent pour réintégrer, les uns leurs falaises picardes, l’autre sa forêt canadienne. Et comme le grand beau temps s’était enfin installé, cet été, finalement, n’offrit que peu de différence avec les précédents. Les vieilles pierres, animées par les cris des gamins, leurs courses de vélos, leurs parties de cache-cache et de ballons, en étaient toutes ragaillardies. Lorsqu’ils ne traînaient pas à la terrasse du Roc café, nos vacanciers faisaient du canoë-kayak sur l’Aveyron ou investissaient la base de loisir toute proche. Fred, ayant pris en main les finitions de la galerie, confia sa gestion à Julia, une amie de longue date qui en fit, en quelques semaines, le pôle d’attraction des touristes. Sans l’absence de Sylvain que, d’un commun accord, personne n’évoquait — pour m’épargner, je pense —, nulle ombre n’eut terni l’incandescente lumière de ce mois d’août tarnais.

 

         Une fois de plus, Castor assura. Toujours disponible, toujours à l’écoute ; le grand-père parfait. Comme ses frère et sœur, Fred tomba sous le charme, ainsi que Margo, sa compagne, et leurs deux fois deux mômes.

         Bien que chaque jour, en fin de matinée, nous nous éclipsions pour filer à l'hôpital d'Albi jusqu’à cinq heures du soir, cette pénible contrainte ne le fut que pour nous.  Aux yeux de tous, elle passa inaperçue.

         — On s’est offert une petite fugue en amoureux, répondait Castor aux rares ignorants s’étonnant de notre absence.

         Ce qui les mettait aussitôt à l’aise.

 

 

                                                      

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 08:22

 

 

                                                    LE FANTÔME DE LA CHAPELIÈRE

 

                                           

 

         Le mot « cancer » a un écho très pavlovien, dans ma mémoire. Il m’évoque instantanément Mme Mariette, la chapelière.

         Il y avait près de chez nous, dans le Bruxelles des années cinquante, un joli magasin de chapeaux. Quatre vitrines tout en longueur devant lesquelles je m’attardais avec délices. Des têtes de cire coiffées de bibis à voilettes, de capelines fleuries ou de bérets coquins s’y alignaient, pour mon plus grand bonheur. Digne prêtresse de ce temple de la mode, Mme Mariette ressemblait à ses mannequins. Même peau translucide, même chignon impeccable fixé sur la nuque par un  peigne de nacre, même maquillage discret, elle incarnait pour moi l’idéal féminin tel qu’on le concevait dans la petite bourgeoisie belge de l’après guerre. Ajoutons à cela des tailleurs bien coupés, l’inévitable collier de perles dans l’échancrure du chemisier amidonné et, dès les premiers beaux jours, la petite robe à pois, si chic et de bon goût, agrémentée de gants et d’escarpins blancs…

         Bref, quand j’imaginais mon avenir, c’était sous les traits de cette Ava Gardner flamande (plus distinguée que la vraie, selon les critères spécifiques de ma mère).

         Puis, un beau jour, la chapellerie ferma « pour raison de santé ». Mme Mariette, atteinte d’un mal incurable, s’était, apprîmes-nous, retirée pour toujours dans sa maison de campagne.

— Elle a tellement maigri qu’elle ne veut plus se montrer, entendis-je maman glisser à papa. Elle qui était si belle, elle a honte de ce qu’elle est devenue, tu comprends ?

Cette réflexion a priori choquante trouva confirmation quelques semaines plus tard, lorsque la voiture de la commerçante stoppa devant sa boutique. En sortit furtivement une forme décharnée dont le visage, dissimulé sous un voile opaque, ne laissait rien deviner de son terrible secret.

L’enterrement eut lieu peu après.

 — Ma femme n’était plus que l’ombre d’elle- même, nous confia son mari à l’issue de la cérémonie. Il ne lui restait que la peau sur les os. 

         Le magasin, par la suite, devint une charcuterie, et les mannequins disparurent des vitrines, remplacés par des pâtés en croûte, du lard gras, de la mortadelle et des chapelets de saucisses. Je n’en fus pas affectée outre mesure car mes projets d’avenir avaient changé de visage. L’étoile Bardot commençait à monter au firmament des stars, et, bien que maman la trouvât vulgaire (ou peut-être même grâce à ça), elle incarnait avec brio mon nouvel idéal féminin...

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 08:42

                                                     LE CLAN DES VEUVES

 

 

         Je ne m’aperçus pas tout de suite que le Clan des Veuves me battait froid. Elles étaient quatre — cinq avec Yolande qui les rejoignait sporadiquement. La plus âgée, qu’on surnommait Choupette, frôlait les quatre-vingt-dix ans et, sous des dehors joviaux, aimait à fredonner « Le grand air de la calomnie ». Marie-Angélique, nettement plus jeune mais aussi vipérine, reprenait le refrain en chœur, suivie de Mme Fournier, énorme et impotente, et de la vieille Martouque, toujours escortée de sa kyrielle de chats. Elles se promenaient en se tenant le bras ou s’alignaient  sur le banc de la place de l’église, d’où elles suivaient en ricanant les allées et venues du village. Pour des raisons qui me semblent évidentes, elles voyaient en moi une future recrue et s’en réjouissaient. Mais, l’arrivée de Castor avait brisé cet espoir dans l’œuf. Je n’oublierai jamais le jour où elles nous croisèrent, devant la boulangerie.  Nous nous donnions innocemment la main en discutant, comme de coutume, sur le mode complice. Sans m’interrompre, je les avais saluées d’un simple signe de tête — ce qui leur avait déplu. Depuis, elles détournaient le regard à notre approche, d’autant qu’au fil des jours, notre attitude, de plus en plus flagrante, ne laissait aucun doute sur la nature de notre relation. Ayant assimilé à une trahison cette entaille dans le lien conjugal posthume, le clan sanctionna mes mœurs en me collant sur le front l’étiquette « dépravée ».  Et je devins l’incarnation du mal.

         Loin de me déranger, cette hostilité subite me flatta. Cette fois, j’avais bel et bien gagné mon pari. Le cancer était passé au second plan, loin derrière le scandale des amours illicites. Et qu’on m’en tint rigueur évitait qu’on me plaigne — ce qui, finalement, était le but du jeu.  « Mieux vaut faire envie que pitié » aurait dit ma sainte mère, et pour une fois, je l’approuvais sans réticence.

                                                    

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 08:21

 

                                                        LE DEVOIR DE BONHEUR

 

                        Soyons heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple.

                                                                                                 Jacques Prévert


         Rendons à César ce qui est à Césarine : quelqu’un d’autre, me fut, dans ce domaine, d’un grand secours. Un modèle a contrario, voyez ?  L’archétype exact de ce que, à aucun prix,  je ne voulais devenir.

         Cette personne, d’une dizaine d’années mon aînée, se nommait Yolande ; Yolande Neruda. Il fallait la voir arpenter les rues d’un pas de zombie, tractée par son caniche haletant. Elle se rendait sur la tombe de son défunt mari deux à trois fois par jour et n’ouvrait la bouche que pour se plaindre — du temps, en général, surtout s’il était beau.

         — Il fait lourd disait-elle, comme si, tel Atlas, elle portait toute la misère du monde dans son cabas.

Elle ignorait, je pense, « le devoir de bonheur » que chacun de nous a envers ceux qu’il aime (ou a aimés), et se faisait une gloire d’incarner la souffrance sous son aspect le plus glauque. C’était sa conception de la fidélité. 

        Je plaignais sincèrement sa descendance, qui débarquait chez elle à tout bout de champ pour essayer de la distraire, puis s’en retournait bredouille, la tête et la queue basses.

         ­— Laissez-la tranquille, avais-je envie de dire. Vous voyez bien que son deuil est sa seule raison d’être. En l’en dépouillant, vous la tueriez !

         La vision de Yolande Neruda, à qui, inconsciemment, je me substituais, eût suffi, à elle seule, à me surmotiver.  De sorte que ce fameux « devoir de bonheur » devint mon objectif majeur, mon but, mon point de mire, ma quête sacrée ;  mon Graal.

 

         Or, pour m’aider à le conquérir, ce Graal, qui était mieux placé que le doux Perceval qui partageait ma couche ?

 

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
14 décembre 2013 6 14 /12 /décembre /2013 08:45

 

 

                                                   L’EFFET CASTOR

 

 

  — Je craignais, me dit un jour Mélanie, que cette tumeur te file un méchant coup de vieux. Je t’imaginais déjà  hâve, cernée, voûtée, rasant les murs. Coup de bol,  tu es radieuse. Tu as même rajeuni que c’en est stupéfiant !

   Histoire de ne pas rester en rade, j’enchaînai  avec enthousiasme :

                — Il y a des années que je ne m’étais pas sentie aussi bien dans ma peau.

                Redonner à une femme brisée l’envie de rire, de chanter, de se fringuer rigolo et de croquer la vie à pleines dents, c’est pas du vrai travail d’artiste, hein, honnêtement ?

                Nous, avec Mélanie, on appelait ça « l’effet Castor ».

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories