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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 06:57

Chapitre 94

  Résumé des chapitres précédents : Le chauve est un client. De Lulu, eh oui. Si ça, ce n’est pas le fond de l’abjection, ça y ressemble bien. Nora essaie en vain de l’expliquer à l’ange, toujours aussi serein malgré les circonstances.

 

         — Eh ben dis donc, t'as un sacré paquet de préjugés, dans ta p'tite caboche, constate Sylvain  tristement. Tu fais partie de ceux qui pensent que le plaisir est réservé aux gens beaux, jeunes et en bonne santé, c'est ça ? Qui excluent de la fête tout ce qui ne rentre pas dans le moule ?

         — Tu sais bien que non, mais y a des limites !

         — Lesquelle ?

         — Le... (elle cherche un mot qui traduise sa pensée et, ne le trouvant pas, prend le premier qui passe à sa portée)... le ridicule.

         Il hoche la tête.

         — Le ridicule...

         On dirait qu'il va pleurer.

         — Le ridicule... Tout ce qui n'est pas convenable est ridicule, tu as raison. Les vieux qui baisent, les estropiés qui dansent, les muets qui chantent, les handicapés qui jouissent, c'est ridicule — et même répugnant, n'est-ce pas ?

         Il hausse le ton, devient un archange de foudre et de fureur.

         — Euthanasie sexuelle pour tout ce qui a plus de cinquante ans et dépasse les quatre-vingts kilos ! Quant aux mal foutus, éclopés, flingués de la tête et déglingués de toute sorte, une bonne castration ne peut pas leur faire de mal, au point où ils en sont.

        Nora, livide :

         — C'est pas ça, mais...

         — Mais... Ah, que j'aime ce mais ! Le mais de la dictature morale, de l'intransigeance, du redoutable « politiquement correct ». Lulu, au nom de ce « mais », tu lui dénies le droit de gagner sa vie, d'exercer sa profession. Sous prétexte qu'elle est paraplégique, tu veux en faire une assistée, n'ayant plus le droit, en somme, que de se laisser nourrir et de fermer sa gueule. Belle mentalité !

                                                                                                                                         (A suivre)

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 21:24

http://livre.fnac.com/a5579932/Gudule-Le-petit-prince-Pissenlit

Une histoire pour les tout-petits à partir de 3 ans, avec de merveilleuses illustrations de Claude K. Dubois

pipi_fenetre-fee.jpg

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11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 06:49

Chapitre 93

 Résumé des chapitres précédents : L’arrivée impromptue d’un chauve, dans le squat, trouble quelque peu Nora. D’autant qu’il a sorti des billets de son portefeuille. Quelques explications s’avèrent nécessaires.

 

         — Bonsoir, Sylvain.

         — Ah, Nora... Tu veux des nouilles ?

         Volontiers. Avec un morceau de beurre et du gruyère râpé, c'est délicieux. Les grands classiques, on ne s'en lasse pas.

         — Je n'ai plus de fromage, mais si t'aimes le coulis de tomates à l'italienne, il y en a une boîte dans le buffet.

         — Au basilic ? salive Nora.

         — J'sais pas, regarde.

         Elle s'y emploie, tout en demandant d'un air détaché :

         — Comment va Lulu ?

         — Pas trop mal, ce soir. Elle a repris le travail.

         Bouffée d'adrénaline.

         — Quel travail ?

         — Elle en a pas trente-six !

         — Tu veux dire que...

         — ... le mec qui vient d'entrer est un client ? Oui.

         «  Je le savais, triomphe Nora. Je le savais, je le savais, je le savais... »

         — Mais c'est impossible, voyons ! s'écrie-t-elle.

         — Pourquoi ?

         — M'enfin... une handicapée !

         L'ange a un sourire très doux.

         — Elle est pute avant d'être handicapée, tu sais !

         Un vent d'indignation gonfle Nora.

         — Je t'ai vu, t'as encaissé du fric. Tu la prostitues dans son état.  C'est dégueulasse !

         L'ange prend le temps de souffler sur la casserole qui déborde (avec les nouilles, on y a droit à tous les coups).

         — Tu ne voudrais tout de même pas, pff pff, qu'elle cesse toute activité, pff pff, sous prétexte qu'elle a eu un accident ?

         — Bien sûr que si ! Enfin, Sylvain, une handicapée ! 

         — C'est toi qui dis ça, Nora  ? Toi ?

         Regard perçant, profond, profond. Jusqu'au centre des chairs, jusqu'à la pièce de métal vissée sur l'os iliaque, qui soude l'articulation de la hanche. Alors Nora, hors d'elle :

         — Oui, moi, moi, je dis ça ! Moi, la boiteuse ! Et je sais de quoi je parle : tu m'imagines, en ballerine ?

         Elle éclate d’un rire grinçant, puis, véhémente, répète :

         — Tu m’imagines ?

                                                                                                                               (A suivre)  

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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 07:19

chapitre 92

Résumé des chapitres précédents : L’affiche des Grumeaux s’étale sur tous les murs de Paris. Encore un coup dur pour Nora ! D’autant que « son sien » n’est pas avec les autres... Elle se console en pensant qu’il s’y trouvera bientôt. Grâce à qui ? Grâce à elle. Vive elle, finalement !

 

         Vingt heures. Nora lit dans sa chambre. Un polar chiant, c'est quand même moins chiant que pas de polar du tout. Tout est silencieux. Les échos du boulevard, filtrés par les rideaux tirés, ne sont qu'une rumeur d'ambiance, lointaine et familière. Un ressac qui emplit l'atmosphère sans en modifier la substance.

         Où sont Sylvain et Lulu ? Chez eux, sans doute, terrés dans leur sanctuaire. Nora ne les a croisés ni au p'tit déj, ni au repas de soir. Circulation fluide dans le corridor, aucun risque de collision. Tant mieux.

         Soudain, on sonne.

         « Quésaco ? » se demande Nora en posant son œil sur le trou de la serrure.

         Un gros. Chauve, la cinquantaine, genre chef d'entreprise — « mon beauf dans vingt ans, je compatis, ô Anne » —, avec un bouquet de roses noires.

         L'ange, qui a ouvert, parlemente un instant. On dirait qu'ils marchandent. Ah, ils tombent d'accord. Le type sort son lardfeuille, y pêche quelques billets. Sylvain empoche puis le guide jusqu'à sa piaule et s'efface pour le laisser passer. Après quoi, ayant soigneusement refermé la porte, il se dirige vers la cuisine.

         « Qui c'est, ce type ? réfléchit Nora. Le médecin ? Lulu aurait-elle fait une rechute, par hasard ? (Oh, la vanne à deux balles cinquante ! Les mots vous jouent de ces tours, parfois...) Rectification : Lulu aurait-elle des problèmes de santé ? Ça expliquerait qu'elle ne quitte plus la chambre. »

         Mais un médecin paie rarement ses patients et, de plus, porte une valise avec son stéthoscope, son tensiomètre et tout le bazar —  ce qui n'est pas le cas ici.

         (À ces déductions d'une grande pertinence, on reconnait tout de suite l'amateuse de polars. Or, de déduction en déduction, il peut arriver qu'un souçon vous assaille. Un hideux soupçon.)

         « Euh... C'est peut-être, je ne sais, moi... un créancier ? se défend Nora. Ou le patron de Sylvain, celui pour lequel il distribue des tracts, qui est venu lui apporter son salaire. Il en a profité pour visiter l'infirme, ce sont des choses qui se font... »

         À huis-clos ?

         Pourquoi pas ? Certaines personnes préfèrent le tête-à-tête. Si j'allais me préparer du café ? J'ai comme une petite soif.

                                                                                                                                         (A suivre)

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 07:20

Chapitre 91

  Résumé des chapitres précédents : Au secours ! Bobo le clown s’appelle Boris, comme l’autre. C’est un coup à péter les plombs, ça.

 

         Rue de Turbigo, Nora ralentit sa course. Reprenons notre souffle, tout va bien, aucune horde de boris n'est à mes trousses.          

        « Pauvre gars, se reproche-t-elle, il n'a rien dû comprendre. D'ailleurs, moi-même... Qu'est-ce qui m'a pris, au fait ? Une sorte de... comment dirais-je ? de nausée, d'allergie... Oui, c'est ça, une crise d'allergie. Je suis allergique à son nom. Pourvu qu'il n'ait pas cru que c'était personnel ! »

         Elle tourne à droite vers la rue du Renard, parvient à la hauteur du théâtre de l'Épicerie, et...

          Oh !

          C'est quoi, cette affiche ?

         Sexe-tête pour trois instruments. 

          Trois drôles de types sur fond d'azur, classés par ordre de grandeur  —  en nette instance d'un quatrième.

         — Quand on parle du loup, grogne Nora.

         Elle aperçoit clairement, sur la gauche, entre l'épaule de Flip et le front de Galapia, le personnage manquant qui se matérialise — un peu comme les photos dans le bain de révélateur.

         « Grâce à moi, se dit-elle, grâce à moi, bientôt on le verra, mon mien, sur tous les murs de toutes les villes. Mon sacrifice n'aura pas été vain. Vive moi, finalement. »

         Elle sort son crayon de sa poche — il n'est plus très bien aiguisé mais remplit néanmoins son office —, en lèche la mine pour qu'il marque bien noir, barre le « trois » pour le remplacer par un « quatre » et, dans l'espace ad hoc, gribouille un bonhomme à moustache. Puis, fière comme le Bon Dieu au soir du sixième jour, elle éclate en sanglots. D'émotion, je précise.

                                                                                                                        (A suivre)

 

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 07:04

Chapitre 90

  Résumé des chapitres précédents : Nora taille le bout de gras avec Bobo, le clown de Beaubourg. Il est peut-être minable, mais, finalement, plutôt sympa. Et puis, elle est en pays de connaissance...

 

         Bobo lève les bras au ciel. Les Grumeaux, ça ne compte pas, voyons ! C'est le haut du panier, l'exception qui confirme la règle.

         — Ils viennent de débuter, lui rappelle Nora.

         — Peut-être, mais ils ont Boris derrière eux...  Autant dire le pape ou, je ne sais pas, moi, Johnny Hallyday !

         Nora fait la grimace : il lui déplaît que le responsable de ses malheurs soit à ce point porté au pinacle.

         — Une enflure majuscule, siffle-t-elle entre ses dents.

         — Tu charries, là ! C'est un monstre sacré, ce bonhomme, un Grand Ancien !

         — Pfff, sa réputation est vachement surfaite. Toi, par exemple, tu le vaux cent fois...

         Sous le compliment, Bobo s'empourpre.

         — T'exagères,  proteste-t-il mollement.

         Le temps de reprendre ses esprits, et il ajoute — avec une conviction à la mesure de l'admiration qu'il croit susciter :

         — Que veux-tu, la vie est injuste. Pour un, comme lui, qui sort du lot, t'as dix mille péquenauds tout aussi talentueux mais moins vernis qui crêvent la dalle.

         — La seule chose en sa faveur, c'est qu'il a su s'entourer de vrais pros, approuve Nora.

         — Tu m'étonnes, des bêtes de scène !

         — Surtout un, le grand à moustache.

         Mimique stupéfaite de Bobo.

         — Un grand à moustache ?

         — Ouais, le meilleur des quatre.

         — Mais... ils ne sont pas quatre, ils sont trois. Tu dois confondre avec une autre troupe. 

         Le regard de Nora s'est assombri, d'un coup.

         « Pauvre con, pense-t-elle. Crétin de base. Empêcheur de rêver en rond. »

         Et, sans un mot d'explication, elle se tire.

         — Eeeeh, où tu vas ? la rattrape-t-il. On pourrait peut-être boire un coup ?

         Elle se retourne, sourit.

         — Si tu me prends par les sentiments... Tu laisses tout ton matos sur place ?

         — Les copains surveillent. (À nouveau son air précieux) La solidarité des saltimbanques, ma belle !

         Petit gloussement de Nora : il ont bonne mine, les « saltimbanques ». Des traîne-misère, ouais ! Et râleurs, de surcroît.

         — C'est quoi, ton vrai nom ? demande-t-elle en chemin.

         — Boris.

         Nora s'étrangle.

         — Tu te fous de moi ?

         — Non, parole d'honneur, comme l'autre, mais je l'ai pas fait exprès. Et toi ?

         Nora ne répond pas. Une évidence vient de l'assailir : jamais elle ne pourra s'asseoir à la table d'un type qui porte ce nom, c'est viscéral.

         Elle regarde sa montre, histoire de se donner une contenance. Feint de sursauter

         — Déjà ? Putain,  je vais être en retard à mon rencard. Excuse-moi, faut que je me sauve.

         — Et mon verre ?

         — Une autre fois, allez, bye.

         Bobo la regarde  s'éloigner clopin-clopant — foutue allumeuse ! — puis crache par terre — foutu goût de benzène ! — et pousse la porte du troquet.

         — Remets-moi ça, Marcel, chuis dégoûté.

         On le serait à moins.

                                                                                                                                  (A suivre)

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 11:01

Du 23 au 26 mai, je serai aux Imaginales d'Epinal, avec tous mes petits camarades science-fictionneux et fantastiqueux. J'y signerai "Truc", entre autres. En plus, on m'a prévu des débats, sapristi !

Venez nombreux, ça vaut la peine !

 

http://www.imaginales.fr/gudule/

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 07:06

Chapitre 89

  Résumé des chapitres précédents : Sur le parvis de Beaubourg, Nora assiste à un numéro de clown minable. Dans son état présent, ce n’est pas recommandé !

 

         — Hum hum, fait Bobo, intrigué par la fille, assise en tailleur à ses pieds, qui le fixe depuis Mathusalem.

         Elle sourit, dans les vapes. Il passe une serviette-éponge cradoque sur son visage. Le maquillage s'efface par plaques. Nora, chavirée, ne perd pas une miette de l'attendrissant récurage dont elle connaît chaque phase par cœur.

         — T'as aimé ? demande Bobo, histoire de causer.

         Elle hoche aimablement la tête, puis, après un instant de réflexion, déclare :

         —  Moi ce genre de numéro m'impressionne toujours, j'ai peur que l'artiste se crame la gueule. Y a pas trop d'accidents ?

         — Bah, de temps en temps, bien sûr ; chez les débutants. Question de métier. Mais le plus chiant, c'est le goût.

         — Et l'haleine, non ? 

         — Ça, n'en parlons pas ! Rouler des patins dans ces conditions, pas la peine d'y penser. Enfin, faut bien grailler. Il n'y a pas que le cul dans la vie.

         Nora approuve jusqu'au vertige.

         Bobo enfile sa veste — un treillis militaire —, ramène ses cheveux humides vers l'arrière. Plus rien de commun avec Charlie, maintenant. Ouf.

         — Tu n'as jamais envisagé de faire de la scène ? s'informe Nora, par courtoisie.

         — Pfff, trop dur. On n'a pas de débouchés, nous autres,  saltimbanques... (Il prononce saltimbanqueu avec emphase, presque prétention. Que ce mot mythique est donc valorisant !)

         Nora dément l'affirmation d'un pincement de lèvres.

         — Une fois, j'ai eu droit à un passage télé, reprend Bobo, amer. Trente secondes, à la montre, puis merci et bon vent. Non, la seule chose qui marche encore — mais de moins en moins —  c'est les animations de supermarché...

         — Tu exagères, proteste Nora, forte de son expérience. Les clowns sont revenus à la mode, ils passent même dans les grandes salles. Regarde les Grumeaux...

                                                                                                                                         (A suivre)

 

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 06:35

Chapitre 88

  Résumé des chapitres précédents : Les pratiques amoureuses de Lulu et Sylvain décontenancent Nora. Forcément, hein : une fleur des champs !

 

         Le lendemain, au réveil :

         « Qu'est-ce que je fais, aujoud'hui ? » se demande Nora.

         Encore une interminable journée à tirer. Exister, quelle épreuve ! Et cet appartement, glauque à souhait. Et les deux autres, toujours tapis dans leur mausolée à trafiquer on ne sais trop quoi. Et ce polar de mes deux auquel je ne comprends rien...

         «  Si j'allais à Beaubourg ? »

         Bonne idée. Y a du monde, au moins. Des choses à voir. En plus, c'est à côté.

         Sur le parvis du centre Pompidou, avaleurs de sabre, jongleurs, camelots, mimes et comédiens se produisent au p'tit bonheur la chance. Une foule curieuse, coagulée autour des plus brillants, clairsemée aux abords des autres, encombre le pavé. Si ce n'est pas la Cour des Miracles, ça y ressemble trait pour trait. Nora se faufile entre les badauds.

         Que se passe-t-il, là-bas ? Un attroupement, des cris. Elle joue des coudes pour se rapprocher. Gilet de flanelle, pantalon grand-père, godillots, chapeau melon, maquillage approprié ; un clown. Ils pullulent dans le coin. Et que fait-il, ce clown ? Des grimaces, comme il se doit. De pauvres mimiques fort peu originales ; un débutant sans doute. En tout cas quelqu'un sans génie. Il crache le feu, aussi.

         — Vas-y, Bobo, lance une voix dans la foule.

         Nora s'assied à même le sol. Sa vue se trouble. Des larmes ? Fi, que c'est sot ! Amusons-nous plutôt à superposer les portraits. Rajoutons une moustache à cette trogne barbouillée de benzène, scotchons une Germaine à ces épaules. Dans ces mains, plaçons un petit violon. Cet œil, rendons-le vif et ourlons-le de cils roux, très longs, très écartés sur la paupière inférieure. Lààà,  l'illusion est parfaite.

         La voilà prête à apprécier le spectacle — et même, selon son habitude, à être bon public.

         Torche enflammée, crachat d'essence, geiser incandescent, bravo Bobo ! Le clown exécute trois cabrioles, un double saut périlleux, retombe sur ses pieds, salue.

         C'était le bouquet final. Les spectateurs applaudissent puis s'égaillent. Mais Nora n'en a cure. Devant elle, Germaine ricane toujours, les bras ballants, le groin distordu, d'une laideur à vous glacer les sangs. Puis Charlie se retourne et lentement recule, se fond dans le brouillard, devient flou, inconsistant, délétère. Et ne reste que Bobo, sans masque, pitoyable.

                                                                                                                                (A suivre)

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 07:03

Chapitre 87

  Résumé des chapitres précédents :  Ce requiem qui traverse les murs, c’est pas normal. Peut-on blâmer Nora d'en chercher la provenance, franchement ?

 

         Tiens ? la porte de l'ange est entrouverte. Voilà d'où sort le son — ainsi qu'une lueur de flammes qui, dans la pénombre, dessine un rai vertical et mouvant.

         En  passant, Nora ne peut s'empêcher de glisser un rapide coup d'œil par la fente. Et ce qu'elle aperçoit la cloue sur place.

         Que font-ils, ces deux-là ?

         Ils se rendent heureux, mon enfant. 

         Mais de quelle singulière façon !

         Dans un cercle de lumière formé par des cierges, l'ange achève de vêtir l'invalide. Perruquée de rouge, le visage sublimé par un maquillage lunaire — joues creusées à l'extrême, cernes accentuées jusqu'à l'effroi, cils démesurés, bouche violemment charnelle —, Lulu ressemble à ces japonaiseries dont raffolait l'entre-deux-guerres. Son corps, toujours beau malgré la paralysie, a été poudré de paillettes. Elle porte ses cuissardes et une guêpière d'agneau ciré, au laçage compliqué. Sur le sein gauche à demi découvert, un serpents tatoué déroule ses anneaux à chaque inspiration. Bras, poignets, cheville et gorge sont couverts de lourds bijoux, presque des entraves, que lèchent les reflets furtifs du feu.

         Une déesse immobile.

         Une idole.

         Une châsse précieuse que l'orfèvre pare avec amour.

         Ou plutôt, non... la toilette mortuaire d'une reine, accomplie dévotement par un ange à genoux, au son de chœurs sortis tout droit du firmament.

         C'est à la fois d'une telle lubricité et si désespérément chaste que Nora, troublée au-delà de l'exprimable, s'arrache à la vision et regagne sa chambre sans avoir satisfait son besoin naturel. Là, face à elle-même — ce qui est nettement moins flippant que d'être face aux deux autres — elle se perd en conjectures. Qu'a-t-elle surpris exactement ? Quel secret vénéneux ? Quelle cérémonie fervente et corrompue ? 

         «  Ce ne sont pas tes oignons ! » s'admoneste-t-elle.

         Puis, le cœur retourné, elle se couche en pensant aux baisers rigolos de Charlie. Et se retient de hurler.

                                                                                                                                 (A suivre)

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