Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:37

Mes amies, mes amis,

J'ai bien peur de ne plus avoir de Solitudes à vous offrir. J'ai beau me creuser la cervelle, interroger mes souvenirs, presser ma mémoire comme une vieille éponge et chatouiller mes neurones un à un, je n'en trouve plus la moindre trace. Mais comme notre rendez-vous quotidien me tient à cœur, je vous propose une série de contes, parus dans diverses revues au cours des années 80 (Fluide glacial, Psikopat, Hebdogiciel, Charlie hebdo, etc). Ils sont légèrement décalés, ont un petit parfum vieillot et sont le fidèle reflet de mes préoccupations de l'époque. Je réclame donc toute votre indulgence pour ces petites antiquités. Merci.

 

 La secte

            Vingt-deux heures trente. Faiblement éclairée par le halo d’un réverbère, la rue se tapit, menaçante, entre les façades aveugles des immeubles. Les porches semblent des bouches d’ombre, prêtes à avaler l’imprudent promeneur. Quelque part, dans la nuit, un cri strident s’élève. Des pas précipités martèlent le trottoir, puis le silence retombe.

           C'est l'heure où ils sévissent. Où, fugacement, ils perpètrent leur crime. Et je suis l’un d’eux.

           En grinçant, une porte s'ouvre, livrant passage à une double silhouette. Regard furtif à droite, à gauche ; la voie est libre. L'être, précédé de sa protubérance, s'aventure au dehors, scrutant d’un œil méfiant la pénombre urbaine. Non loin, un de ses congénères rôde pareillement. Un mystérieux signal les attire l'un vers l'autre. Selon un immuable cérémonial, les protubérances, reliées par un tentacule à l'organisme nourricier, se rejoignent, fusionnent brièvement, puis chacun continue sa route. Le forfait rituel est encore à commettre, et l’heure tourne.

            Je fais depuis peu partie de cette secte. Révulsée durant nombre d'années par les exactions de ces parias, j'ai fini malgré moi par être contaminée, et mon destin a basculé. Victime du pouvoir de la protubérance, j'ai suivi leur cortège avec une fascination mêlée d’horreur.

            À présent, chaque soir, drapée dans ma honte, je m'adonne à leurs ignobles pratiques. Puis, lorsque tout est consommé, je rentre chez moi. Je remonte dans mon deux-pièces cuisine, je retire mon manteau sombre, je détache la laisse de mon chien. Et avec soulagement, je me dis, comme des milliers de mes semblables au même moment :

          « Ouf, Mirza a chié, je suis peinarde jusqu'à demain. »

            Dans la ville endormie, la secte-des-promeneurs-de-chien-après-le-film-télé s'est retirée, abandonnant derrière elle, telles les alluvions d'un fleuve maléfique, des monceaux de crottes pâteuses. Une odeur nauséabonde flotte dans l’air. Demain, les passants s'englueront les semelles en râlant, mais qu'importe ? Rien, jamais, ne nous arrêtera. Nous sommes la secte la plus puissante du monde, et chaque nuit, quoiqu'il arrive, nous renouvellerons notre action. Jusqu'à ce que les villes disparaissent sous les matière fécales, comme Pompéi sous la lave de l’Etna. Ou que le gouvernement se décide enfin à installer des sanisettes pour nos petits compagnons à quatre pattes.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 07:48

Episode 114

        Résumé des chapitres précédents : L’émir n’étant plus de toute première jeunesse, ses prouesses au lit s’en ressentent. C’est le calme plat, apparemment. Mais Zoé sait comment le sortir de ce mauvais pas. Comme quoi, l’expérience professionnelle n’est pas un vain mot !

 

         Certes, cela prit un certain temps. Zoé dut déployer des trésors de patience, et user de toutes les ressources de son art. Mais le vieux minaret, après avoir failli s’effondrer maintes fois, finit quand même par cracher sa sourate, que Zoé, par habitude, recueillit soigneusement dans une coupe qui traînait.

         Le cher Ibn-el-Zarzour était tout esbaubi.

         — Ce n’est pas possible..., haletait-il. Ce n’est pas possible... Dix ans, au moins, que ça ne m’était pas arrivé. Zoé, tu es une magicienne, une fée, une déesse. Demande-moi tout ce que tu veux, même la Lune, je te l’accorderai !

         Ces mots furent comme un baume sur le cœur douloureux de Zoé.

         — Tout ? insista-t-elle. Vraiment tout ? Vous êtes sûr ?

         — Parole de souverain ! Qu’Allah me foudroie sur place si je trahis à mon serment !

         Notre héroïne prit une large inspiration.

         — La liberté.

         — Pardon ?

         — Je veux que vous me rendiez ma liberté.

         C’était bien la dernière chose que souhaitât l’émir, convaincu d’avoir enfin trouvé la perle rare, sa moitié d’orange et la consolation de ses vieux jours.

         — Tu... tu ne préfères pas que je vire tout mon harem pour ne garder que toi ? bredouilla-t-il.

         Zoé secoua doucement la tête.

         — Bon, un serment est un serment, admit l’émir d’une voix lasse. Mais je te regretterai, femme aux doigts d’or !

         — Avant de partir, je peux donner quelques leçons à vos épouses, si vous voulez.

         Ibn-el-Zarzour eut un sourire contrit.

         — Tu peux toujours essayer, mais je te préviens, elles ne sont pas douées. Et puis, entre nous...        

         Il baissa le ton.

         — ... je préfère rester sur la saveur de cette victoire plutôt que de m’exposer à de nouveaux fiascos. Tu seras mon dernier amour, Zoé. Mon dernier et plus grand amour...

                                                                                                                                 (A suivre)

 

 

 

                          

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 06:52

La fiancée de Frankenstein

         Lorsque j’étais enfant, d’aucuns affirmaient que, suite à une grosse peur — un cauchemar, par exemple —, on pouvait blanchir en une nuit. Cette idée m’enthousiasmait. Une chevelure blanche, à dix ans, la classe ! Ou même juste une mèche, comme la fiancée de Frankenstein...

         Le problème, c’est que des cauchemars, je n’en faisais pour ainsi dire jamais. Afin de remédier à ce grave handicap, je pris donc l’habitude, avant de m’endormir, de me raconter des histoires horribles, dans l’espoir qu’elles pertubent mon sommeil.

         En vain ; je ne rêvais que de choses belles et douces.

         Par contre, les abominations que j’inventais nourrirent mon imaginaire, de sorte qu’une fois adulte, c’est tout naturellement que j’abordai les sombres rives de l’épouvante. Ce qui n’altéra pas mes cheveux pour autant. A soixante-sept ans, après une bonne centaine de romans d’horreur, je suis toujours aussi brune qu’à dix ans.

         Frustrant, n’est-il pas ?

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 08:58

Marrant ! En farfouillant dans mon grenier, je suis retombée sur une BD datant des années 70. Elle était destinée à la revue "Ah nana", si ma mémoire est bonne, mais, pour une raison que j'ai oubliée, n'est jamais parue. La voici donc, en avant-première, dans toute sa naïveté prémonitoire. 

TATATAM ! 

IMG_0010.jpg

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 07:16

Episode 113

          Résumé des chapitres précédents : Ou je me trompe fort, ou notre héroïne va passer à la casserole !

 

         Avec un haussement d’épaules fataliste, Zoé le suivit dans « le temple des divins épanchements » — à savoir la chambre réservée aux ébats conjugaux. Une pièce, ma foi, fort vaste, n’ayant pour mobilier qu’un lit monumental et une fontaine d’eau pure.

         — C’est pour la fraîcheur ou les ablution pré-coïtales ? s’enquit Zoé.

         La question amusa l’émir qui remarqua, l’œil en coin :

         — Tu m’as l’air nettement plus délurées que mes autres femmes, toi !

         — Bah, c’est un peu mon métier, répondit Zoé en riant.

         — Ah bon ? Quel métier ?

         En quelques mots, elle expliqua à son nouvel époux les tenants et les aboutissants du trayage professionnel, ce qui parut bigrement l’intéresser.

         — As-tu des vieillards, parmi tes patients ? s’enquit-il après mûre réflexion.

         — Bien sûr ! La BNS est ouverte à tous, quel que soit leur âge.

         — Non mais je veux dire : des qui ne peuvent plus...

         Zoé éclata de rire.

         — Avec moi, tout le monde peut !

         Ibn-el Zarzour avala bruyamment sa salive.

         — C’est-à-dire ?

         — Que j’ai un doigté infaillible. En vingt ans d’exercice, je puis me targuer de n’avoir connu aucun échec !

         Le souffle d’Ibn-el-Zarzour s’était précipité et d’étranges remous animaient sa djellabah, au niveau du bas ventre.

         — Peux-tu... Peux-tu me le prouver ? articula-t-il dans un souffle.

         — Rien de plus facile. Installez-vous confortablement, fermez les yeux, détendez-vous, et laissez agir la spécialiste !

                                                                                                                        (A suivre)

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 07:09

Innocence

         Courant soixante-dix, les parents d’Alex décident de quitter un Liban à feu et à sang pour venir nous rejoindre en France. Ils nous chargent de leur trouver un appartement dans le vingtième arrondissement, où mon beau-père a des contacts professionnels.

         Afin de nous acquitter au mieux de cette mission, nous râtissons toutes les agences immobilières de l’ouest parisien. Hélas, la réponse est partout la même : rien à louer. Pourtant, ce n’est pas encore la crise du logement !

          Au bout du quinzième refus, Alex explose :

         — C’est quand même incroyable que nous ne puissions même pas trouver un petit deux-pièces pour mes parents, alors qu’il y a plein de logements vides !

         Notre interlocutrice, une dame entre deux âges assez BCBG, lève un sourcil :

          — Ah, c’est pour vos parents ? Pas pour vous ?

         Saisi d’une brusque inspiration, Alex précise :

         — Oui, mon père est kiné ; il va prendre la direction de « Body fun », la salle de sport de la place des Fêtes...

         A-t-il prononcé une formule magique ? Avec un sourire avenant, la dame nous invite à nous asseoir et consulte ses fiches.

 

         Quand nous racontons cette mésaventure à nos voisins de palier — un couple de quinquagénaires assez conventionnels —, ils éclatent de rire.

         — Ça vous étonne ? Vous avez vu votre dégaine ?

         Alex a la barbe et les cheveux longs ; je porte un sari sur mon jean troué, des bagues aux orteils et une tignasse afro.

         — Avec un look pareil, franchement, vous ne trouvez pas normal de vous faire jeter ?

         Euh... non.

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 08:05

Episode 112

        Maintenant que Chouchou est casé (et castré), plus rien ne retient Zoé au Qatar. Elle envisage donc de quitter au plus vite le harem d’Ibn-el-Zarzour. Mais comment faire ? 

        

         Non contentes d’être fermées à double tour, les portes du sérail étaient gardées par des soldats armé de cimeterres (pour la tradition) et de flingues (pour l’efficacité). Sortir de ce lieu clos tenait de la performance ­— ou du suicide.

         Derrière le moucharabieh qui donnait sur les jardins du palais et, par-delà le mur d’enceinte, sur les rues animées de la cité, Zoé élaborait d’utopiques plans de fuite. 

         — Vais-je rester à jamais captive dans cette prison dorée ? gémissait-elle, quand le découragement la submergeait.

         Ou encore :

         — Les taulards, au moins, gardent l’espoir de sortir un jour, et même d’obtenir une remise de peine pour bonne conduite. Mais moi... Qu’ai-je fait de mal pour être séparée aussi cruellement de tous ceux que j’aime ?

         Bref, c’était pas la joie.

         Et pendant ce temps-là, bercées par la voix envoûtante de Chouchou, les cinquante-deux autres épouses d’Ibn-el-Zarzour prenaient leur pied. Il fallait les voir, allanguies dans la moiteur douillette des coussins, s’abandonner aux affres délicieuses de la musique. Nulle caresse, aussi lascive fût-elle, ne leur avait jamais procuré tant de plaisir. Leurs gémissements et leurs soupirs enamourés en attestaient.

         Elles étaient toutes au bord de l’ogasme quand la porte du harem s’ouvrit à la volée. Et, en grande pompe, l’émir entra. 

         — Ne vous dérangez pas, mesdames, je ne fais que passer ! lança-t-il à la cantonnade.

         Puis, s’approchant de Zoé qui, seule, semblait bouder les torrides accords :

         — Je viens juste étrenner ma nouvelle acquisition, ajouta-t-il, en lui tendant la main.

                                                                                                                                         (A suivre)

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 07:42

 

Cimetière dans la brume

       À l’enterrement de mon père, l’une de mes tantes se rua en pleurant dans mes bras. Son mouvement trop brusque fit tomber mes lunettes dont la monture se brisa sur le sol. Quand je tentai de les remettre, le résultat fut désatreux. Il me fallut donc faire un choix : ou ne rien voir ou être ridicule. Par respect pour mon père — et la solennité de la cérémonie —, je restai stoïquement dans le brouillard.

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:59

Allez, aujourd'hui, je vous gâte. Suite à l'intervention de Mélaka, j'ai légèrement modifié la Solitude d'hier. Voici donc la version réactualisée :

 

En direct

        Un jour d’hiver, j’appelle ma petite-fille, Nina, sur son portable.

         — Ça va ?

         — Oui, et toi ? Je ne te capte pas très bien, je suis en voiture avec mes parents et Mélanie. On rentre de Paris et...

         Elle s’interrompt, pousse un cri.

         — Aaaah... attention ! On... on VA AVOIR UN ACCIDENT !

         Un bruit épouvantable, puis plus rien. Le silence.

         Dans un état d’effroi indescriptible, je hurle :

         — Nina ! Nina !  Que se passe-t-il ? Vous n’avez rien ?

         —Non, tout va bien, répond-elle d’une voix tremblante, après quelques secondes qui me semblent des siècles. La voiture vient de glisser sur un plaque de verglas et est rentrée dans la barrière de l’autoroute. Mais pfiou, quel choc !

         Le mot n’est pas trop fort : je ne tiens plus sur mes jambes.

 

Et si vous voulez savoir ce qui s'est exactement passé, sur cette fameuse autoroute, allez voir là :
Mela Ka http://www.melakarnets.com/index.php?post/2006/01/04/8-frisson-hivernal

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:20

Episode 111

         Résumé des chapitres précédents : Ibn-el-Zarzour a décidé de gracier Chouchou. Il l’offrira à ses épouses en lieu et place du sperme disparu.

 

         Les femmes d’Ibn-el-Zarzour saluèrent cette décision par des « youyous » de joie. Quant à Zoé... Si l’émir avait été devant elle, à cet instant, elle lui aurait sauté au cou et même pire. Car il venait, sans le savoir, de résoudre tous ses problèmes. Privé de sa redoutable fonction reproductrice, Chouchou ne représentait plus le moindre danger pour la planète. C’était juste un être pathétique, un débile particulièrement laid malgré sa voix suave.

         « Et un sacré veinard ! » se réjouit Zoé.

         Parce que bon, inutile de tergiverser : par l’un de ces tours de passe-passe dont le destin est coutumier, l’existence de Chouchou avait, subitement, basculé du bon côté de la barrière. De pitoyable quelques instants auparavant, elle devenait à présent triomphante, magnifique. Dorlotté par cinquante-deux beautés en mal d’enfants, la malheureuse créature de Branquenstein allait vivre désormais le paradis sur terre. Luxe, calme et volupté dans un palais des Mille et Une Nuits... Que pouvait rêver de mieux, comme perspective d’avenir, un assemblage hétéroclite de bouts de cadavres (dont une diva) ?

         « Ça va le changer de son résurrectologue à la noix... et même de la gentille trayeuse de la BNS ! »

         Cette évocation emplit l’âme de Zoé de nostalgie.

         «  Ah, retrouver Anatole Youplala, la petite cabine de trayage, les clients de passage... Et Asia-Li-li, surtout ! Ma belle joueuse de Chifoumi dans sa suite au Georges V ! »

         Bref, tout étant arrangé, il ne restait plus à notre héroïne qu’à rentrer chez elle, goûter un repos bien mérité. Mais pour ça, il fallait fausser compagnie à son nouveau mari. Et ce n’était pas forcément le plus simple...  

                                                                                                                                 (A suivre)

 

 

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories