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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 07:41

En direct

        Un jour d’hiver, j’appelle ma petite-fille, Nina, sur son portable.

         — Ça va ?

         — Oui, et toi ? Je ne te capte pas très bien, je suis en voiture avec papa, et...

         Elle s’interrompt, pousse un cri.

         — Aaaah... attention !

         Un bruit épouvantable, puis plus rien. Le silence.

         Dans un état d’effroi indescriptible, je hurle :

         — Nina ! Nina !  Que se passe-t-il ? Vous avez eu un accident ?

         — Rassure-toi, on n’a rien, répond-elle d’une voix tremblante, après quelques secondes qui me semblent des siècles. La voiture vient de glisser sur un plaque de verglas et est rentrée dans un poteau. Mais pfiou, quel choc !

         Le mot n’est pas trop fort : je ne tiens plus sur mes jambes.

 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 07:45

Episode 110

         Résumé des chapitres précédents : Ibn-el-Zarzour, furieux de l’incorrection de Chouchou, le condamne à mort. Voilà ce qui arrive quand on est incapable de juguler ses instincts. Lecteur, prends-en de la graine !

 

         La nuit suivante fut longue, pour Zoé. Bien que ses nouvelles compagnes fissent tout leur possible pour la divertir, elle ne pensait qu’à Chouchou qui vivait ses derniers instants sur la paille humide d’un cachot. Et cette image lui brisait le cœur.

         À travers le moucharabieh du gynécée, elle put voir, au petit jour, le bourreau dresser l’échafaud en kit, puis fourbir sa lame. Une foule essentiellement masculine s’agglutina bientôt sur le lieu du supplice, ainsi que des marchands, vendant à la criée des loukoums, des pistaches et du thé à la menthe.

         Quand  sonna la demie de sept heures, l’émir, suivi de sa cour, prit place dans les gradins. Sur son ordre, deux gardiens amenèrent le condamné et lui placèrent la tête sur le billot. Le bourreau levait son cimeterre quand, saisie d’une brusque inspiration, Zoé hurla :

         — Chante, Dora ! Chante !

         Aussitôt, la voix divine s’éleva dans le matin clair.

         La main du bourreau retomba sans force. L’émir et ses amis échangèrent des regards troublés. Un vent d’extase balaya l’assistance.

         — Que c’est beau, répétaient en pleurant les femmes, massées aux fenêtres. Que c’est beau !

         Quand s’acheva le récital, les spectateurs se levèrent et applaudirent debout. Puis l’un d’eux cria : « Grâce ! » en direction de l’émir, aussitôt imité par la foule entière.

         Ces milliers de voix qui imploraient sa pitié ne laissèrent pas Ibn-el-Zarzour indifférent — d’autant qu’il était lui-même sous le charme. Étendant la main pour réclamer le silence, il déclara :

         — A la demande générale, et en raison de son talent, je consens à faire preuve de clémence envers le condamné. Sa peine de mort sera commuée en castration, et le dénommé Chouchou restera dans mon harem jusqu’à la fin de ses jours. Il y divertira mes cinquante-trois épouses. À défaut de mieux, ce sera mon cadeau d’anniversaire !

         Un tonnerre d’applaudissements accueillit sa généreuse sentence.

                                                                                                                             (A suivre)

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 07:55

Foie gras

          Nous habitions dans le Tarn depuis quelques semaines quand un couple de voisins nous invite à dîner, avec quelques amis. Parmi eux, Jean-Pierre, charmant trentenaire pour lequel j’éprouve une sympathie immédiate. Forcément : il est fan de BD.

         Après l’apéro — et une discussion à bâton rompu avec mon nouveau pote —, on passe à table. La maîtresse de maison apporte un sompteux plateau de foie gras auquel tous les convives font honneur... sauf moi. Me voyant refuser poliment, Jean-Pierre s’étonne :

         — Tu n’aimes pas ça ?

         — Bien sûr que si, mais c’est contraire à ma religion. Je ne mange pas le produit de la torture.

         Cette réflexion — quelque peu maladroite, je l’admets — jette un froid.

         — Pourquoi parles-tu de torture ? insiste Jean-Pierre. Le foie gras, c’est naturel.

         — Et le gavage aussi, peut-être ?

         La maltraitance animale est, depuis toujours, mon cheval de bataille. Me voilà donc partie à décrire par le menu le calvaire des oies et des canards, livrés aux mains de leurs bourreaux. Et ce, malgré les mimiques indignées de mon interlocuteur qui essaie en vain d’en placer une.

         Tout le monde se regarde, visiblement gêné. La mauvaise conscience, sans doute... J’ai remarqué que le foie gras faisait souvent cet effet-là. On désapprouve mais on consomme. Difficile de concilier le plaisir des papilles et l’éthique ! 

         Quand mon speech se termine, Sylvain me glisse à l’oreille :

         — Tu viens de gaffer, Gudule. Ce foie gras, c’est Jean-Pierre qui l’a apporté. Il le fabrique lui-même. Le grand élevage de canards, en bas de la côte, c’est à lui.

         Oh, punaise !

         Je n’ai plus dit un mot de la soirée. 

 

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 07:54

 

  Episode 109

         Résumé des chapitre précédents : Décidément Chouchou est une savonnette ! Il a encore disparu. Et dans le harem d’Ibn-el-Zarzour, cette fois !

 

         Le sang de Zoé ne fit qu’un tour.

         — Où est Chouchou ? s’écria-t-elle.

         A cet instant précis, un hurlement s’éleva du côté de la piscine, désertée par ces dames pour cause de nouvelles-venues. Aussitôt, la population entière du harem (épouses, servantes, esclaves + Zoé) reflua en direction du bruit.

         Le spectacle valait le détour. Entre les colonnades de marbre de la salle d’eau, Chouchou, la djellabah relevée jusqu’au nombril, poursuivait une très jeune femme, dans l’intention évidente d’abuser d’elle.

         Au vu de l’objet mahousse dressé entre ses jambes, l’assistance frémit.

         — Mon Dieu ! souffla Zoé, en proie à d’émouvants souvenirs. Le voilà pris la main dans le sac !*

         Elle s’apprétait à intervenir quand une paire d’eunuques, alertés par les cris, débarqua à son tour. Le forcené fut immobilisé et traîné devant l’émir, accouru à leur suite.

         Ah, cela fit un beau scandale, je vous l’assure ! Et ce n’était qu’un début. Car, lorsque sur les ordres d’Ibn-el-Zarzour, les eunuques retirèrent le déguisement de l’intrus, révélant sa hideuse anatomie, l’effarement général tourna à l’hystérie. Les femmes s’évanouirent, l’émir se voilà la face, et les eunuques, apitoyés, hochèrent la tête.

         — Malgré ses attributs, je préfère être à ma place qu’à la sienne, glissa l’un d’eux à son collègue.

         Zoé, quant à elle, se jeta aux pieds d’Ibn-el-Zarzour.

         — Ayez pitié de lui, Sublissime Grandeur, c’est un simple d’esprit.

         Du doigt, elle indiquait les cicatrices couturant le corps et le visage du coupable.

         — Il a beucoup souffert...

         — Et ce n’est pas fini, grinça l’émir, imperméable à ses suppliques. Quel est ton nom, chien ?

         — Il ne peut pas vous répondre, il est muet, intervint à nouveau Zoé.

         — Tant mieux, ça évitera qu’il ne m’implore de l’épargner. Les condamnés à mort ont une fâcheuse tendance à solliciter ma mansuétude, et ça m’agace ! Ça m’agace !

         Zoé eut un haut-le-corps.

         — Vous n’allez quand même pas...

         — Ben tiens, je vais me gêner ! En molestant ma favorite, cet individu a mérité la peine capitale. Pour bien faire, il devrait même être torturé avant, mais je suis bon prince : vu ses antécédents, il aura juste la tête tranchée. 

                                                                                     (A suivre)

 

 

* Et non l’hamac dans le sein ; élève Castor, vous me copierez cent fois « Il est interdit de contrepéter en classe ! »

 

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 07:28

Crème brûlée

          En 1996, La vie à reculons obtient simultanément le grand prix de Rennes, de Vannes et de Redon. Je suis donc invitée dans ces trois villes de Bretagne, à des dates différentes, pour y recevoir ma récompense. Or, si cette cérémonie se déroule sans encombre à Rennes et à Redon, il n’en est pas de même pour  Vannes, où je m’illustre par une bourde retentissante.

         La bibliothécaire municipale, que je connais déjà pour l’avoir rencontrée sur un salon du livre, vient m’accueillir à la gare.

         — La remise du prix n’a lieu qu’à quatorze heures, m’annonce-t-elle. Nous aurons tout le temps de déjeûner avant. Je vais vous emmener dans un petit resto dont vous me direz des nouvelles !

         L’endroit est plaisant, en effet, et la carte alléchante — bien qu’au-dessus de mes moyens. Me voyant hésiter, mon accompagnatrice précise :

         — Évidemment, vous êtes notre invitée !

         Soulagée, je passe ma commande sans regarder les prix. Plats copieux, bon vin, excellents fromages, et pour finir, une crème brûlée à se rouler par terre. C’est elle, je crois, la goutte qui fait déborder le vase — car j’ai le foie sensible et suis peu habituée à bâfrer de la sorte. À peine sortie du restaurant, je commence à me sentir mal. Sueurs froides, vertiges, nausées, voile noir devant les yeux...

         Bien que je lutte de toutes mes forces contre le malaise (on a sa dignité, tout de même !), arrivée devant l’hôtel de ville, mes jambes ne me portent plus. Au grand dam de la dame, je m’effondre sur les marches en avouant dans un souffle : « Ça ne va pas très bien ». Affolement général. On m’entoure, on m’apporte un verre d’eau, on m’évente ; rien n’y fait. Pendant ce temps-là, un flot incessant de collégiens, profs de français en tête, défile à mes côtés. Et je les entends chuchoter : « C’est l’écrivain, tu crois ? » « Qu’est-ce qu’elle a ? » « Elle est évanouie ? »

         Un long moment passe. La salle est archi-comble ; le maire s’impatiente. Les organisateurs, de plus en plus fébriles, font la navette entre la bibliothécaire, qui se lamente près de moi, et les instances officielles. Par ma faute, le bel hommage rendu à la littérature, qu’ils préparent activement depuis des mois, est en passe de tourner court...

         Pétrie de culpabilité, je parviens enfin à me lever et, en titubant, pénètre dans la salle sous les applaudissements. Le maire qui, pour tromper l’attente, remerciait au micro les différents sponsors de l’événement — Conseil général, Préfecture, Rectorat du Morbihan, Banque Populaire, etc — , s’interrompt et me présente un fauteuil où je m’affale. J’écoute la suite dans un demi-coma, incapable de réagir, alors qu’on attend de moi un petit discours de circonstance (que, par ailleurs, j’ai préparé).

­

         — Notre auteure est terrassée par l’émotion, remarque le maire, histoire d’alléger l’atmosphère.

         — Par le pinard, oui ! lance une voix dans l’assistance.

         Le rires qui ont suivi, même si je vis centenaire, je ne les oublierai pas.

        

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 08:12

 

Episode 108

         Baba-Akrout, le gérant de l’émirat, veut acheter Zoé et Chouchou à Branquenstein, contre son poids en diamants. C’est bien payé, je trouve !

 

         Ce fut promptement fait, et sans bavures. Avant d’avoir compris ce qui lui arrivait, Branquenstein repartit avec ses quatre-vingts kilos de pierrres précieuses.

         — Une bonne chose de faite, se réjouit Baba-Akrout.

         — En êtes vous sûr ? fit remarquer Zoé. Vous n’avez même pas regardé nos visages. Si ça se trouve, on ne vous plaira pas.

         Elle imaginait sa tête en découvrant celle de Chouchou !

         — Je ne les verrai jamais, car vous n’êtes pas pour moi, répondit le gérant.

         — Ah ? Pour qui, alors ?

         — Sa Sublissime Grandeur notre émir bien-aimé, dont c’est demain l’anniversaire. 

         «  Bon sang, mais c’est bien sûr ! » pensa Zoé. Et, finement, elle remarqua :

         — Insinueriez-vous que nous sommes des cadeaux ?

         — Et comment ! Et déjà emballés, en plus ! Si vous saviez combien je suis content de vous avoir trouvées : il n’y a plus une femme consommable, dans ce pays. Ibn-el-Zarzour les a toutes épousées. Deux petites nouvelle toutes pimpantes et toutes fraîches, ce sera pour lui une surprise adorable !

         «  Il va pas être déçu » se dit encore Zoé, tout en hochant la tête avec circonspection.

         L’instant d’après, on les introduisait dans le harems de Sa Sublissime Grandeur. Un harem surpeuplé, je précise. De créatures plus belle les unes que les autres et, en l’absence d’hommes, adorablement dénudées.

         Toutes se ruèrent sur les arrivantes pour les assaillir de questions rieuses :

         — Comment vous vous appelez ?

         — D’où venez-vous ?

         — Vous être françaises ?

         — Vous faites des trucs particuliers ? Ibnou chéri fantasme sur les plans exotiques !

         Zoé, qui s’efforçait tant bien que mal de satisfaire leur curiosité, se tourna vers Chouchou pour le prendre à témoin.

         Enfer et damnation : il avait disparu !

                                                                                          (A suivre)

 

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 08:10

 

Grève de la faim

         Une petite Solitude pas marrante du tout. Il en faut. En août 1996, des sans-papiers retranchés dans l’église St Bernard, à Paris, défiaient les forces de l’ordre chargées de les expulser. À l’intérieur, outre les mères et les enfants, plusieurs grévistes de la faim ; dehors, un certain nombre de sympathisants (dont Sylvain et moi) prêts à intervenir en cas d’assaut des CRS.

         Or, en raison du week-end, cet assaut se faisait attendre. Nous campions donc avec nos camarades — parmi lesquels plusieurs célébrités, rappelez-vous : Marina Vlady, Emmanuelle Béart, le professeur Jacquard...— autour du bâtiment, guettant l’inéluctable. Or, malgré notre angoisse et notre indignation, au bout de vingt-quatre heures quasiment sans manger, nous avions tous la dalle. Laissant Sylvain sur place, je file acheter des sandwichs à boulangerie la plus proche.

         Soudain, tandis que je distribue mes baguettes au jambon, un amas de vieux sacs de couchage se soulève et une tête furibonde en jaillit.

         — Non mais ça va pas ? me hurle en pleine face un jeune homme aux cheveux longs. Vous pourriez respecter ma grève de la faim, quand même !

         Oups, pardon ! J’ignorais qu’il y avait aussi des grévistes sur le parvis...

         Ça nous a coupé l’appétit.

 

 

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 07:16

Episode 107

         Suite au ramdam causé par Zoé et Chouchou, objets de concupiscence d’une foule en délire, nos amis sont emmenés au palais de l’émir par les forces de police.

 

         L’endroit valait le coup d’œil. Une sorte de Taj-Mahal, en plus luxueux, entouré d’un parc magnifique où gazelles et colombes vivaient en liberté.

         — Que c’est beau ! s’émerveillait Zoé. A côté de ça, les jardins du palais de Versailles font figure de square de banlieue !

         Comme ils pénétraient dans la grande cour, une escouade de domestiques en habits folkloriques (turbans, pantalons bouffants, babouches recourbées) leur fit une haie d’honneur, au terme de laquelle un homme majestueux s’avança vers eux avec bienveillance.

         — Je suis Baba-Akrout, le gérant de l’émirat, dit-il à Brankenstein dans un français châtié. Et je voudrais t’acheter tes femmes...

         Peu au fait des coutumes locales, le résurrectologue en demeura pantois.

         — Elles... elles ne sont pas à vendre.., fut tout ce qu’il trouva à répondre.

         — Tu as tort, je t’en aurais donné un bon prix.

         — Merci mais je... je ne suis pas intéressé.

         — Dans ce cas, ce sera le pal. Bourreau !

         Un colosse au faciès de brute, vêtu de rouge sang, apparut aussitôt.

         — Oui, Votre Grâce ? 

         —Psssht, toi, à la niche ! lui intima Zoé qui flairait l’embrouille à plein nez.

         Puis, s’adressant au gérant :

         — Notre époux plaisante, assura-t-elle. Il est flatté de l’intérêt que vous nous portez, et considère comme un honneur de nous céder à un maître tel que vous.

         — Voilà qui est mieux, s’épanouit Baba-Akrout.

         D’un geste, il congédia la brute.

         — Et combien veux-tu de ton cheptel ? ajouta-t-il, à l’intention de Branquenstein.

         — Votre prix sera le sien, intervint à nouveau Zoé.

         —Très bien, alors le tarif habituel : son poids en diamants !

                                                                                                                       (A suivre)

 

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 08:29

La peur au ventre

         Oncle Louis, officier de carrière à la retraite, faisait montre envers sa famille d’une autorité quasi-militaire. Toute rebellion était sévèrement réprimée. Or, pour une raison que je ne m’explique pas, ce foudre de guerre estimait le chewing-gum mauvais pour la santé, et m'interdisait formellement d'en consommer. Mais outre le fait qu’elles ne coûtaient que trois centimes chez l’épicière, les succulentes plaques roses s’agrémentaient de photos d’acteurs, très en vogue chez mes amis du Thier-à-Liège. Comment, dès lors, ne pas désobéir ? 

         Un jour où je mâchonnais tranquillement le fruit défendu, qui aperçois-je, venant vers nous ? Oncle Louis — censé être absent toute la journée. Prise de panique, j’avale aussitôt l’objet du délit, puis, l’âme en paix, je lui souris. Il me passe distraitement la main dans les cheveux et poursuit son chemin. 

         — T’es complètement zinzin ! s’écrie ma copine Josiane, qui a suivi la scène avec effarement. Tu ne sais pas que le chewing-gum, ça colle les boyaux ?

         Horrifiée par cette révélation, je rentre la maison en me tenant le ventre. Car j’ai réellement mal ! Le collage de boyaux, c’est affreusement douloureux !

         Entre deux catastrophes, il faut choisir la moindre. Plutôt que de mourir dans d’atroces souffrances, je préfère encore avouer mon forfait à Tantine. A mon grand étonnement, au lieu de s’inquiéter, voire d’appeler le docteur, elle me demande en riant :         

         — Qui t’a raconté ces foutaises ? 

         Eh bien, vous me croirez si vous voulez, mais comme par magie, le mal s’est arrêté !

        

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 07:34

Episode 106

        Résumé des chapitres précédents : Afin de regagner discrètement Goha, Zoé et Chouchou s’habillent en danseuses de Bollywood.

 

         Bon, question mauvais goût, ça valait son pesant de pistaches. En revanche, qui eût pu deviner que sous cette défroque rutilante, éminemment sexy et super-kitch, se cachait un monstre fait de bouts de cadavres ?

         — Là, je dois dire..., reconnut Branquenstein en se grattant la tête.

         Dora, couverte de bijoux tocs et dénudée jusqu’à l’épaule, émergeait d’un amas de corsages, jupes, jupons et châles en lamés or. Le bras gauche de Chouchou, en revanche, était pudiquement couvert, ainsi que le reste du corps. Sa tête et son visage disparaissaient sous un voile rose fluo — hormis les yeux, outrageusement maquillés.

         — Une vraie Shéhérazade, s’attendrit Zoé, assez satisfaite de son œuvre.

         Sa propre allure, d’ailleurs, était à l’unisson.

         — Si, avec ça, on ne fait pas tourner la tête à tous les mâles de la région, je n’y comprends plus rien, plaisanta-t-elle.

         Elle ne croyait pas si bien dire. L’effervescence virile dépassa, et de loin, ses espoirs les plus fous. A peine sorties du caravensérail, les deux mousmées furent assaillies par les regards lubriques de la gent masculine, et des propos salaces — que la pudeur la plus élémentaire m’interdit de transcrire ici — fusèrent dans leur direction.

         Cela frisa l’émeute.

         Chouchou, épouvanté, se recroquevillait contre sa compagne, tandis que Branquenstein écartait la foule avec des « Voyons, messieurs ! Un peu de tenue ! » auxquels nul ne prêtait l’oreille. En revanche, le bruit, qui allait crescendo, attira l’attention de la maréchaussée. Une demi-douzaine de flics surarmés rappliquèrent et, ni une ni deux, embarquèrent les fauteurs de trouble avant de disperser l’assistance à coups de crosse.

         — Où nous emmenez-vous ? s’enquit Zoé, désarçonnée par la tournure des événements.

         La réponse tomba, telle un couperet :

         — Au palais de Sa Grandeur Parfumée l’émir Ibn-el-Zarzour.

                                                                                                                             (A suivre)

 

 

 

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