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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 07:11

Chapitre 76

  Résumé des chapitres précédents : Bouleversée par le récit de Sylvain, Nora lui reproche sa sérénité. C’est vrai, quoi : des atrocités pareilles, on ne peut en parler qu’avec dans sanglots dans la voix. Ou alors, c’est qu’on n’a pas de cœur !

 

         — Allons, remets-toi, la réconforte l'ange. Ça décape la première fois qu'on la voit, mais on s'habitue vite.

         Il lui passe la main dans les cheveux, sans ostentation, comme à un chienchien.

         — Ton café est froid.

         Dans le couloir, un faible vrombissement. Les grandes roues rayonnées s'entendent à peine sur le parquet, mais le moteur fait un bruit de bourdon.

         Le journal du matin est posé sur le buffet. Sylvain le prend, l'ouvre. Lit tout haut les principaux titres.

         — Grève du métro... Manif à Bastille... Montée en puissance de l'extrême droite... Bavures dans les banlieues... Démentèlement d'un camp de roms près de Bordeaux... Deux charters pour la Tchétchénie...

         Le vrombissement s'éloigne. Sylvain pose son journal.

         — Je te ressers une tasse ?

         — Merci, je pourrais rien avaler.

         Il sourit avec indulgence.

         — C'est joli, ce rouge. Ça te va bien... T'as l'air d'un coquelicot.

         Nora baisse machinalement les yeux et, d'un coup, prend conscience du négligé de sa tenue.

         — Excuse-moi, balbutie-t-elle. Faut que j'aille m'habiller.

         Elle se rue dans sa chambre, clip-clop. Fonce sur ses frusques qu'elle superpose, vite vite, dans n'importe quel ordre. Puis, s'étant caparaçonnée — et ayant, de la sorte, recouvré son sang-froid —, elle annonce : 

         —  Je m'occupe de la vaisselle !

         Mais, dans la cuisine, il n'y a plus personne.

                                                                                                                             (A suivre)

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 07:54

Chapitre 75

  Résumé des chapitres précédents :  Les révélations de l’ange dévoilent à Nora tout un monde interlope dont elle n’avait pas la moindre notion. C’est extrêmement déstabilisant.

 

         — Et alors ? hallucine Nora.

         — Elle l'a gentiment fait souffrir, comme d'habitude. Il avait l'air content, tout baignait, quand brusquement, l'enfant-martyr s'est révolté. Il a défenestré maman. Après, ça a été beaucoup mieux pour lui. Libéré, il était. Prêt à repartir sur les chapeaux de roues. Il a même embrassé les flics qui déboulaient, en gueulant qu'il venait de naître pour la seconde fois. On a transporté Lulu à l'hôpital, les reins brisés.

         Soupir fataliste.

         — Ah, il ne l'a pas ratée, l'enflure ! Tétraplégique et quasiment déconnectée...

         — C'est épouvantable ! Pauvre Lulu.

         — Y a des compensations morales, heureusement. Grâce à son sacrifice, un mec a été remis sur les rails et un psy a sauvé la peau.

         Geste d'incompréhension de Nora.

         — Il est écrit : Tu aimeras ton prochain. C'est bien ce qu'elle faisait, non ?

         — Fastoche ! se rebiffe Nora.

         Alors l'ange, péremptoire :

         — C'est une sainte, cette femme-là. Et ne proteste pas : tu n'as pas de religion, ça se voit à l'œil nu.

         — Pourquoi tu dis qu'elle a sauvé un psy ?

         — Faut tout t'expliquer, toi ! Ce client, il pataugeait dans son passé comme un malade. Il avait dû en baver, mioche, pour être aussi déglingue ; j'aurais pas aimé connaître sa mère. Alors, il a pris le problème à bras-le-corps. Au lieu d'aller baragouiner sur un divan, il a choisi la manière forte. C'est Lulu qu'il avait sous la main, c'est elle qui a dérouillé. Mais ç'aurait aussi bien pu être le toubib.

         — Tu en parles à ton aise, s'indigne Nora, au bord des larmes. C'est pas toi qui t'y colles !

                                                                                                                           (A suive)

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 07:05

Chapitre 74

  Résumé des chapitres précédents : Nora nage en pleine confusion. Toutes ses convictions se font la malle. Le Shakespaere (qu’elle prenait pour un théâtre « sérieux ») n’est autre que le Sexe pire, femmes à poil en tout genre, sex-shop, peep-show, films X, tarif de groupe. Et c’est sur cette scène-là que se produisait Lulu...  

 

         En Nora, un voile se déchire.

         — Lulu est une pute ? s'étrangle-t-elle.

         — Tu vois quand tu veux !

         — Tu aurais pu me l'avouer tout de suite.

         — Ça sautait aux yeux.

         — Et toi, t'es son mac ?

         — Absolument pas. Je l'ai jamais poussée au turbin, parole d'honneur ! D'ailleurs, elle pratiquait déjà quand je l'ai rencontrée. J'ai été son micheton avant qu'on se mette ensemble.

         Nora est atterrée. Des pans sociaux, jusque là cantonnés au cinéma et aux romans, s'effondrent sur elle ; des pensées chaotiques se bousculent dans sa tête. 

         « Charlie, au secours, j'ai rencontré la pègre ! Je suis cernée par les marchands de chair !

          « Ainsi, dans cette bouche — pas si différente de la mienne, après tout —, se perpétraient des abominations. Ainsi, derrière ce fabuleux déguisement — que je prenais pour une tenue de scène, ô gourde —, se planquait un corps mercantile, voué au stupre et à l'outrage. Ces mirobolances n'étaient qu'une vitrine, un étal de boucherie... » 

         Une sainte colère monte en elle, monte, monte, puis, ayant atteint son paroxysme, se dégonfle sans crier gare. À cause de la robe de chambre rose, maculée de bave.

         — Comment est-ce arrivé ?

         — Un connard qui a pété les plombs. Je le connaissais bien, pourtant : il était tous les soirs dans la salle. Un nerveux, entre deux âges, avec des tics. J'aurais dû m'en méfier : les tics, ce n'est pas bon signe, mais on se dit toujours ça après. Il la rejoignait sitôt sa prestation finie. Je l'entends encore : « Humilie-moi, maman (maman, il l'appelait), donne-moi la fessée ! Punis-moi ! Fais-moi mal ! » Lulu n'avait rien contre : elle est assez autoritaire de nature. La domination, en plus, c'est de tout repos : y a même pas besoin de se désaper. Deux trois claques bien placées, quelques coups de cravache, une bordée d'injures énergiques et le client décolle. C’est appréciable, après une dure journée...

                                                                                                                                    (A suivre)

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 16:16

OoooOOOOooOOooh, le gentil papier !

 http://www.psychovision.net/livres/critiques/fiche/1209-truc>  

truc01

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 06:55

Chapitre 73

  Résumé des chapitres précédents : Damned, c’est bien Lulu, le zombi femelle, mais suite à un accident du travail, elle circule en fauteuil roulant. Un client l’a jetée du quatrième étage !

 

          — Quelle horreur ! 

         Si les spectateurs s'en prennent aux vedettes, maintenant, où allons-nous ? L'hystérie de certains fans dépasse les bornes !

         — Ce sont les risques du métier, dit l'ange.

         — Une martyre de l'art, souffle Nora. Comme John Lennon...         

         L'ange, minimisant d'une vague grimace :

         — Euh... la comparaison me semble un peu abusive. Quoique...(sourire éminemment angélique) si on va par là, toute création peut être considérée comme une forme de strip-tease. 

         Nora fronce les sourcils.

         — Pourquoi tu parles de strip-tease ?

         — C'est toi qui en parles ! Tu as bien comparé John Lennon à une strip-teaseuse, non ? Pas  ininterressant, d'ailleurs, comme théorie.

         — Mais... qu'est-ce que tu es en train de me raconter, là ? Lulu n'était pas danseuse de flamenco ?

         Un ange qui tombe des nues, c'est assez rigolo.

         — Jamais de la vie, où as-tu été chercher ça ?

         — Mais c'est toi qui... enfin, je n'ai rien inventé, tu as même précisé qu'elle se produisait au Shakespaere. C'est bien un théâtre style Châtelet, non ?

         — Le Sexe pire ! (il articule exagérément, partagé entre consternation et fou rire) Femmes à poil en tout genre, sex-shop, peep-show, films X, tarif de groupe. 

         — Et... ces fringues fabuleuses ?

         — Le fétichisme, t'as entendu causer ?

         Elle a. Mais peu. Ça ne fait pas partie de sa culture générale.

         — Dans ce job, ce qui rapporte le plus, ce sont les extra, poursuit l'ange, didactique. Les patrons ne sont pas trop regardants :  après le spectacle, les filles qui le désirent peuvent monter avec les clients. Or, les spécialités les plus recherchées, ce sont...

                                                                                                (A suivre)

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 07:19

Chapitre 72

 Résumé des chapitres précédents : Non, ce n’est pas possible, ce zombi femelle en peignoir taché ne peut pas être la somptueuse Lulu Martinez, danseuse de flamenco de son état !

 

         La dernière mouillette avalée :

         — Fini, ânonne l'inconnue.

         Elle lève à nouveau ses yeux, qu'elle plante droit, immenses, larges comme des planètes, dans ceux de Nora.

         Sous le choc, Nora se sent pâlir. Car le message que lui dédient ces yeux cosmiques est un hurlement de haine.

         Au même instant, la porte s'ouvre.

         — Bonjour, les filles ! claironne l'ange.

         Il se penche vers le zombi.

         — Tu as bien mangé, Lulu ? C'était bon ?

         De la tête, elle fait oui. Ardente, soudain. Mais fugitivement.

         — Tu veux retourner dans ta chambre ?

         Oui.

         — Je te porte ou tu y vas toute seule ?

         Les lèvres s'entrouvrent. Ça prend longtemps, longtemps. Insurmontable effort.

         — Seule, font les lèvres.

         Sylvain s'éclipse, revient poussant un fauteuil roulant. Soulève la femme, l'y dépose. Guide son doigt jusqu'à la commande électrique, sur l'accoudoir. L'engin démarre.

         Médusée, Nora.

         L'engin sort de la pièce.

         Nora, d'une voix mal assurée :

         — Que s'est-il passé ?

         — Accident du travail.

         L'appétit en débandade, Nora attend la suite. Poser des questions, outre l'indiscrétion que cela implique, lui semble superflu : l'explication viendra d'elle-même, ou le mutisme. Une curiosité déplacée n'a jamais délié les langues ; l'envie de se confier, si.

         — Elle est tombée sur un violent, dit l'ange. Il l'a balancée du quatrième étage.

                                                                                                                                      (A suivre)

 

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 08:03

Chapitre 71

 Résumé des chapitre précédents : Ce petit déjeuner en tête à tête avec Lulu n’est pas franchement réjouissant. En un mot comme en cent, la danseuse tire la tronche. « Me fait-on comprendre que je suis de trop ? s'interroge Nora, en proie à une parano galopante. Ou a-t-on simplement des réveils difficiles ? »

 

         Ignorant, volontairement ou non, les questions qu'elle suscite, le zombi femelle se beurre une tartine d'un geste mécanique.

         « C'est un robot », pense Nora dans un éclair.

          Enfant, elle avait été follement impressionnée par les automates du musée Grévin. Ces dermes glacés, trop lisses, trop jaunes, ces mouvements répétitifs et saccadés.... Une parodie de vie, digne, en somme, de la Germaine — le groin en moins.

         Consciencieusement, l'androïde découpe une mouillette, la trempe dans son café. L'absorbe. Lève les paupières. Sous les cils encore gras de rimmel déferle un regard.

          « Je me suis trompée, se ravise aussitôt Nora. C'est vivant. Oui, oui, j'en suis certaine. L'œil des poupées est rond comme celui des poissons, pétrifié, grossièrement incrusté dans des orbites sans vibrations. Tandis que là, j'en mettrais ma main à couper, j'ai vu frémir quelque chose. » 

         — Vous n'avez pas l'air très en forme, risque-t-elle.

         L'autre, pas là. À des milliers d'années lumière. Dans une galaxie particulièrement éloignée. 

          « Voyons, raisonne Nora, chez qui l'inquiétude se mue peu à peu en perplexité, quelle ressemblance y a-t-il entre cette nana et le souvenir que j'en ai gardé ? Pas la moindre, à bien y réfléchir. Il ne s'agit pas de la même personne. Ou alors, ma mémoire me joue des tours. Étais-je donc tellement bourrée, ce jour-là ? J'ai vu — si, si, je le jure ! — une gigantesque merveille, une sculpture d'ébène et de saphir. Je m'en rappelle nettement, elle m'a marquée, pensez ! Cette cascade de reflets si étroite et si longue, et si nue sous ses scintillances de panthère... Et le triangle parfait du visage... Et le dédain, le dédain, j'en grelotte encore. Quand elle marchait, ses talons en lame de couteau semblaient trancher le sol !

          «  Non, ce n'est pas Lulu Martinez que j'ai devant moi. L'ange a dû changer de compagne, ou recueillir sa vieille mère. Ou héberger une pauvresse, est-ce que je sais ? Les anges, c'est généreux, j'en suis la meilleure preuve. Et moi qui balisais... » 

                                                                                                                                  (A suivre)

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 16:02

... aux éditions Mic-Mac :

http://catalogue.dgdiffusion.com/prd_fiche-lg1.php?produitFamille=2&theme=133&rayon=52&univers&identifiant=34157

 

DEROULE-CV-fee-et-mendiant.jpg

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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 07:17

Chapitre 70

  Résumé des c             Résumé des chapitres précédents :   Quelqu’un a embrassé Nora endormie, tel le prince de la Belle au bois dormant. Et ce n’est pas Charlie !

 

         Le matin suivant.

         Nora sort de sa chambre, pieds nus, n'ayant sur le dos qu'une vieille chemise de Charlie, d'un rouge déteint. Un « déjeûner de soleil » comme on dit. La défroque lui arrive à mi-cuisses, les manches couvrent ses mains et même bien au-delà, les boutons du haut, manquants, dévoilent la naissance de ses seins. 

         Une odeur de café s'échappe de la cuisine. La jeune femme s'y dirige au radar.

         Lulu est à table, le dos à la porte. Dans un peignoir qui dut être rose, il y a des siècles.

         « Crotte, pense Nora, je l'avais oubliée, celle-là. Elle me fout les jetons, cette gonzesse. Surtout en tête-à-tête. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui raconter ? »

          Battre en retraite ? Impossible, ce serait de la dernière grossièreté.

         « Courage, se stimule-t-elle, Sylvain ne va sûrement pas tarder. »

         D'un pas résolu, elle s'avance.

         — Salut !

         La créature ne se retourne pas et, pour toute réponse, émet un borborygme.

         «  Je suis pas la seule à être mal à l'aise, se dit Nora. Allons, un petit effort, réchauffons l'atmosphère. »

         — Mmmm, ça sent bon ! s'exclame-t-elle, faussement décontractée. C'est de l'Arabica ou du Robusta ?

         — …

         — Personnellement, je préfère l'Arabica, et vous ?

         — …

         — Quoique le Robusta soit plus corsé.

         Tout en soliloquant, Nora contourne la table et s'assied face à sa non-interlocutrice, toujours prostrée. Puis, sans oser la regarder, tire la cafetière à elle, se sert dans l'un des trois bols disposé, elle le suppose, à son intention, tend la main vers le sucre.

         — Euh... pardon... pourriez-vous me passer le pain, s'il vous plaît ?

         Lulu, le nez dans son café, ne réagit pas.

         « Me fait-on comprendre que je suis de trop ? s'interroge Nora, en proie à une parano galopante. Ou a-t-on simplement des réveils difficiles ? »

                                                                                                                           (A suivre)

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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 07:37

Chapitre 69

  Résumé des chapitres précédents :  L’ange est vraiment un ange. Il héberge Nora dans son p’tit paradis : un squatt du côté de Châtelet. Pas très reluisant, pour une demeure céleste, mais Nora n’en espérait pas tant !

 

         La solitude aussitôt se referme sur Nora, l'oppresse à la limite du supportable.

         — Pas de ça Lisette ! grogne-t-elle.

         Elle plonge dans son sac, en sort ses comprimés, et s'envoie double dose avant de se pieuter.

         Bienheureux gouffre chimique, où ne surnage même pas le visage de l'Aimé.

         Mais au milieu de la nuit, une étrange impression trouble sa torpeur sans pour autant la dissiper. Familière, si familière, si douce, si rassurante.

         « Mon amour tu es là, toi et le geste qui sauve. Mon amour, mon amour, je suis bien, près de toi. Tout ça n'était qu'un mauvais rêve, oh, oui, mon amour, continue, oui, oh oui... » 

         Sur ses lèvres, dans le noir, deux lèvres sont posées. Nora s'offre au baiser avec une telle passion que la bouche, effarouchée, se retire.

         — Charlie, soupire-t-elle dans son sommeil.

         — Chut, dors, lui répond-on.

         Et une haute silhouette blonde et blanche s'éloigne dans le noir.

                                                                                                                         (A suivre)

 

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