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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 08:09

Je ne serai jamais Mazo de la Roche

           En 2002, à la demande de mon éditrice de chez Grasset — et d’une lycéenne enceinte jusqu’aux dents rencontrée à l’île de la Réunion —, je réécris mon premier livre, « Et Rose elle a vécu », en direction des adolescents. Travail à la fois éreintant, car il me replonge dans un épisode difficile de ma vie, et exaltant, puisque remettre au propre un texte déjà écrit est toujours un plaisir. Ainsi naît « La vie en Rose », titre dont je suis très fière bien que personne ne semble comprendre le jeu de mots (c’est une histoire de grossesse, allez, faites un effort !). Le livre est si bien accueilli, tant par le public que par la presse, que ça m’incite à lui donner une suite... et même plusieurs. « Soleil Rose », paraît en 2003,  puis « La Rose et l’Olivier », l’année suivante. L’éditrice adore, des messages de lectrices enthousiastes déferlent sur mon site, oh, punaise, cette fois, je crois que je tiens le bon bout...

         Dans un état second, je m’attelle aux tomes 4 et 5, respectivement intitulés « Le Rose et le noir » et « Sous les pavés, la Rose » (ça se passe en mai 68). Bon, j’avoue : le récit s’éloigne de plus en plus de la réalité. Seuls les personnages et quelques anecdotes sont authentiques, mais ça fonctionne. Après tout, je suis romancière, pas biographe...

         «  Je m’en vais leur refaire Jalna, moi ! me dis-je avec délectation. Une saga à rallonge, comme celle de Mazo de la Roche ! »

         Cette charmante illusion s’estompe brutalement lorsque j’apporte « Le Rose et le noir » à l’éditrice.

         — Désolée mais je n’en veux pas, me déclare-t-elle, embarrassée. Ma direction refuse un quatrième volume. Une trilogie, d’accord, il y a des précédents, mais une série, ça fait vulgaire. C’est de la sous-littérature. Or, Grasset est une maison prestigieuse...

         Bleum ! ni une ni deux, je dégringole de mon petit nuage, et m’en retourne chez moi, salement plombée. Force m’est d’expliquer aux lectrices, via mon site, qu’elles devront renoncer aux aventures de Rose. Ce qui provoque un tel tollé que l’une d’entre elles décide de lancer une pétition. Elle récolte une centaine de signatures d’adolescentes (oui, oui, tant que ça !) et même de quelques mères qui se sont prises au jeu. Réaction de l’éditrice :

         — Gudule, tu peux demander à ton fan club de cesser de saturer ma boîte mail ? C’est agaçant, à la fin.

         Et se retrouver avec, sur les bras, deux romans désormais impubliables, ce n’est pas agaçant, peut-être ?

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 07:10

Episode 84

          Résumé des chapitres précédents :  Le docteur Branquenstein n’est pas un mauvais bougre, et son whisky est bon.

 

         — Excellente idée, dit Zoé, à qui l’alcool donnait toutes les audaces. Causons... Et commencez par m’expliquer pourquoi le bras de Dora Drelin se trouve accroché à l’épaule de Chouchou.

         La question, trop directe, prit Branquenstein de court.

         — Ah, parce que... vous savez ? s’étrangla-t-il.

         Une quinte de toux s’ensuivit, car sous l’effet de la surprise, il avait avalé sa gorgée de travers.

         — Je vous ai vu, tout à l’heure, précisa Zoé en lui tapant dans le dos. Alors, inutile de nier, hein !

         — Je n’en ai pas l’intention, mais permettez-moi de vous faire remarquer que vous êtes une foutue indiscrète. Vous avez violé mon intimité.

         — C’était pour la bonne cause... Alors ? J’attends vos explications !

         Le docteur Branquestein s’éclaircit la voix, comme avant une conférence.

         — Sachez tout d’abord, commença-t-il, que je suis un grand mélomane. L’opéra, en particulier...

         Zoé hocha la tête :

         — Mouais... J’avais cru comprendre...

         — Quand j’appris par la presse la disparition de Dora Drelin, ce fut pour moi un choc terrible. Elle était mon idole, comprenez-vous ? Ma cantatrice chauve à moi...

         — Chauve ? Pourquoi chauve ?

         — Elle portait une perruque, vous ne le saviez pas ? Vous ne lisez donc pas les journaux peoples ?

         A sa grande honte, Zoé avoua que non.

         — Bref, reprit Branquenstein avec un haussement d’épaules, j’éprouvais pour elle une véritable adoration...

         Il ponctua ces mots d’une nouvelle gorgée. Ses propres paroles le transfiguraient.

         — Aussi, quand la police retrouva quelques-uns de ses restes, décidai-je de tenter le tout pour le tout : l’inclure dans le plus ambitieux de mes projets, la création d’un homme-patchworck.

         — Chouchou ?

         — Exactement. Chouchou, mon chef d’œuvre, le couronnement de ma carrière. L’aboutissement de tous mes efforts. La consolation de mes vieux jours...

         — Composé comme il se doit...

         — ... de bouts de cadavres, oui.

                                                                                                                                    (A suivre)

 

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 07:02

L’instant d’émotion

           Nous sommes en voiture avec ma petite-fille Nina (quinze ans) quand je dis à Sylvain : 

         — Il faudrait peut-être qu’on se marie, qu’en penses-tu ?  Ce serait plus simple pour les impôts.

         — J’attends que tu me fasses ta déclaration, répond-il en riant.

          Alors moi, jouant le jeu :

         — Cher Sylvain, j’ai l’honneur de te demander ta main.

          On se marre, puis on passe à autre chose lorsque soudain, un léger reniflement attire mon attention. Je me retourne ; Nina se tamponne le nez avec un Kleenex.

           — Ben quoi ? répond-elle à ma question muette. Je viens d’assister à la demande en mariage de ma grand-mère, et tu t’étonnes de me voir pleurer ?

             Ce n’est pas une blague, elle a vraiment la larme à l’œil. 

 

 

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 08:23

Episode 83

          Résumé des chapitres précédents : Ça va mal pour Zoé. Branquenstein la tient en joue, au bout de son flingue. Va-t-elle subir le même sort que feue Dora Drelin ?

 

         — Allez-y, assassin ! frima Zoé d’un air mauvais. Tirez donc ! Epinglez-moi à votre tableau de chasse !

         Derrière ses grosses lunettes de myope, le docteur Branquenstein ouvrit des yeux ronds.

         — Mais... pourquoi dites-vous ça ? J’ai jamais tué personne, moi !

         — Ben voyons... Et Dora Drelin, alors ? Ce n’est pas vous qui l’avez découpée en morceaux, peut-être ?

         — Jamais de la vie ! Vous vous méprenez tragiquement, mademoiselle. Je suis résurrectologue, moi, pas l’inverse.

         — C’est-à-dire ?

         — Que je tente de faire revivre ceux que les autres ont tués.

         Il avait l’air sincère. Voyant s’effondrer toute sa belle théorie, Zoé fondit en larmes.

         — Ce sont vos nerfs qui lâchent, diagnostiqua le toubib, en déposant son revolver sur le bureau. Asseyez-vous, je vais vous préparer un petit remontant.

         D’une armoire vitrée, il sortit une fiole et deux verres qu’il emplit d’un liquide ambré.

         — Qu’est-ce que c’est ? se méfia Zoé comme il lui tendait le sien.

         — Rien qu’un honnête whisky, rassurez-vous. Je n’ai pas pour habitude d’empoisonner mes visiteuses.

         Avec un reste de méfiance, notre héroïne flaira la boisson, y trempa les lèvres.... puis se l’envoya d’une traite.

         — Holà, c’est du bon !

         — De l’Irlandais, quinze ans d’âge.

         — Puis-je en ravoir un peu ? Ça m’a remise d’aplomb.

         Avec un bon sourire, le docteur Branquenstein lui resservit une rasade.

         — Et à présent, causons, proposa-t-il.

                                                                                                                                   (A suivre)

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 09:36

La voyageuse (bis)

         Encore une histoire de train. Cette fois-là, j’étais seule. À côté de moi, une petite vieille.

         Arrive le contrôleur. La petite vieille plonge dans son sac et en sort une liasse de titres de transport qu’elle commence à consulter un à un.

         — Mon billet est là-dedans, dit-elle sans s’énerver.

         Et comme le contrôleur piétine :

         — Ne vous inquiétez pas, je vais le trouver, assure-t-elle.

         Je lui propose de l’aider ; elle refuse d’un sourire et poursuit sans moufter ses investigations. Pas besoin d’être devin pour comprendre qu’elle cherche à gagner du temps... 

         Prise de pitié, je m’apprête à intercéder pour elle — voire à payer sa place — quand, à mon grand étonnement, elle tend un billet à l’employé, en précisant :

         — Vous savez, je suis toujours en règle !

         Puis, une fois poinçonné, elle le refourre dans la pile.

       — Vous devriez jeter vos billets périmés, lui suggérai-je. Ça vous éviterait ce genre de mésaventure.

         Elle me décoche un regard malicieux. 

         — Jamais de la vie ! Voyez-vous, c’est mon jeu. J’adore mettre les contrôleurs dans l’embarras, leur faire croire que je suis une resquilleuse, et au dernier moment, leur prouver qu’ils ont tort. Vous ne trouvez pas ça drôle ? 

         En riant, elle referme son sac. Et je me sens ridicule, avec ma bonne conscience. 


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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 19:10

... dégotée par Jean-Marie David sur le net. Merci, Jean-Marie !

http://h-u-g-o-l-i-n.pagesperso-orange.fr/PDF/LA_PETITE_FILLE_QUI_MORDAIT_SES_POUPEES.pdf


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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 07:52

Episode 82

          Résumé des chapitres précédents : En suivant l’homme à la bite verdâtre, Zoé a-t-elle découvert le repaire de l’assassin de Dora Drelin, la diva découpée en morceaux ?

        

         Zoé attendit que les deux hommes soient endormis avant de s’éclipser sur la pointe des pieds. Son but : explorer la maison de fond en comble. Pour y trouver quoi ? Des preuve de la culpabilité de Branquenstein, pardi ! Car si son intuition était exacte, cette découverte allait faire un sacré raffût à la PJ, où l’enquête piétinait depuis des années...

         A pas de loup, elle traversa la salle à manger et la cuisine — dans lesquelles elle fureta vaguement, sans rien y repérer de suspect  — puis gagna le sous-sol par un escalier dérobé.

         — Brrr, qu’est-ce qu’il fait noir !

         À tâton, elle chercha le commutateur.

         — Ah !

         La lumière jaillit, si éblouissante que Zoé ferma les yeux. Quand elle les rouvrit, ce fut pour constater qu’elle se trouvait dans un laboratoire, flanqué d’une salle d’opération à l’équipement ultra-moderne. Les murs et le sol, carrelés de blanc, la firent frissonner. Elle les imaginait éclaboussés de sang...

         La nausée, à nouveau, lui comprima la glotte.

           Du calme, se morigéna-t-elle. Au lieu de te projeter des films gores, tu ferais mieux de chercher des indices !

         Prenant son courage à deux mains, elle entreprit de fouiner parmi les cornues, alambics, instruments chromés, microscopes, tubes à essai, réserves de pansements et de médicaments qui encombraient la pièce... En vain. Il n’y avait rien ici qui évoquât de près ou de loin une quelconque activité criminelle. La femme de ménage était passée par là.

         — Dans ce bureau, peut-être ?

         Notre héroïne inspectait les tiroirs quand une voix grinçante s’éleva derrière elle :

         — Ne vous gênez pas, surtout !

         Elle se retourna d’un bloc. Branquenstein, en liquette et le flingue à la main, se tenait debout dans l’embrasure de la porte.

                                                                                                                                (A suivre)

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 07:54

La voyageuse

         Il m’arrivait souvent, quand Mélanie avait trois ou quatre ans, de l’emmener avec moi visiter mes parents, en Belgique. Nous prenions le train à la gare du Nord, pour quelque six heures de trajet. Par respect pour les autres voyageurs — car les babillages des tout-petits gênent certaines personnes —,  nous cherchions toujours un compartiment vide ou peu occupé. 

          Dans celui que nous choisissons, ce jour-là, il n’y a qu’une jeune femme qui lit le journal. Je la salue sans la voir, m’assieds en face d’elle, installe ma fille avec sa réserve de bonbons et ses crayons de couleur, puis le train démarre. Un moment plus tard, notre compagne de voyage, ayant terminé sa lecture, abaisse son journal, et là... là...

         Le choc. Elle est défigurée au dernier degré. Pas de nez, pas de lèvres, un œil sans paupière, l’autre aux trois-quarts fermé ; une vision de cauchemar.

        Tandis que je m’efforce de garder mon sang-froid, des pensées se bousculent dans ma tête : « Au secours, je ne peux pas faire six cents kilomètres dans ces conditions », «  Mais je ne peux pas non plus me lever et partir, ce serait ignoble », et surtout : « Comment va réagir Mélanie ? ». Je la regarde en douce ; absorbée par son dessin, elle n’a rien remarqué. 

          — Euh... ma fille ne vous dérange pas ? demandai-je à la dame (dans l’espoir qu’elle me dise « si », pour que je m’éclipse sans scrupules).

           — Non, répond-elle aimablement. J’adore les enfants.

          Puisque la glace est rompue, nous commençons à discuter. Elle me parle de son accident, de ses opérations multiples ; c’est très intéressant. Et mes réticences fondent comme neige au soleil. Pire : en mon for intérieur, j’en ai honte. D’autant qu’elle est vraiment sympa.

           Mélanie, quant à elle, n’a fait aucune réflexion. Elle s’est comportée envers la voyageuse avec un naturel qui m’a bluffée. Elle lui a même offert un bonbon. Finalement, les enfants, c’est moins con qu’on ne le croit.

 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 08:12

Episode 80

         Résumé des chapitres précédents : L’homme a la bite verdâtre est, en réalité, un être hybride, formé d’un tas de petits bouts disparates. Le docteur Branquestein semble très épris de son bras droit, indéniablement féminin.

 

         Zoé ne pouvait détacher ses yeux de l’hallucinant spectacle. À l’évidence, un sentiment très fort unissait le médecin et sa créature. De quelle nature était-il ? C’est ce que notre héroïne aurait aimé savoir... Mais comment arracher leur secret à ces deux êtres étranges ?

         «  Ne plus les quitter d’une semelle » fut l’unique réponse qui lui vint. Dès lors, elle décida de hanter les lieux à leur insu.

         Ainsi débuta une filature qui devait durer toute la journée. Aussi discrète qu’une ombre, Zoé s’insinuait dans les replis des rideaux, s’accroupissait sous les tables, se tapissait derrière les meubles et les fauteuils, afin de jamais perdre les deux hommes de vue. Elle put donc suivre, minute après minute, heure après heure, leurs activités — fort banales, au demeurant : repas, infos télévisées, café, sieste, petite promenade dans le jardin, apéro, dîner au son d’une musique douce, le tout orchestré par les monologues insipides du médecin qui tenaient lieu de conversation...

         « Je plains les détective privés, se disait-elle, un peu déçue du résultat. On s’imagine toujours que leur job est palpitant, mais en réalité, c’est d’un ennui ! »

         Vint enfin le soir.

         — Si nous allions dormir ? proposa Branquenstein. Je tombe de sommeil.

         « Enfin, un peu d’animation », pensa Zoé.

         Profitant de la toilette de ses hôtes, elle se glissa dans leur chambre. Par chance, un placard à claire-voie faisait face au lit. Elle s’y tapit et, de ce poste d’observation privilégié, put les épier tandis qu’ils se couchaient.

         Première et indéniable constatation : le chirurgien et sa créature étaient amants. Mais de manière assez particulière, puisque seul le bras prénommé Dora semblait exciter la libido de Branquenstein. Pour le reste, il se comportait plutôt en père envers celui qu’il appelait « Chouchou », et ce dernier s’en contentait. Il lui laissait utiliser Dora avec indifférence, comme si ce membre était indépendant de sa personne. Et, tandis que son compagnon flirtait éhontément avec les doigts gracieux, il lisait ou comptait les mouches, au plafond. Jamais il ne manifesta un intérêt quelconque pour les ébats manuels auxquels il se prétait mais qui, visiblement, ne le concernaient pas. 

         — Je t’aime, je t’aime... ânonnait le toubib dans le feu de la passion. Serre mieux les doigts, s’il te plaît... oui, comme ça... Accélère le mouvement... Non, là, tu me fais mal ; plus souple le poignet !

          Bien que ce spectacle, de par sa maladresse, éprouvât les nerfs d’une trayeuse professionnelle, Zoé ne broncha pas. L’heure n’était point aux jugements de valeur mais à l’observation. Et celle-ci, toute laborieuse qu’elle fût, s’avérait bougrement instructive...

                                                                                                                                       (A suivre)

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 07:15

http://fr.wikipedia.org/wiki/Forêt_domaniale_de_Grésigne#Histoire

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