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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 07:35

Chapitre 14

 Résumé des chapitres précédents : Charlie et Nora sont en route pour Paris, où le célèbre clown Boris a convoqué Charlie.

 

         Voyage sans histoire. La 4L tient encore le coup, brave Titine, malgré son grand âge. Sur l'autoroute, ses performances ne dépassent pas le soixante, pied au plancher, mais comme dirait maman, « Chi va piano va sano ».  Nora, en pleine forme, serine depuis des heures la même rengaine stupide : De toutes les matières, c'est la ouate que je préfère !  en la distordant dans tous les sens et en l'agrémentant de trémolos de son cru.

         — T'as rien de plus récent ? grommelle Charlie.

         De plus récent ? Ils n'ont ni télé, ni radio, ni ordinateur, ni lecteur de CD. Juste un vieux magneto de récup' et les cassettes qui vont avec.

         — Qu'est-ce que tu veux que je te chante ? Petit papa Noël ?

         — Par exemple, tiens, c'est de saison !

         Le soleil étant de la partie — comme prévu par la météo —, ils roulent vitres baissées.

         — Sens-moi ce fabuleux parfum de gazoil, rigole Charlie, en crachant son chewing-gum sur la route pour en reprendre un neuf aussitôt.

         — Si tu cessais trente seconde de mâchouiller ? l'invective Nora. Depuis que t'as arrêté de fumer, t'es devenu un vrai ruminant.

         — Tu préférerais que je chope un cancer ?

         — Non... mais je te signale que l'abus de chewing-gum donne de l'aérophagie.

         — Bah, les fenêtres sont ouvertes.

         — Très délicat !

         En représailles, elle retire ses chaussures et pose ses pieds nus sur le tableau de bord. Il a horreur de ça !

         — Au moindre choc, tu te ratatinerais comme un accordéon.

         — T'as qu'à conduire prudemment. Ma grand-mère disait que c'était le meilleur moyen d'éviter les varices.

         — L'accordéon ?

         — Non, les jambes en l'air.

         Gloussement de Charlie.

         — Alors, tu ne risque rien, rassure-toi. C’est ta position favorite, si je ne m’abuse...  

         — Très drôle ! T'en as encore beaucoup en réserve, des comme ça ?

         — Plein. C'est mon métier, de faire rire, je te signale.

         — Alors, t'aurais intérêt à renouveler ton répertoire : ça n'amuse plus personne, ce genre de vanne ringarde. Mon père n'aurait pas fait mieux.

         — Moi, mes vannes, toi, tes chansons... On est des has been, de toute façon.

         — À vingt-cinq ans, ça craint !

         — Nous sommes les dignes représentants de la France profonde, mémère. (Voix tremblottante à la Michel Simon). Gaffe, la capitale, les provinciaux débarquent !

                                                                                                                    (A suivre)

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 07:02

Chapitre 13

Résumé des chapitres précédents : Une nouvelle vie se profile à l’horizon, pour Charlie et Nora. Le célèbre clown Boris veut prendre Charlie dans sa troupe.

 

         — Allo, Anne ?

         Exclamation de surprise au bout du fil : la petite ! Il y a au moins six mois qu'elle n'avait pas donné de nouvelles. Qu'est-ce que tu deviens, ma chérie ?

         — Un truc génial nous tombe dessus, je t'expliquerai. Ton studio du XIIIème est toujours libre ?

         Il est. Inlouable, ce taudis.

         — On peut s'y installer deux ou trois jours, avec Charlie ?

         No problemo. Y a pas l'eau, la cage d'escalier est en réfection, les chiottes du palier insalubres, mais c'est quand vous voulez.

         — Je laisse la clé à votre disposition chez la concierge.

         — Génial ! T'es un chou, on arrive après-demain.

         Sur le chemin du retour.

         — Il ne nous reste plus qu'à préparer nos bagages, gazouille Nora.

         — Comment on fait, pour les bêtes ?

         — Je demanderai à Marie-Jeanne de s'en occuper.

         — Rappelle-moi de remplir l'abreuvoir du poney, avant de partir.

         — OK. Faudra aussi penser à arroser : les tomates commencent à sortir.

         Ils rient sans raison. Des enfants  à la veille des vacances. La bouche de Nora, quoique sans maquillage, est d'un rouge obscène.

         Charlie l'enlace, la presse contre lui.

         — Je bande, avoue-t-il humblement.

         Et elle, du tac au tac :

         — Ça tombe à pic, j’ai un p’tit creux !

         Comme quoi, un bonheur n’arrive jamais seul...

                                                                                                             (A suivre)

 

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 08:14

... qui n'auraient pas la patience — ou le temps — de lire au jour le jour "Folle d'amour", le feuilleton quotidien qui paraît sur ce blog, peuvent le trouver en livre sous le titre "Du moment que ce n'est pas sexuel", aux éditions Mic-Mac. Mais il y a forcément moins de suspense...

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 07:05

Chapitre 12

 Résumé des chapitres précédents : Il semblerait que Boris s’intéresse à Charlie, professionnellement. Une nouvelle carrière s’ouvre-t-elle pour le clown ?

 

         — V'là le facteur !

         Du courrier. Une lettre.

         — De Paris, signale Nora en vérifiant le tampon.

         Charlie se précipite. C'est Boris.

         Le Maître a progressé, il s'est récupéré deux compères bien balaises. Charlie connaît l'un d'eux, Galapia, tu te souviens, Nora ? On l'a vu il y a deux ans, au festival d'Avignon. Un tout petit bonhomme, nerveux comme un écureuil, qui bafouillait des onomatopées.

         — Tu parle si je m'en souviens, on était écroulés. Un super-recrue, dis donc... Et le deuxième ?

         —  Un certain Flip, clown des banlieues. Jamais entendu causer, mais on peut faire confiance à Boris : s'il l'engage, c'est que c'est un bon.

         — Qu'est-ce qu'il dit d'autre ?

         — Il veut nous réunir tous les quatre, chez lui.

         Le poul de Nora s'accélère.

         — Quand ça ?

         — Une première prise de contact est prévue samedi soir.

         — Dans quatre jours ? Wahou !

         — Ta sœur pourra nous héberger ?

         — Je l'appelle tout de suite.

         Ils n'ont pas le téléphone — si, si, ça existe encore. Ni portable, ni fixe : les cabines de la Poste ne sont pas faites pour les chiens.

         — Tu te rends compte ? répète Nora tandis qu'ils se hâtent vers le village. C'est la chance de ta vie ! Après toutes ces années...

         Elle est belle, transfigurée d'excitation. Charlie l'attrape par la taille, lui fourre son nez contre l'oreille. Elle se dégage en riant. Il l'attirerait bien dans un pré, s'il s'écoutait — celui qu'ils longent, tiens, justement. Elle s'indigne :

         — Tu ne pense qu'à ça, ma parole ! 

          Il avoue que oui, amour fou oblige. Mais la Poste est en vue.

         L'instant d'après, ils se tassent dans la cabine.

                                                                                                                 (A suivre)

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 06:16

Chapitre 11

  Résumé des chapitres précédents : leur rencontre avec Boris va-t-elle bouleveser l’immuable train-train de Nora et Charlie ? On dirait bien que oui...

 

         — C'est quoi, cette histoire de Paris ?

         Ah, elle a tout de même entendu, hier, malgré sa fatigue. Charlie sourit. Bonjour la Nora-du-réveil, ébouriffée, sentant le chaud !

          Elle s'étire, bâille sans mettre la main devant la bouche. Le sommeil lui a fait la babine carnassière. Il refoule une pressante envie d'y goûter.

         — Alors, s'impatiente-t-elle, c'est quoi ?

         Il jubile, les lèvres pincées sur un fou-rire naissant.

         — Accouche, merde !

         — OK, OK... Boris en a marre des one man show, il projette de créer une troupe avec trois ou quatre bonshommes bien au point. Des mecs doués qui n'ont pas peur du corrosif.

         — T'as tes chances ?

         Il semblerait. Le Maître lui a laissé entendre que.

         — Au poil ! exulte Nora.

         Elle tend les bras, ronronne :

         — On part bientôt ?

         Un baiser lui clot le bec.

         Jusqu'au soir, il n'est question que de ça. Nora rêve tout haut comme elle sait si bien le faire.

         — Tu imagines sur quoi vous pouvez déboucher, en vous associant ? Lui avec sa notoriété, son professionnalisme, toi avec ta Germaine, ton poney, tes instruments de musique déments... Putain, j'en ai le frisson ! Ça va rameuter les foules, mon lapin ! À nous la gloire, le triomphe, le fric ! L'immortalité !

         — Tout doux, la tempère Charlie, plus pragmatique — mais buvant néanmoins du petit-lait —, on n'y est pas encore ! C'est peut-être une proposition en l'air, va savoir ? Tu finirais par nous porter la poisse, à force !

         Elle lui rit sur la bouche. Il répond par l'un de ces jeux de main jeux de vilain dont il a le secret. Tant de projets leur mettent le feu aux poudres. Culbutés l'un contre l'autre, ils célèbrent l'avenir avec enthousiasme, puis, après un court entracte, se découvrent prêts à recommencer. Ce qu'ils font, et ainsi de suite, jusqu'à complète extinction des feux.

                                                                                                                          (A suivre)

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 15:28

http://www.mythologica.net/memoires-dune-aveugle-anne-duguel/

memoiresaveugle01

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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 07:23

Chapitre 10

  Résumé des chapitres précédents : Après la prestation éblouissante de Boris, Charlie et Nora vont le voir dans sa loge.

 

         Boris n'a pas la grosse tête, malgré son succès (ou alors, il joue la comédie, ce qui, dans son cas, ne serait que moyennement surprenant). Charlie semble le brancher. Lorsqu'ils se séparent, satisfaits l'un de l'autre, il est deux heures du mat' et Nora somnole sur un coin de table. À force de s'effacer, elle a fini par disparaître en elle-même, tout au fond.

         Et rêve.

         De l'accident.

         Son cauchemar recurrent depuis bientôt vingt ans. Ce choc rouge l'explosant de la tête aux pieds, cette stridence de fin du monde. Ce lac de lave. Dont elle avait émergé, après un coma de cinq jours, prisonnière d'une carapace de plâtre.

         S'il est des degrés dans l'horreur, celui-là tient le haut du pavé. Jaillir du néant pour se retrouver prise au piège dans le corps d'une statue est l'expérience la plus atroce qui soit. Nora avait hurlé, hurlé, à s'en péter les cordes vocales, ce qui s'était traduit, dans la réalité, par un faible gémissement. Les grandes terreurs sont muettes ou presque.

         Charlie était à son chevet. Il avait posé la main sur la sienne qui seule émergeait, souple et vivante, de la gangue minérale. Une main d'enfant pas très propre, aux doigts froids. Nora s'y était agrippée. Avait cisaillé la chair de ses ongles. Charlie, les phalanges à vif, était resté stoïque. Le sourire figé, les yeux pleins de larmes, il s'était contenté de chuchoter son nom.

         — Nora... chuchote Charlie.

         — Mmmm...

         — Allez, viens, on rentre !

         En zombi, elle gagne la voiture, se laisse tomber sur le siège, s'enroule autour d'elle-même pour préserver un semblant de confort, et resombre.

         La 4L démarre, sort d'Auxerre, prend la direction du village. Une chape d'obscurité écrase les champs. Le double faisceau des phares dissipe avec peine la lourde nuit rurale. Au volant, Charlie, tout guilleret, sifflote.

         — T'as passé une bonne soirée ? bredouille Nora entre deux bâillements.

         — Excellente ! Ça te dirait de monter à Paris un de ces quatre ?

         Elle n'en sait rien, elle pionce.

         Il la regarde, sent une tendresse sourdre en lui. Elle a dû s'emmerder, pauvre choute. On en reparlera demain. Dans un instant, ils seront arrivés. Il la sortira tout doucement de la voiture, la guidera jusqu'à leur chambre, la déshabillera. La mettra au lit avec des gestes de quasi-mère. S'en souviendra-t-elle au réveil ? Sûrement non. Ni du baiser qu'il aura chastement posé sur ses paupières. Ni de ce formidable contentement qui l'habite, lui, et  qu'il savourera par petites goulées, couché à côté d'elle, insomniaque et hilare.

                                                                                                                             (A suivre)

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 05:48

Chapitre 9

Résumé des chapitres précédents : Charlie est béat d’admiration devant la prestation du clown Boris, son idole, son modèle. Nora, elle, est plutôt béate d’admiration devant Charlie.

 

         Nora se renforgne dans ses cheveux. Trois secondes de bouderie. Charlie sifflote. Elle lui lance un coup d'œil par en-dessous, ils s'esclaffent.

         — On va le saluer dans sa loge ? propose-t-elle.

         — Tu crois ?

         — Je ne crois pas, je suis sûre, banane !

         Bon an mal an, ils se faufilent à contresens dans la foule qui reflue vers la sortie.

         — C'est par là, dit Charlie, avisant une porte dérobée.

         Tous les théâtres se ressemblent. En avoir pratiqué quelques-uns, jadis, lui confère une aisance d'affranchi. Pour le poisson rouge assumant pleinement sa poissonnitude, un bocal est toujours un bocal.

         Les voici dans le ventre du lieu, en contrebas de la scène. Un couloir aveugle mais violemment éclairé, trois cagibis bordéliques, aux miroirs couronnés d'ampoules...

         Devant l'un d'eux, de dos, un homme se démaquille. À leur entrée, il se retourne.

         — Qu'il est beau ! s'étrangle Nora.

         La quarantaine, un visage de prince ascétique, la taille si haute que ça donne le vertige.

         Il sourit aux nouveaux arrivants en effaçant les dernières traces de blanc, incrustées dans ses rides d'expression.

         — Bonjour, susurre Charlie. Je tenais à vous féliciter...

         Comme entrée en matière, difficile de faire pire. Plus niais, je veux dire. Mais maîtrise-t-on toujours ses déjections ? 

         — Merci, répond Boris, impénétrable.

         — Charlie est clown aussi, énonce fièrement Nora.

         — Alors, salut confrère !

         Ils se serrent la main et, sympathie aidant, la conversation se poursuit devant un verre. À bâtons rompus. Boulot-boulot. Nora, salement en-dehors du coup, les écoute discuter sans mêler son grain de sel.

                                                                                                                            (A suivre)

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 05:41

Bon, tant pis si ma modestie en souffre, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous la merveilleuse surprise que j'ai découverte, ce matin, sur le blog de Castor Tillon : un article illustré par un très beau portrait au pastel.

http://wizzz.telerama.fr/castortillon/blog/963681615

Gudule 02

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 07:06

Chapitre 8

Résumé des chapitres précédents : Charlie et Nora sont au théâtre d’Auxerre où passe l’idole de Charlie.

 

         Boris, c'est un clown et c'est tout le monde. Dans les minuscules portraits qu'il campe, sketch après sketch, on ne peut que se reconnaître. Petits travers évoqués en trois gestes ; caricatures féroces et subtiles, d'une admirable brièveté ; regard sans complaisance — mais non dénué de tendresse — sur une société, une époque, des comportements. Le tout dans une ahurissante défroque d'auguste futuriste, mâtinée d'un zeste de Buster Keaton.

         Cramponné aux accoudoirs de son fauteuil, Charlie décolle. Une adoration quasi-mystique le transfigure. Il s'abreuve de chaque  geste, chaque trouvaille scénique, chaque gag ; un vrai papier buvard. Nora le regarde autant que la scène, plus même. À travers lui, elle absorbe du sortilège. Elle accorde ses rires aux siens, s'émerveille dans son sillage, ombre, écho, ricochet. D'être perçu au travers de son homme transcende le spectacle, en démultiplie l'intérêt. Le rend, au sens propre du terme, charlinesque.

         Une fois le rideau baissé :

         — J'en ai pris plein la gueule, constate Charlie, amer.

         — Pourquoi ? s'étonne Nora, encore dans les étoiles.

         — C'est un géant, ce type-là. Jamais je ne lui arriverai à la cheville !

         S'il est une chose qui indispose Nora, c'est bien l'autocritique. Surtout de cette nature.

         — Arrête de comparer ce qui n’est pas comparable : toi, t'es un homme-orchestre, lui, un mime. Vous ne faites pas le même métier.

         — Ce n'est pas la question,  s'entête Charlie. Devant un tel talent, on rentre sous terre, point barre.

         Haussement d'épaules agacé de Nora.

         — Qu'est-ce que tu lui trouves de si extraordinaire ?

         Sa mauvaise-foi confine au grand art.

         — Tu la boucles, au lieu de dire des conneries ! s'indigne Charlie.

                                                                                                                         (A suivre)

 

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