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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 06:06

 

 

                                                         LA DISCRÈTE

 

Nous passions tout notre temps libre, soit au bord de la rivière, soit sur les espaces verts du village — l’un en particulier, le petit St Roch, d’où l’on apercevait la crête des Pyrénées.

Souvent, je comparais ces charmes estivaux aux solitudes figées de l’inquiétant mois de juin. Je me revoyais, assise à cette même place, regardant les enfants courir avec les chiens, tandis que Castor jouait « Natalia » de Moustaki. Mélanie, Barbara et Brigitte, adossées au rempart,  bavardaient  joyeusement. Claude allait et venait, son appareil photo en bandoulière ; Olivier débouchait une bouteille de rosé ; nous grignotions des fruits, des morceaux de concombre, du fromage de brebis, en admirant le coucher de soleil. Et je me disais : « Rien de tout ça n’est vrai. On fait semblant. On tourne un film,  dans un décor, ma foi, assez joli, et avec une musique parfaitement adaptée. Quand il sortira, j’irai le voir. Peut-être même achèterai-je le DVD — à moins que je n’arrive à le télécharger. »

         Ces souvenirs éprouvants étaient déjà loin, heureusement. J’étais, comme on dit, retombée sur mes pattes. Une fois le cauchemar dissipé, l’univers, ô joie,  avait recouvré son harmonie. 

De temps à autre, pourtant, les ficelles de l’exécrable scénar réapparaissaient en filigrane. Mais je flairais le piège et restais prudemment en retrait. Ainsi, lorsque Mme Siniac,  échappant à la vigilance de son mari et de son fils, se jeta dans le vide — au petit St Roch, précisément —,  pour fuir la maladie d’Alzheimer qui la rongeait, ne me sentis-je pas concernée.  Tout au plus l’admirai-je, et pour cause : bien que cette idée m’ait effleurée à maintes reprises (et tenue éveillée durant des nuits entières), j’eusse été incapable de la mettre en pratique. Et à la réflexion, tant mieux. Car si mon but était de partir en loucedé sans déranger personne, ce n’était certes pas le moyen idéal. Dix camions de pompiers et une escouade de flics s’avérèrent nécessaires pour la récupérer, toute démantibulée, dans une anfractuosité rocheuse, sous les yeux de sa famille et de ses voisins en larmes.

 

Ce soir-là, dans le fracas des sirènes et les éclairs de gyrophares, je  bénis ma couardise, et remerciai mentalement cette pauvre Mme Siniac. Son départ en fanfare m’avait remis les yeux en face des trous. Nulle pulsion suicidaire ne m’a plus effleurée, depuis.

 

 

                                                       

 

 

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 07:07

                              MON CANCER S’APPELLE GUILLAUME

 

Le jour où un médecin me parla de mon « gliome » ­, je compris « Guillaume » et lui fis répéter. Non seulement parce que ça m’évoquait « Le Bruit des glaçons » de Bertrand Blier, mais surtout parce que c’était le nom du gars qui m’avait pris la tête (!) durant une bonne partie de mon adolescence. Bien que de cinq ans mon aîné, il avait jeté son dévolu sur moi et  m’épiait sans cesse, de la loge de concierge où vivaient ses parents. Sortais-je dans la rue ? Il en faisait autant. Allais-je à l’épicerie, à la boulangerie, au pressing ? Non content de me suivre, il m’y précédait, comme si mes intentions étaient inscrites sur ma figure. Me rendais-je à l’école ? Il m’y accompagnait — sans oser me parler, car ma mère le lui avait formellement défendu.

—Méfie-toi de cet énergumène, me répétait-elle sans cesse. C’est de la sale engeance !   

Son jugement lapidaire était dû, selon moi,  au physique ingrat de l’engeance en question. Imaginez un grand escogriffe  affligé, quelle que soit la saison, d’un rhume qui engluait ses narines de morve jaunâtre, et qu’il essuyait d’un revers de manche en reniflant bruyamment…  Avec le recul, je pense qu’il  devait souffrir de mucoviscidose ou un truc dans le genre, mais à l’époque, on assimilait cette maladie encore mal connue à un rhume chronique…

        

         Ah, que n’ai-je transgressé l’interdit maternel et balayé mes propres préjugés pour m’expliquer une fois pour toutes avec Guillaume ! Une bonne discussion aurait sans doute mis fin, clairement et en douceur,  à ce harcèlement qui m’horripilait tant.

         Au lieu de ça, j’eus la sottise de m’en plaindre à mes parents qui caftèrent aussitôt aux siens. Que leur dirent-ils ? Mystère. Mais à dater de ce jour, Guillaume disparut de la circulation. Tout le monde se demanda ce qu’il était devenu (à commencer par moi) , jusqu’au dimanche de Pâques où nous l’aperçûmes à la messe. L’église étant bondée, il ne restait plus le moindre prie-Dieu libre, sauf un, juste à côté de lui. Ma mère m’intima l’ordre de m’y agenouiller ; Guillaume en profita pour me glisser à l’oreille  :

  Ne t’inquiète pas, va, je ne t’embêterai plus : je suis pensionnaire à Saint Léonard.

Je ne pus m’empêcher de frémir : cet établissement, tenu par des prêtres, avait une déplorable réputation. C’était  une espèce de « maison de redressement  », où étaient incarcérés, à la demande de leurs familles, des jeunes gens difficiles. Le bruit courait qu’il s’y passait des choses horribles… 

              — Mais… pourquoi t’es là-bas ? m’étranglai-je.  Qu’est-ce que t’as fait de mal ?

              Il me décocha un regard de biais.

— Ton père nous a menacés de porter plainte si je m’approchais encore de toi, et comme on ne veut pas d’histoires…

Je n’ai jamais revu Guillaume, car, six mois plus tard, nous déménagions. Mais par la suite, je n’ai plus pensé à lui qu’avec une boule de remords au fond de la gorge.

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11 décembre 2013 3 11 /12 /décembre /2013 06:58

                                                LA MALADE ATTITUDE 

 

                  J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour ma santé.

 

                                                                                         Voltaire

 

         Comme toujours dans ce genre de situation, des âmes bienveillantes me dispensèrent moult conseils, allant des tisanes reconstituantes à l’aide psychologique, en passant par le magnétisme, l’acupuncture, le jeûne, la réflexologie, les régimes bio-alimentaires, les médecines alternatives, de préférence issues d’Extrême-Orient, et mille autres thaumaturgies de la même veine.

         — Tu verras, m’affirmait-on, ça aidera ton foie, tes reins, tes intestins, ton sang, à combattre les effets néfastes de la chimio.

Certes, toute cette sollicitude me touchait infiniment, mais la « malade attitude », très peu pour moi. Comme rempart contre l’adversité, l‘amour de Castor me suffisait. L’incroyable allégresse qui m’habitait s’accompagnait d’une certitude de guérison  qui ne laissait pas place au doute.  Rien de vasouillard, rien de forcé ni d’artificiel, dans cette intime conviction ; en fait, je n’y pensais même pas.  Je ronronnais. J’étais heureuse. La vie me souriait. Et mon corps chantait suffisamment fort pour faire taire les malaises qui, en toute logique, eussent  dû l’affecter mais ne l’affectaient point.

 

J’avais, comment dire ? le sentiment, jubilatoire de défier la mort, voyez ?  De lui faire un pied de nez — enfin, un pied de cœur. Sentiment partagé par Castor, mais, en ce qui le concernait, plus déterminé, plus combattif, je pense. Moins ludique, en tout cas. Il ne luttait pas à mes côtés, il prenait les devants. Il affrontait le cancer à mains nues. Me caparaçonnait de caresses. Dans la moiteur de l’étreinte, nos « je t’aime » triomphants faisaient figure de cris de guerre.

 

« Derniers feux », ironiserez-vous, goguenards que vous êtes. Mais croyez-en mon expérience : certains couchers de soleil, même de simple routine, sont parfois plus grandioses que des aurores boréales…

 

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 07:00

 

 

                                                         LES PITIÉS INTERDITES

 

 

 

              J’ai pu constater une chose surprenante : les personnes qui reçoivent en même temps une bonne et une mauvaise nouvelle sont si décontenancées qu’elles zappent la mauvaise pour focaliser sur la bonne.  Du coup, la pilule passe nettement mieux. Ça déconnecte le pathos pour laisser place à un sourire, voire à des félicitations. Ayant expérimenté avec succès cette méthode, je l’adoptai sans hésiter.  Dès lors, j’annonçai systématiquement : « Il m’arrive plein de choses, en ce moment : on m’a découvert  une tumeur au cerveau et je suis tombée amoureuse ». De la sorte,  je n’eus plus à subir ni lamentations ni regards apitoyés, et, par ricochet, l’on m’épargna aussi les jugements malveillants. Ceux que mon apparente faculté à rebondir choquait remballèrent vite fait leurs critiques — histoire de ne pas s’appesantir sur mon état de santé, je suppose  — et les autres, les plus nombreux, se réjouirent pour moi. Combien de fois m’a-t-on dit,  sans une once d’ironie : « Tu en as, de la chance ! », (ce qui était également mon avis, puisque le cadeau du destin contrecarrait brillamment sa vacherie.)

 

 

               Autre cadeau et non des moindres : l’été s’était enfin installé, et avec lui, une sensation de vacances qui vous mettait le cœur en fête. Comment, dans ces conditions, céder à la déprime, au désarroi, bref à l’auto-dévastation dont s’accompagne d’ordinaire la maladie ?

   —  Qu’est-ce que je deviendrais si tu n’étais pas là ? répétais-je souvent à Castor.

   — Tu te battrais, répondait-il.

   Me battre ? Toute seule ?  Jamais je n’en aurais eu la force — en dépit de tout ce qui donnait un sens à ma vie, à commencer par mes enfants.

    Me battre ? Pour quoi ? Quelle perspective ? Quel avenir  désespérant ? Quelle déchéance programmée ?

    Me battre ? Pour n’être plus, en définitive, qu’un boulet ?

        

        

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 08:20

 

        

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                                                   LA POUPÉE AUX ARAIGNÉES

        

 

         Le départ d’Olivier et Brigitte me rendit une autonomie que je croyais avoir perdue. En l’absence de ma belle-fille, il fallait bien que quelqu’un s’occupe de la maison, n’est-ce pas ? Je me réappropriai donc les lieux par un rangement en profondeur ; je  recommençai à cuisiner, à faire les courses, à payer les factures, à répondre au courrier en retard — tout cela épaulée par  Castor qui, comprenant d’instinct mes besoins, m’offrait son aide sans pour autant me l’imposer.

         Parallèlement débutèrent des séances de radiothérapie, nous imposant un aller-retour quotidien à Albi — c’est-à dire plus de cent bornes par jour. Castor, selon son habitude, prit la chose avec bonhomie. Ainsi le personnel de la polyclinique vit–il se pointer, tous les après-midi, un couple de vieux amoureux dont la bonne humeur allégeait l’atmosphère d’une salle d’attente, ma foi, légitimement morose.

         Vu l’état de mon crâne, bosselé et couturé d’une part, fortement dégarni de l’autre, j’avais adopté le look casquette-salopette qui, bien que peu flatteur, avait le mérite d’être marrant. Certes, Castor m’eût préférée plus féminine, mais vu la conjoncture, ces critères n’étaient pas de mise. Les vieilles Barbies à moitié chauves en robes coquines, merci bien !

         Mon image reflétée par la glace me ramenait souvent à Martine, une poupée d’avant-guerre en carton bouilli, ayant appartenu à ma marraine. Les rares mèches encore implantées dans sa calotte crânienne — par ailleurs amovible — me servaient à faire pivoter son scalp, ce dont je ne me privais guère, et pour cause : une araignée  avait élu domicile dans sa tête. Elle s’était même délestée de trois gros œufs blancs à hauteur des  yeux, dont le système d’ouverture et de fermeture ne fonctionnait plus depuis belle lurette. Je suivais avec un intérêt mâtiné de répugnance l’évolution du phénomène, qui semble, avec le recul, avoir influencé  bon nombre de mes fantasmes. Si j’ai écrit, plus tard, « La poupée aux yeux vivants » et « la petite fille aux araignées », n’est-ce pas en souvenir de mes émois d’alors ? Et le rêve récurrent dont je parlais plus haut ne fut-il pas la conséquence directe de cette ponte saugrenue ?

 

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 08:10

 

        

 

 

 

 

                                         CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE

 

         Il y a des mots affreux. Des mots empoisonnés qui, à l’instar de certaines substances chimiques, stagnent dans notre organisme sans jamais pouvoir être éliminés. « Soins palliatifs » est de ceux-là. 

         Lorsqu’une infirmière, sans malice aucune, les prononça devant moi pour la première fois, j’eus l’impression qu’un trou se creusait dans mon ventre. Un abîme, plutôt. Un gouffre sans fond.

         Bon, d’accord, Sylvain avait beaucoup maigri ; il n’était plus alimenté que par perfusion et ses examens révélaient une prolifération  mahousse de cellules atteintes. Mais de là à envisager l’issue fatale… C’est que sa guérison, j’y croyais dur comme fer, moi ! Cette certitude, c’était ma foi du charbonnier, mon bienheureux aveuglement, ma dernière étincelle d’insouciance — qu’une réflexion malheureuse  venait, sans vergogne, de réduire à néant.

         Ce fut un pan de ma vie qui s’effondra, ce jour-là.

 

                                                    

 

         Pour autant que je sache, nul n’a encore émis ces mots funestes à mon encontre.  Mais ce n’est pas exclu : j’ai déjà vu le film. Je connais par avance le nom de chaque acteur, la plupart des répliques et les étapes inéluctables de l’intrigue. Castor, non. Et  je tremble à l’idée qu’un quelconque figurant  l’affranchisse par mégarde. Ça fait vraiment trop mal !


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7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 07:25

 

 

                                                                       REMAKE

 

 

         Une autre question me hantait, à laquelle, cette fois, aucun médecin — fût-il surdiplômé et ultra-compétent —, ne pouvait répondre : c’était « pourquoi ? ».

         Pourquoi justement cette maladie-là, à ce moment précis et dans ces circonstances ?

         La première raison qui me venait à l’esprit était, bien sûr, la culpabilité.  Une autopunition en bonne et due forme, sanctionnant férocement cette transgression  suprême : rêver d’amour comme une adolescente, trois mois à peine après la mort de mon conjoint.

         Mon amie Elsa avait une variante : c’était, selon elle, un moyen de pression exercé de ma part sur tout le village — pour qui Sylvain et moi formions une entité indissociable —,  afin de lui imposer mon nouveau compagnon. .

         — Ce qui t’est arrivé nous a tellement touchés, concluait-elle, que du coup, ton changement de partenaire ne choque personne. Au contraire, tout le monde se réjouit pour toi. Bien joué, ma grande !

         Quoique légèrement tirée par les cheveux, l’explication me paraissait intéressante. Je lui en préférai néanmoins une autre, plus plausible à mes yeux : n’avais-je pas voulu, sans en avoir conscience,  aller au bout du bout de l’histoire, en partageant avec Sylvain, non seulement les affres de sa maladie, mais sa maladie elle-même ?  (Un peu comme ces saintes qui soignaient les lépreux en leur léchant les plaies afin de s’identifier complètement à eux, sublimant ainsi la notion de sacrifice qui est le substrat du masochisme chrétien. «  Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime », me serinait ma mère, en me montrant la croix.)

         — Heureusement que Sylvain est mort avant de savoir que toi aussi, tu étais atteinte du même mal, me disait souvent Mélanie. Ça l’aurait tellement affecté.  D’autant qu’une tumeur au cerveau, hein, si on y réfléchit, c’est encore pire qu’à l’estomac. Le siège de la personnalité, ça craint encore plus que le siège de la bouffe !

         Selon elle, la présence de Castor à mes côtés dans cette épreuve eût été son plus cher désir, et j’étais assez de cet avis. Qu’avaient-ils comploté tous les deux, pendant que j’avais le dos tourné, par-dessus la frontière séparant le monde des vivants de l’empire des morts ?

 

         Toujours est-il  que ce remake avait relayé mon deuil  au second plan. Grâce à lui, je m’estimais libérée de mon devoir de mémoire, et apte à m’offrir, sans remords ni réticence, au merveilleux amour qui me tombait dessus si opportunément.

 

http://nsm08.casimages.com/img/2013/12/07//13120701191216601911798149.jpg                  Les poupées vaudouces de Mêo

 

 

 

                                                         

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 08:49

                                    OUI, POURQUOI, AU FAIT ?

 

         A cause d’une question qui  me tenaillait chaque jour davantage : et si l’œuf de la mort, clipé  à la paroi interne de mon crâne, s’était multiplié avant qu’on le retire, hein ?  Le chirurgien m’avait bien expliqué que la tumeur, de par son emplacement, n’avait pas causé de dégâts irréversibles — les sièges de la vue, de la parole, de la mémoire, des réflexes moteurs étant placés nettement plus bas, en direction de la nuque. Mais rien ne prouvait qu’une métastase sans foi ni loi n’irait pas, le cas échéant, se loger pile poil  dans cette zone à risque, et une telle éventualité me glaçait les sangs !

 

         Il me fallut attendre plusieurs semaines avant qu’un toubib moins hermétique que ses confrères m’affirme que les cancers cérébraux n’essaimaient pas. En revanche, ils pouvaient parfois repousser au même endroit.

         — Mais vu que vous en connaissez déjà les effets, et que de plus, vous serez sous étroite surveillance, on agira immédiatement, ajouta-t-il.

          J’en restai comme deux ronds de flan.

— Ah bon ? Personne ne me l’a dit, ça !

  Peut-être ne l’avez-vous pas demandé ?

         Foutrediou ! Quand je pense que ma mère m’a répété toute mon enfance : « On se repent toujours d’avoir trop parlé, jamais de s’être tu !  » Quelle connerie, l’éducation !

 

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 08:32

 

 

                                         EMPLIR D’ÉTOILES UN CORPS QUI TREMBLE

 

        

             Au début des années quatre-vingts, j’avais écrit, dans une « Psychanalyse de la braguette » (ma rubrique mensuelle chez Fluide Glacial) : Le jour de la fin du monde, si je peux me blottir entre les bras d’un homme, j’en aurai rien à battre du Grand Chambardement. Bon, des bras d’homme — et quel homme ! — m’étant ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre, c’était le moment de mettre ce concept en pratique. Je pensai donc à la mort, et j’y pensai beaucoup. En permanence, même. Disparaître avant  de n’être plus (qu’un légume, une épave, un objet de répugnance, au choix)  était devenu mon obsession. Mais bon, se flinguer, c’est pas facile, et ça demande un courage que je n’aurai jamais. Quant au suicide médicalement assisté, si nos voisins du Nord ont l’humanité de le pratiquer, même à dose homéopathique, ce privilège nous est refusé, à nous, Français. On en viendrait à souhaiter, aux obscurantistes qui nous gouvernent, les agonies les plus atroces afin que, se sentant directement concernés, ils ouvrent enfin les yeux sur celles de leurs électeurs.

            « Ah, comme j’aimerais ne pas me réveiller ! » me répétais-je chaque soir. M’éteindre doucettement dans une étreinte très tendre, bercée par le chant des grenouilles. Que ma dernière vision soit un visage penché sur moi, illuminé par le plaisir ; et ma dernière sensation avant le néant final : « emplir d’étoiles un corps qui tremble, et tomber mort, brûlé d’amour, le cœur en cendre », selon la si jolie expression de Jacques Brel.

           Parfois, ce vœu pieux (ou impie, suivant l’angle où l’on se place ) j’osais en faire part à Castor qui me répondait dans un sourire :

— Pourquoi veux-tu mourir entre mes bras alors que tu peux y vivre ?

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4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 08:18

 

                               LES HAPPY END’S NE SONT PLUS CE QU’ELLES ÉTAIENT

 

 

         N’empêche que le scénario tournait au Grand-Guignol. Je m’en ouvris à Olivier que sa sensibilité d’écrivain rendait apte à comprendre mes divagations.

         ­ ­— Tu es en pleine confusion mentale, me dit-il. Mais n’aie crainte, c’est juste l’effet des médocs. J’ai connu ça pendant ma dépression nerveuse. Ne lutte pas, laisse-toi aller, tout reviendra de soi-même à la normale.

         Je m’efforçai de suivre son conseil, mais encore fallait-il pouvoir… Ce laisser-aller, en opposition totale avec ma nature, me demandait un effort immense, un peu comme celui fourni par le passager d’une moto, à qui l’on recommande de suivre sans résister les mouvements de la machine — quitte, dans les tournants, à frôler le bitume de la jambe. Ne pas se raidir pour affronter sa propre peur. Devenir tout mou, tout passif… Or, la passivité, je n’étais pas programmée pour.  Ni la mollesse que je surnommais avec dédain « la moulitude ».

         Afin de me motiver, je me raccrochais à cette idée de scénario qui ne cessait de me surprendre — voire, de m’intéresser par son excès de médiocrité : accumulation de séquences tragiques qui sonnaient faux, dialogues affligeants, inconsistance des personnages, que sais-je encore ?  Je nous revois assis autour de la table, Olivier, Brigitte, Claude, Castor et moi, pour le repas du soir.  Nous évoquions sur le mode plutôt humoristique « la fin du monde qui avait commencé,  non sous forme d’Apocalypse mais par bugs successifs, de préférence minables ». Et chacun d’entre nous d’énumérer  ce qui lui semblait ne pas tourner rond dans cette histoire absconse — à commencer par les aberrations de la météo.

         «  Quelles répliques à la con ! me disais-je, atterrée, en écoutant mes propres paroles, aussi nulles (si pas plus) que celles de mes comparses. Un ramassis de poncifs d’une platitude sans nom. Audiard doit se retourner dans sa tombe. »

        

 

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