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31 décembre 2012 1 31 /12 /décembre /2012 07:09

Episode 119

          Résumé des chapitres précédents : Délaissant le squelette du resurrectologue, la chorale de divas encerle à présent Zoé dans une ronde infernale.

 

         « Bordel, pensa Zoé en se bouchant les oreilles, c’est pas le Requiem de Mozart qu’elles sont en train de me chanter, ces goules ? »

         Et, les mains en porte-voix pour couvrir les trilles de l’ADN qui tournait de plus en plus vite autour d’elle, elle hurla :

         — Pourquoi avez-vous tué Branquenstein ?

         — Pour lui éviter de partager nos diamants avec vouuus, répondit le chœur, sur l’air du Miserere nobis.

         — Mais... il n’en avait pas l’intention, vous l’avez entendu comme moi !

         — On le connaît, il aurait fini par craquer, craquer, craquer, lança le contre-alto.

         — Il est mort en plein bonheur et continue à vivre en nouuus, reprit le chœur, en accélérant sa ronde tourbillonnante.

         — Vous... vous l’avez mangé ? s’étrangla Zoé, qui luttait de toutes ses forces contre le vertige.

         Les voix prirent de l’ampleur, et, dans une apothéose proprement éblouissante, clamèrent :

         — Ce connard s’est trompé sur notre identitééé. Nous ne sommes pas l’Amicale des Divas Nécrophiles, mais l’Association des Divas Nécrophages, nuaaance ! Tout le monde se plante toujours, avec ces foutues, foutues, foutues abréviatiooons !

         Un rire-vocalise ponctua cette affirmation — ma foi, fort judicieuse et finement observée ­­­— puis, d’un seul élan,  les divas plongèrent sur notre héroïne, dans le but évident de lui faire subir un sort identique à celui du résurrectologue.

         Elle ne dut son salut qu’à une fuite précipitée.

                                                                                                               (A suivre)

 

 

 

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 07:04

Kiki

           On a commencé par le faire couper. Tous les vétérinaires vous le diront : qui aime bien châtre bien. La reproduction, faut laisser ça aux éleveurs. Un chien en possession de ses coucougnettes est neuf fois sur dix une pauvre bête mal soignée, victime de l’inconscience d'un maître irresponsable. C'est écrit dans les magazines pour amis des animaux.

            Nous, Kiki, on y tenait comme à la prunelle de nos yeux : il nous avait coûté la peau des fesses. Forcément, Jeanine voulait un pure race. Son pedigree trônait dans le salon, au-dessus de la télé, à côté du certificat d'études de Jean-Marc.

            Au début, tout allait bien. Les gosses en raffolaient, ma femme le chouchoutait, et moi je lui apprenais à faire le beau. Le seul problème, c’étaient ses aboiements. Ils nous énervaient tellement qu'on a failli s'en séparer. Plutôt que d’en arriver à cette extrémité, le véto nous a conseillé l’ablation des corde vocales. L’opération n'était pas donnée, mais quand on aime, on ne compte pas.

            Nous commencions tout juste à jouir de son silence quand un autre problème a surgi. Lorsqu'on n'a pas de jardin, les promenades hygiéniques s’avèrent indispensables. Les premiers temps, les gosses se disputaient pour le sortir, mais bien vite, c'est devenu une véritable corvée. Et les pipis se sont multipliés sur la moquette...

          Cette situation ne pouvait pas durer : Jeanine frisait la dépression nerveuse.

            Vous connaissez les laboratoires « Jolitoutou » (mais si, vous savez, ces excellents produits qu'on ne trouve qu'en pharmacie) ? Ils ont mis au point une pilule qui contient tous les éléments nutritifs indispensables à la santé du chien. Grâce à cette merveille, la petite bête n'a plus besoin ni de manger ni de boire. Son système digestif s’atrophie et, en conséquence, elle ne chie et ne pisse plus Un progrès appréciable, surtout pour les habitants des grandes villes. Bien sûr, ce n'est pas très économique, mais le confort qui en résulte justifie largement le sacrifice, vous pouvez me croire !

            Kiki était devenu un chien presque parfait. Une seule chose nous dérangeait encore, mais on y a vite remédié. Il avait une fâcheuse tendance à nous sauter dans les jambes à des moments inopportuns. Par bonheur — nouveau miracle de la Recherche  — il existe un remède à cet inconvénient. Tous les trois mois, le vétérinaire fait à Kiki une petite piqûre qui le paralyse du bout du museau à la pointe de la queue. C'est pour ça que vous le voyez immobile sur la cheminée. On peut même choisir sa position. Nous, on l'a fait mettre à l'arrêt, la truffe pointée, la patte levée, comme un vrai limier. Sympa, non ?

            Comment ? Que dites-vous ? Autant avoir un animal empaillé ? Ça va pas, la tête ? Vous voudriez que je mette un cadavre chez moi ?

            Sachez, mon vieux, que rien n'est comparable à la vie. La vie, ce miracle sublime… Touchez-le, ce chien, il est chaud. Son poil est soyeux, dans ses veines coule un sang bien rouge, son petit cœur bat. Et vous osez me comparer ça à la froide rigidité d'une bête morte ?

            Et puis, ses yeux, regardez ses yeux ! Ils nous suivent, ils sont remplis d'amour. Chaque fois que je les regarde, j'en ai les larmes qui montent.

            Franchement, les animaux sont vraiment une grande source de joie, pour qui sait les aimer, hein, mon Kiki !

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 05:53

Jean-Michel Archaimbault a retrouvé ça : un article paru dans Télérama juste avant l'an 2000. Sapristi, comme le temps passe, aurait dit ma mère...

Merci, Jean-Michel !

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 05:38

Episode 118

         Résumé des chapitres précédents : ce gros enfoiré de Branquenstein a décidé de garder pour lui le produit de la vente de Zoé et Chouchou.

 

         Ce tendre intermède permit à Zoé de recouvrer ses esprits.

         — Alors là, comme coup de pute ! explosa-t-elle. Vous êtes vraiment une immonde crevure, mon cher docteur ! Un salopard de la pire espèce ! Qui a eu l’idée de nous déguiser en danseuses, Chouchou et moi, hein ? Qui a parlementé avec Baba Akrout, vous évitant le pal de justesse ? Qui a sauvé la vie de ce pauvre Chouchou ?  Vous, peut-être ?

         Une onomatopée sortit de sous l’amas frémissant de divas, que Zoé ne sut comment interpréter. A tout hasard, elle poursuivit :

         — Qu’est-ce que vous avez fait, vous, pour les gagner, ces diamants ? Rien ! Rien de rien ! Vous vous êtes contenté de monter sur la balance et d’empocher, point barre. C’est un peu facile, merde !

         Elle éclata d’un rire grinçant.

         — Et ne venez pas me dire que cela vous a coûté votre amour ! Pauvre Dora, vous n’avez pas mis longtemps à l’oublier dans les bras de ces... de ces...

         Soixante tête furibonde se redressèrent aussitôt, la foudroyant du regard, et soixante gosiers émirent, en même temps :

         — Ces... quoi, je vous prie ?

         « Ces grues ! » pensa Zoé mais, par prudence, elle dit :

         — Ces demoiselles.

         Soixante petits sourires étirèrent cent-vingt lèvres sur trois mille cent vingt dents acérées. Puis, imperceptiblement, les divas s’éloignèrent du résurrectologue et entourèrent Zoé.

         La dernière chose que vit notre héroïne, avant que le chœur l’encercle en une ronde infernale, ce fut le cadavre de Branquenstein, dont il ne restait que les os...

                                                                                                                    (A suivre)

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 07:19

    Strip-tease  

            Vraiment, Miss Dorothy a une patience d'ange. Pas facile, avec un physique de poupée Barbie, d’enseigner l’anglais dans un bahut craignos !

            Huit jours après la rentrée, elle a déjà dû se coltiner les grossièretés d'une quinzaine de niktamères, moult branlettes sous les tables et d'incessants chahuts à connotation sexuelle. Moi qui suis plutôt bon élève, épargné par les chatouillis hormonaux et les curiosités malsaines, je la plains de tout mon cœur.

            Ce matin, c'est encore pire que d'habitude. Malik, déchaîné, martèle son bureau à coups de règle en hurlant « À poil ! ». Cédric et Yoyo dessinent des bites au tableau pendant qu’Adrien-Charles mime un coït obscène. Quant à Marcel et Jean-Louis, ils font mine de se sodomiser en poussant des cris d'animaux en rut.

            Miss Dorothy a beau s’égosiller, promettre des colles et des punitions, rien n’y fait. Alors, de guerre lasse, elle change de tactique. Posément, elle retire ses lunettes, puis déboutonne son chemisier, révélant la dentelle de son soutif à balconnet.

         Silence instantané. Les élèves n’en croient pas leur yeux. Médusés, ils se rasseyent à leur place. Malik, la bouche ouverte, laisse un filet de bave souiller le coin de ses lèvres. Yoyo a le souffle court, Cédric se ronge les ongles, Mourad se tortille comme un ver, Victor se gratte frénétiquement les couilles.

            La prof, imperturbable, baisse son pantalon sur un string couronné de poils follets.

            Des grognements bestiaux s'échappent de plusieurs gosiers. Un ventre gargouille — celui d’Adrien-Charles, je crois. Quelqu’un pète sans que personne ne rigole.

            D'un geste vif, Dorothy détache son soutien-gorge, libérant des seins lourds aux aréoles dressées.

         — Aaaaargh... gémit Yoyo en éjaculant dans son froc.

            La voici nue, face à la classe tétanisée. Elle sourit puis, voluptueusement, soulève sa chevelure. Ce mouvement lascif fait tomber sa perruque, dévoilant un crâne chauve. Un frisson glacé secoue les élèves, et leur extase se mue en épouvante quand la jeune femme, d'un geste gracieux, retire son masque.

            Dessous, ce n'est qu'une bouillie de chairs tuméfiées, gluantes, pustuleuses. Encavés au fond des orbites, deux globes oculaires veinés de rouge font des clins d'œil coquin aux spectateurs. Mourad s'évanouit, Cédric appelle sa mère, Adrien-Charles éclate en sanglots convulsifs. Jean-Louis et Marcel se serrent l'un contre l'autre en claquant des dents.

            Mais le strip-tease de la prof est loin d’être terminé. C'est dans le dos que se trouve la fermeture Éclair. Sitôt détachée, la peau satinée s'affaisse, comme un vêtement qu'on retire. Dans des relents d’égoût apparaît un magma d’organes sanguinolents.

            Moi qui garde la tête froide en toute circonstance, j'ose alors lever le doigt pour implorer, au nom de mes camarades :

         — S'il vous plait, m‘dame, rhabillez-vous. 

         — D’accord, à condition que vous vous teniez tranquilles pendant mon cours.

            Ceux qui arrivent encore à parler promettent. Les autres, occupés à vomir, se contentent d'approuver par gestes.

 

            Depuis l’explosion de la centale de Nogent, ce genre de scène se produit souvent, dans les lycées de la région parisienne. Normal : chaque établissement a l’obligation, sous peine  d’amende, d’embaucher un quota d’irradiés. Chez nous, le prof de français est gangréné jusqu'à la moëlle et celui de maths porte, en guise de main droite, une prothèse pourvue de lames de couteaux. Mais la prof d’anglais, elle, a l’air normale. Enfin, avait l’air, avant. Les corps synthétique sont tellement réussis, de nos jours...

            En tout cas, cette affaire a transformé la classe. Désormais, il suffit que Dorothy fasse mine de se désaper pour que les pires racailles se tiennent à carreau. Et, selon les sondages, c’est pareil partout. Grâce à cette nouvelle méthode pédagogique, les problèmes de délinquance, si préoccupants il y a quelques années, ont bel et bien été éradiqués.

         Et dire qu’il y a encore des cons pour oser critiquer le nucléaire ! 

 

 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 07:27

  Episode 117

         Résumé des chapitres précédents : Branquenstein s’est vite consolé de la perte de Dora. Il l’a remplacée par l’Amicale des Divas Nécrophiles, qui semble combler sa libido galopante. Comme quoi, on guérit de tout, même de l’amour fou. Triste constat, je trouve.

 

         A mieux y regarder, une chose frappa Zoé. Les soixante divas étaient couvertes de diamants. Colliers, pendants d’oreilles, bracelets, bagues... Elles rutilaient de partout.

         — Euh... c’est la rançon de l’émir ? souffla-t-elle.

         Branquenstein s’épanouit.

         — Bien sûr ! Je suis riche, maintenant !

         Zoé eut un sursaut d’indignation.

         — NOUS sommes riches, vous voulez dire...

         — Pardon ?

         — Vous ne comptez quand même pas garder le prix de MA vente pour vous tout seul ?

         L’expression du resurrectologue valait le détour. Estomaqué, il était.

         — Et d’un, je ne suis plus tout seul comme vous pouvez le constater, et de deux, il n’a jamais été question que nous partagions le pactole. D’ailleurs, que faites-vous ici ? Vous devriez être avec votre mari, il vous a payée assez cher !

         Une telle mauvaise-foi laissa Zoé pantoise.

         — Tu n’es pas de cet avis, ADN ? poursuivit Branquenstein, prenant la chorale à témoin.

         Soixante têtes approuvèrent, ce qui fit briller les pierres précieuses de tous leurs feux.  Puis, tel un essaim de mouettes, les divas prirent leur envol et s’abattirent sur lui pour l’embrasser.

                                                                                                                                            (A suivre)

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 07:10

Passion d’amour

             Les êtres qu'on aime vous modifient, au fil du temps. C'est la magnifique loi des destinées humaines. Moi, par exemple, j'étais jadis d’une nature colérique. J’explosais pour un oui pour un non, je claquais les portes, je cassais la vaisselle, je hurlais des insanités. Mais par respect pour mon Henri, dont mes emportements heurtaient la sensibilité, j'appris à me dominer. À présent, je conserve mon calme en toute circonstance, et me ferais hacher menu plutôt que d’élever la voix.

            De même, j'étais brune. La blondeur qui, aujourd'hui, m'auréole, je la dois à Firmin. J'ai sacrifié ma tignasse de gitane, fierté de mon adolescence, aux appétits de cet amateur de Suédoises. Ce qui me valut, je n’ai pas peur de le dire, quelques nuits inoubliables.

            C'est comme mon visage. Nul ne devinerait, en me regardant, que mes traits d'origine sont aristocratiques : nez busqué, pommettes hautes, menton saillant, œil petit mais vif. La chirurgie esthétique a fait des pas de géant, ces vingt dernières années. Le minuscule appendice nasal de modèle dit « à la retroussette » dont m'a gratifiée un virtuose du scalpel, mes joues botoxées, ainsi que l'implant de cils synthétiques ourlant les cicatrices de mes larges orifices oculaires, font de moi la sosie d'Elisabeth Montgomery dans Ma sorcière bien-aimée.  Cette métamorphose est le reflet du goût immodéré de Luc pour les feuilletons américains des années soixante.

            Et mes jambes ? Que leur est-il arrivé, à mes jambes ? C'est Paul, fana de parapente qui, m'entraînant dans son trip,  les  réduisit, un beau matin de juillet, à l'état de moignons. L'air était pur, le soleil brillait, nous planions dans l'azur limpide tels de blanches mouettes. Ma rencontre inopinée avec une ligne à haute-tension me tira brutalement de ma béatitude. Lorsque, six mois plus tard, je quittai l'hôpital au bras de mon chéri, c'était radieuse et dans une chaise roulante. Je n'aurai plus jamais d'ongles incarnés, merci, amour !

            Quant au poumon d'acier dans lequel, aujourd'hui, repose ma carcasse, il m'évoque — avec quelle émotion ! — le très cher souvenir d'Albert, le pyromane qui embrasa mon cœur avant de mettre le feu à mon appartement, tandis que je lui préparais des pets-de-nonnes à la crème.

            Qu'eût été ma vie sans les Bien-Aimés qui, tels des météores, la constellèrent ? Un parcours inodore, incolore, insipide — voire désespérant. Je serais peut-être aujourd'hui une quinquagénaire brune, anguleuse, valide et aigrie. Rien que d'y penser, j'en frémis d'horreur. Une vie sans amour ne vaut pas la peine d'être vécue. La mienne fut un feu d'artifice, et ce n'est pas fini. Il me reste encore des bras à immoler, des yeux, un foie, une rate, un anus... O divines perspectives ! Et ceci jusqu'à l'ultime passion qui fera exploser mon cœur, dispersant tous azimuts mes lambeaux exultants, dans une apothéose de bonheur.

            Le destin d'une femme aimante est vraiment formidable !


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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 05:46

Episode 116

         Résumé des chapitres précédents : De retour en France, Zoé s’empresse d’aller retrouver Asia Li-Li. Et le lendemain... tatatam !

 

         A cent mètres de la maison du docteur Branquenstein, on entendait déjà la musique. Zoé s’attendait à tout sauf à ça. Elle qui pensait trouver le ressurectologue en pleine déprime, voire au bord du suicide, voire déjà suicidé et environné de mouches vertes...

         Dans le jardin ensoleillé, il sirotait un Scotch, affalé sous un parasol à rayures. Un sourire béat fendait sa trombine d’une oreille à l’autre. Autour de lui papillonnait une chorale exclusivement féminine, composée d’une soixantaine de personnes, musiciennes comprises. Et tout ce petit monde s’en donnait à chœur joie (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots).

         — Ben on ne s’embête pas ! s’exclama Zoé.

         Quelques « chut » impérieux sanctionnèrent ces paroles qui troublaient le récital.

         Entrouvrant un œil, Branquenstein gloussa un paresseux :                  

         — Tiens, Zoé ? Qu’est-ce que vous foutez là ? 

         — Je venais vous donner des nouvelles de Dora. Mais vous ne semblez pas inquiet outre mesure...

         — Ah oui, Dora ! Qu’est-ce qu’elle devient ?

         Le ton était désinvolte. « Révoltant ! » estima Zoé que ce retournement de veste perturbait.

         — Elle et Chouchou sont enfermés à vie dans le harem d’Ibn-el-Zarzour.

         — Ah, très bien... Tiens, au fait, puis-je vous présenter ma nouvelle fiancée ?

         D’un geste ample, il désigna l’ensemble de la chorale :

         — ADN, Zoé ; Zoé, ADN...

         — ADN ?

         — Oui, l’Amicale des Divas Nécrophiles qui m’a rendu le goût de vivre. 

         — Ah, je comprends. Et vous... ?

         Son geste sans équivoque fit rougir le resurrectologue.

         — Eh oui, avoua-t-il, d’un petit air de puceau surpris dans les buisson avec une greluche. Nous nous aimons.

         — Euh... tous ensemble ?

         S’il lui restait un doute, le hochement de tête de Branquenstein le dissipa.

         — J’ai dû faire construire un lit sur mesure, avoua-t-il à voix basse. Nos nuits sont un enchantement... Vous imaginez ça ? J’ai maintenant, à ma disposition, cent vingts mains pourvues de six cents ongles à manucurer. Je suis un homme comblé !

                                                                                                                                (A suivre)

 

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 08:03

Vaccination obligatoire

          L'affiche est apparue un beau matin sur les murs de Paris : SAUVEZ LA VIE DE VOS ENFANTS, FAITES-LES VACCINER CONTRE LE RHUME ! Et en plus petit : Tout mineur trouvé sur la voie publique non muni de son certificat de vaccination anti-rhume sera abattu par les forces de l’ordre.

            Ça m'a fichu un choc, d'autant que les médias ne cessaient de proclamer que ce vaccin, totalement inefficace et très cher, n’était pas remboursé par la Sécurité sociale. Mais le péril, en l'occurence, venant non du virus mais des pouvoirs publics, la population n'eut d'autre choix que de se soumettre.

            Ce fut la ruée chez les toubibs, dans les hôpitaux, les cliniques, les dispensaires. Les laboratoires, en rupture de stock, œuvrèrent jour et nuit afin d’alimenter les seringues, et des camions-citernes de produits sanitaires furent acheminés dans toute la France. En quelques mois, l'industrie bio-chimique, le corps médical et les transports routiers multiplièrent leurs bénéfices par dix. Et les caisses de l'État s'emplirent par ricochet.

           Hélas, le vaccin n’était pas anodin. Entre autres effets secondaires, il faisait enfler jusqu'à l'explosion. Ce ne furent, tout d'abord, que quelques cas isolés dont on ne tint pas compte : toute inoculation comporte un quota d'allergies, même minime. Mais bientôt les symptômes se généralisèrent. Devant l‘ampleur du désastre, des associations de consommateurs montèrent au créneau. Une enquête s’ensuivit, puis un procès retentissant où furent mouillés nombre de hauts fonctionnaires — dont le premier ministre qui dut, en catastrophe, donner sa démission. Afin d’apaiser la population, le gouvernement leva d’urgence un nouvel impôt pour financer la recherche d'un antidote.

            Il était temps : les victimes, à présent, se comptaient par millions. Chaque jour, des centaines d’entre elles éclataient dans les rues, les transports en commun, les squares, les magasins, souillant l’environnement de débris organiques. Les entreprises de pompes funèbres, débordées, créèrent collectivement une société de nettoyage aux méthodes révolutionnaires, qui vendit ses services à prix d’or. L’industrie de la mort, qui n’avait jamais été aussi florissante, fut taxée en conséquence, et l’Etat, renfloué, put mettre sur pied un système d’indemnisation qui lui rendit, un temps, sa popularité.

            Jusqu’à ce que...

            La Recherche, grassement subventionnée, ayant fait un bond en avant, les murs de Paris se couvrirent bientôt d’affiches libellées en ces termes : SAUVEZ LA VIE DE VOS ENFANTS, FAITES-LES VACCINER CONTRE LE VACCIN ! Et, en plus petit : Tout mineur trouvé sur la voie publique non muni de son certificat de vaccination anti-vaccin sera abattu par les forces de l’ordre.

            Lors, la population, hors d’elle, se révolta et, au terme de sanglants combats de rues, renversa le gouvernement. Ce fut le début d'une formidable ère de prospérité pour les armuriers.

 

 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 07:35

Episode 115

       Résumé des chapitres précédents : Pour remercier de Zoé de lui avoir offert son ultime orgasme, l’émir Ibn-el-Zarzour lui rend sa liberté. C’est un brave homme, finalement !

 

         Vingt-quatre heures plus tard, nous retrouvons Zoé dans l’avion qui la ramène en France. Elle a troqué ses mirifiques atours contre un jean et un tee-shirt, et sirote un wiskhy pur malt quinze ans d’âge.

         Perdue dans ses pensées, elle sourit. Son avenir est aussi rayonnant que le paysage céleste qu’elle aperçoit par le hublot. Azur et océan baignés par le soleil...

         « Dès que j’arrive, je saute dans un taxi et je file au Georges V, prémédite-t-elle avec des frissons de joie. Et demain, à l’aube, je déboule chez Branquenstein chercher ma part de diamants. J’espère qu’il se remet de la perte de Dora, pauvre grand ! »

         Ça, c’est l’unique point noir. Dans quel état va-t-elle trouver le résurrectologue ?        

         «  Bah, inutile de se morfondre à l’avance, j’aviserai en temps utile. D’ailleurs, nous arrivons... »

         L’avion, en effet, amorce sa descente.

         Tout en bouclant sa ceinture, notre héroïne, pour la centième fois depuis le départ, évoque en frémissant l’instant béni des retrouvailles avec sa chère Asia.

         Eh bien, je puis vous le confier, moi qui suis dans la confidence : ce fut grandiose. Époustouflant. Phénoménal. Prodigieux. Stupéfiant. Fantasmagorique. Rocambolesque. Pharamineux. Hallucinatoire. Bref, mille fois mieux que dans ses rêves les plus fous.

         Elles passèrent une super-soirée, quoi.

         En revanche, la journée du lendemain fut moins drôle...

                                                                                                                                (A suivre)

 

 

 

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