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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 07:06

Episode 72

         Résumé des chapitres précédents : Coup de théâtre : le pipi de bébé vient à bout de la pollution vivante. Enfin, Sire Concis l’affirme. Mais peut-on faire confiance à un dragon ?

         — Tu déconnes, répéta Zoé.

         — Non, non, je te jure : partout où la « pluie » les a atteints, les extraterrestres se sont dissous. Il ne reste d’eux que des flaques noirâtres, sans aucun signe de vie. Et les rescapés se carapatent avec des glapissements de chiens battus...         

         Un double regard incrédule accueillit l’invraisemblable histoire.

         — Tu... tu es sûr ? bredouilla Ruth.

         — Qu’est-ce que t’as fumé ? ajouta Zoé.

         Une telle incrédulité de la part de ses partenaires, c’était plutôt vexant pour le dragon. 

         — Grimpez sur mon dos, siffla-t-il.

         Nos deux héroïnes ne se firent pas prier, si bien que l’instant d’après, elles sillonnaient le firmament.

         — Là ! dit Sire Concis, en leur indiquant une route couverte de goudron fondu. Et là, ajouta-t-il.

         Il pointait le doigt vers une autre portion de la même route, où ce goudron était agité de spasmes pathétiques, puis, plus loin encore, se sauvait à toutes jambes. En terrain sec, je précise.

         — Nom d’un chien ! s’exclama Zoé.

         — Bigre de bougre ! fit Ruth en écho.

         — Vous me croyez, maintenant ? grinça Sire Concis.

         Et d’une voix forte, il ajouta, en direction du ciel :

         — A mon commandement... virez les couche !

         Aussitôt, l’on vit descendre des nuages, telle une neige gigantesque, des centaines de couches géantes qui s’abattirent mollement sur le paysage. Un suffocant halo d’ammoniaque s’en échappait.

         — Oh, la vaaache ! s’étrangla Zoé, tandis que ses compagnon toussaient à fendre l’âme.

         En dépit de ce léger inconvénient, le dragon prit la tête de ses troupes et, parvenu en vue de la partie vivante de la route goudronnée :

         — Un... deux... trois... Pissez ! ordonna-t-il.  

                                                                                                                             (A suivre)

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 07:49

Baptême

          A Aubervilliers, toujours. Le théâtre municipal programme Raymond Devos. Nous ne pouvons pas rater ça ! Bien que dans la dèche, nous raclons les fonds de poche pour acheter deux billets. Puis, le soir venu, laissant nos gamins sous la surveillance d’une voisine, nous nous éclipsons dare-dare. Il faut arriver tôt pour avoir de bonnes places.

         Première constatation : une demi-heure avant le lever de rideau, la salle est déjà comble.

         Deuxième constatation : le premier rang est vide. Serait-il par hasard réservé aux notables ?

         Qu’à cela ne tienne, si on se fait virer, on avisera. Avec tout de même une légère appréhension, nous nous glissons jusqu’à ces sièges privilégiés, littéralement collés au devant de la scène. D’ici, nous aurons une vue imprenable sur le spectacle.

         Ça, pour être imprenable, elle est imprenable, cette vue ! Et humide aussi. Car Raymond Devos parle fort et, de ce fait, postillonne beaucoup. Or, nous sommes aux premières loges... 

         Soyons honnêtes : ça n’a pas vraiment gâché notre plaisir. Mais un petit peu quand même. De sorte qu’à l’entracte, nous nous sommes réfugiés tout au fond de la salle, sur des strapontins séparés. Sous le regard ironique — est-il utile de le préciser ? — des autres spectateurs qui, prévoyant la douche, s’étaient mis à l’abri.

         Du coup, on n’a pas vu grand chose de la seconde partie, mais au moins, on était au sec ! 

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 06:53

Episode 71

          Résumé des chapitres précédents : Ce que Ruth et Zoé on pris pour une pluie diluvienne n’était, en réalité, que le petit pipi de Cédric. Le pauvre enfant avait perdu sa couche...

 

         — Il est temps de rentrer, décréta Sire Concis. Les gosses sont fatigués. On les change vite fait, et hop, à la sieste !

         C’était, effectivement, le langage de la sagesse.

         — Et en attendant, la pollution vivante court toujours, déplora Zoé.

         — Détruisant tout sur son passage, enchaina Ruth. Mais qu’y pouvons-nous ?  Ces foutus extraterrestres résistent même à l’armement lourd...

         — Il faut nous rendre à l’évidence, soupira Sire Concis : nous avons échoué dans notre mission.

         Tout en parlant, il avait pris de la hauteur, de sorte que ses compagnes durent mettre les mains en visière pour le suivre des yeux.

         — Où est-il passé ? grogna Zoé. Je ne le vois plus.

         — Il vient de se percher sur le clocher de l’église, dit Ruth. Il regarde en bas... Mais... mais... que fait-il ? Il pique vers le sol... rase les toits... tournoie au-dessus des rues avec de grands gestes... Et le voilà qui revient à toute vitesse... Qu’a-t-il vu ?

         Le dragon était, à l’évidence, très excité.

         — Les êtres de mazout ! criait-il, hors d’haleine. Les êtres de mazout !

         — Oui, eh bien ?

         — Ils... ils...

         Une quinte de toux l’interrompit.

         — Ils... quoi ? interrogèrent Ruth et Zoé en chœur.

         — Ils sont en train de crever !

         — Tu déconnes ?

         — Du tout, nous avons trouvé l’arme absolue — enfin, Cédric l’a trouvée...

         — Et c’est... ?

         — Le pipi de bébé !

                                                                                                               (A suivre)

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 19:55

Une de mes nouvelles à lire à cette adresse : http://www.noosfere.com/autres-mondes/concours-2001/journal_d_un_clone.htm

Outre sa publication initiale chez Mango, dans "Les visages de l'humain, cette nouvelle (lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire) est également parue dans mon recueil "Le chant des lunes", aux éditions Thierry-Magnier. 

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27 septembre 2012 4 27 /09 /septembre /2012 05:41

La mécréante

         J’ai eu très longtemps une peur bleue de la mort. Enfin, pas de la mort en elle-même, mais de ce qui lui succède, et principalement le tribunal divin. Je l’imaginais, comme sur le plafond de la chapelle Sixtine, trônant, vertigineux, au milieu des nuages. Dieu le père et Jésus Christ flanqués de leur colombe, la Vierge, les bienheureux, les saintes, les martyrs — bref, tout l’aréopage céleste au grand complet — toisaient avec sévérité chaque nouveau décédé. D’une voix de stentor, l’ange chargé des dossiers énumérait ses fautes. Puis le juge suprême l’expédiait en enfer ou, dans le meilleur des cas, au purgatoire. (Jamais au ciel, bien sûr, puisque, selon l’adage : « Le juste pèche vingt fois l’heure ».)

         Cette vision onirique m’horrifiait, surtout quand je me tripotais. Car mes scélératesses nocturnes étaient, à l’évidence,  consignées dans le Grand Registre, et l’ange-greffier me les ressortirait en temps utile, devant tout le monde y compris mes ancêtres. Je n’aurais su dire, de l’humiliation publique ou de son inéluctable punition, ce que je redoutais le plus. Les deux se confondaient en une même épouvante...

         Je devais avoir onze ou douze ans lorsqu’une petite voisine, dont les parents étaient athées, m’affirma que « ces bondieuseries, c’était rien que des bobards de curetons ». Ses propos me choquèrent, que dis-je ? m’indignèrent. Cependant, malgré moi, j’en fus ébranlée.

         Au fil des années, mes lectures parachevèrent le travail, si bien qu’ayant perdu la foi, je pus enfin me tripoter en toute quiétude. Ce qui me donna — cela va de soi — un avant-goût du paradis !

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 07:46

Episode 70

         Résumé des chapitres précédents : Où est passé Cédric ? Ses parents, affolés, le cherchent dans les rangs des bébés combattants.

 

         À cet instant précis, il se mit à pleuvoir. Pas une petite ondée, hein ! Pas quelques gouttes éparses comme il en tombe parfois les jours d’été, et qui rafraîchissent la nature. Non : une averse drue, terriblement brutale ; un véritable déluge...

         — Vite ! cria Zoé. Mettons-nous à l’abri !

         Elle entraîna Ruth dans l’entrée du bunker, où elles restèrent toutes deux, blotties l’une contre l’autre, à regarder les trombes d’eau d’une violence inouïe dégringoler du firmament.

         — Punaise, ça shlingue en plus ! remarqua Zoé en fronçant le nez.

         Une fade odeur, vaguement écœurante, montait en effet du sol détrempé. Mais Ruth était loin de ces préoccupations olfactives.

         — Où est Sire Concis ? se demandait-elle, en scrutant le ciel — qui, étrangement, était bleu.

         — Toujours à la recherche de votre fils, je suppose.

         Bien que logique, cette constatation ne rassura pas la fermière aux gros seins. Mettez-vous à sa place : les deux êtres chers à son cœur avaient disparu dans la tourmente...

         Par chance, la pluie s’arrêta aussi subitement qu’elle avait commencé. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, une voix joyeuse emplit le ciel :

         — Youhou, les filles ! Je l’ai retrouvé !

         Sire Concis, tenant par la main Cédric tout nu, volait vers elles.

         — Le pauvre bambin avait perdu sa couche dans la bataille, expliqua-t-il, tandis que l’heureuse mère couvrait son fils de baisers. Il la cherchait...

         — Où est-elle tombée ?

         — Elle coiffe le centre-ville. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de la lui remettra avant... l’accident.

         — L’accident ?

         — Ben oui, la pissette, quoi ! Du coup, vous avez tout pris sur la tête !

         La chose avait l’air de l’amuser follement.

         — C’était donc ça, réalisa Ruth, avec un gloussement tendre. Tu as fait pipi sur manman, vilain choupinet...

         « Areuh », fut tout ce que le choupinet trouva à à répondre.

                                                                                                                           (A suivre)

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 06:45

Liberté surveillée

         Aubervilliers, 1971. Avec Olivier, âgé de trois ans, nous avions mis au point un jeu très amusant : je m’asseyais sur un banc, dans le square, et il faisait tout seul le tour du « bois » (un massif de quelque vingt mètres carrés auquel le banc était adossé). Cette formidable aventure lui prenait au moins cinq minutes, car il n’allait pas vite sur ses petites jambes, et se soldait par des éclats de rire lorsqu’il surgissait de l’autre côté.

         Moi, pendant son périple, j’avais le temps de lire une demi page.

         Or, un jour, ma page se termine sans qu’Olivier réapparaisse. Je m’étonne, je l’appelle ; pas de réponse. Je pars à sa recherche ; personne sur le parcours. Affolée, j’interroge les passants.

         — Un petit garçon avec un pull rouge ? demande quelqu’un.

         — Oui, vous l’avez vu ?

         — Une dame l’a emmené.

         Je m’étrangle :

         — Où ça ?

         — Chez les flics, je pense. Elle a cru qu’il était perdu.

         Le commissariat est à cent mètres. Hors d’haleine, j’y retrouve Olivier qu’on entend beugler jusque dans la rue. La police m’accueille avec suspicion, en dépit de mon évident soulagement. Voilà la mauvaise mère ! L’abandonneuse d’enfant !

         Je n’ai pu récupérer mon fils qu’après trois quarts d’heure d’interrogatoire et une déposition circonstanciée. La nuit suivante, il a fait des cauchemars. Moi aussi. La dame, en revanche, a sûrement dormi sur ses deux oreilles, avec la bonne conscience du devoir accompli !         

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 06:55

Episode 69

          Résumé des chapitres précédents : Que se passe-t-il donc, dans la station balnéaire dévastée par les missiles ? La nappe de mazout qui recouvrait les ruines vient de frémir inexplicablement...

         — Les... les envahisseurs ne sont pas morts ? bégaya Ruth Prout, les yeux écarquillés d’horreur.

         Hélas, non. Les êtres de mazout, sortant de leur torpeur, se reconstitutaient peu à peu. Bientôt, dans les rues labourées par l’attaque aérienne, ne restèrent plus que des décombres — mais des décombres propres. La pollution vivante s’était remise debout, et marchait lentement vers la ville voisine.

         — Rien ne les arrêtera plus, à présent, dit Sire Concis, résumant la pensée générale.

         — La terre est perdue, souffla Ruth, effondrée.

         — Que le ciel ait pitié de nous, émit Zoé, dont l’éducation religieuse reprenait le dessus, à la faveur des événements.

         Les bébés, pour leur part, étaient bien fatigués. Ça commençait à pleurnicher, dans l’armée de l'air.

         — Mama..., geignaient les uns.

         — Dodo..., gémissaient les autres, en se frottant les paupières.

         — Il faut les ramener, ils sont à bout de forces, dit Sire Concis.

         — Ils ont fait ce qu’ils pouvaient, pauvres bichons..., s’attendrit Zoé.

         — Où est Cédric ? s’enquit Ruth qui, depuis un moment, cherchait son fils du regard.

         Ses deux compagnons en firent autant.

         — Cédriiic ! cria Zoé.

         — CÉDRIIIC ! hurla Sire Concis.

         En vain. Le « petit » Cédric avait disparu.

                                                                                                                        (A suivre)

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 03:50

Les boules

         A la fin des années 80, une amie d’amis me téléphone. Elle vient de terminer un livre et cherche des tuyaux pour le faire éditer. Depuis que je publie, ces sollicitations sont quasi-quotidiennes. C’est fou, quand on y pense, le nombre de gens qui écrivent !

         On se retrouve au café d’en bas. Lucy est instit de maternelle depuis plus de vingt ans et, tout au long de sa carrière, a pris des notes. En résultent une centaine de courtes anecdotes, pétillantes et finement observées. Forte de ma propre expérience, je me dis en moi-même : « Personne n’en voudra, de son truc ; c’est trop particulier, y a pas de collections pour ». Mais bon, inutile de la décourager, d’autant qu’elle m’est très sympathique. Avec une légère condescendance, je sors mon carnet d’adresses et lui donne les coordonnées d’une demi-douzaine de maisons d’édition. Puis, hypocritement, je lui souhaite bonne chance.

         Trois semaine plus tard, elle me rappelle. Son manuscrit a été retenu par le premier éditeur de ma liste, qui veut le sortir pour la rentrée (nous sommes début juin). J’en reste sur le cul, moi qui patiente au minimum six mois avant d’être lue, et un an, voire deux, avant publication...

         Le bouquin paraît — un beau grand format, remarquablement mis en place — et bleum ! une invitation à Apostrophe. Lucy boit du petit lait : trente mille de ventes, direct,  et assez de droits d’auteur pour acheter son studio.

         C’est ce qu’on appelle toucher le jackpot.

         Allez, honnêtement, comment auriez-vous réagi à ma place ?

         Ben oui, j’ai eu les boules...


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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 07:53

Episode 68

         Résumé des chapitres précédents : Le combat a pris fin. Sortant de leur retraite, nos trois héros s’envolent au-dessus du champ de bataille pour rejoindre les bébés dans l’azur infini.

 

         Les combattants géants, débarrassés de leurs missiles, virevoltaient gaiement dans les nuages.

         — Bravo, les loupiots ! leur cria Sire Concis. Vous avez été magnifiques !

         — Mission accomplie avec brio, ajouta Zoé, les mains en porte-voix.

         Aussitôt, la horde ailée rappliqua dans un grand battement d’ailes et de gazouillis heureux.

         En bas, les fumées se dissipaient peu à peu, révélant un paysage dévasté. Le sol n’était plus, à perte de vue, qu’un conglomérat de goudron inerte. De la riante station balnéaire ne restait qu’un désert noir hérissé de ruines, sans la moindre trace de vie, bordé par une mer couleur de plomb.

         — La terre est sauvée, énonça Ruth Prout d’une voix émue. Nous pouvons rentrer à Maldonjon.

         Des vagissements de joie accueillirent sa proposition. A l’évidence, les bébés étaient fatigués. Certains d’entre eux bâillaient à s’en décrocher les mâchoires, d’autres dodelinaient de la tête.

         — Un bon gros dodo, puis on les rend à leurs parents, dit Zoé, pas mécontente d’être débarrassée de la corvée couche-biberon-berceuse.

         — Et nous, on en fabrique un second, hein, mon chéri ! roucoula Ruth, en caressant l’encolure de son mari.

         — En avant la troupe ! lança ce dernier. Tous en file indienne derrière moi, et à mon commandement...

         L’ordre s’éteignit brusquement sur ses lèvres.

         — Mon Dieu ! souffla-t-il.

         Un remous agitait la nappe de mazouth qui recouvrait Slip-les-bains.

                                                                                                                         (A suivre)

 

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