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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 07:52

Le locataire

Un matin, tante Ida déboule, hors d’elle, à la maison.

   — Vous ne connaissez pas la dernière ? Le magasin en-dessous de chez moi vient d’être loué par...

Elle prend une large inspiration, puis lâche, dans un souffle :

 —... une tapette !

 C’est la première fois que j’entends ce mot.

  — Une quoi ?

 — Un homme efféminé, traduit sèchement papa. Et que vend-il ? 

 Ma tante confesse son ignorance. Obnubilée par l’indignation, elle n’a pas pensé à s’en informer.

 — Quelle honte, conclut-elle. Un dépravé pareil, à quelques mètres de l’église...

 Intriguée par ces simagrées, je m’empresse d’aller voir le dépravé en question, dont la boutique se trouve sur le chemin de l’école. Et je tombe sur un monsieur charmant, d’une quarantaine d’années, en train d’installer des aquariums.

M’apercevant plantée devant sa vitrine, il me lance :

— Tu aimes les animaux ?

 J’acquiesce avec enthousiasme. Alors, il m’invite à visiter son fond de commerce, essentiellement constitué de reptiles : lézards, tortues, caméléons, couleuvres... et même un bébé crocodile, qui m’arrache des gloussements attendris.

 — On peut les acheter ?

 — Bien sûr, ainsi que des poissons rouges, des plantes aquatiques, et tout ce qui concerne l’aquariophilie.

 Je suis enchantée : ce magasin donne à ma rue un attrait nouveau. Ma tante, en revanche, déclenche un urticaire géant.

 — Elle a une peur panique des bêtes à sang froid, m’explique maman. Ça lui provoque de l’allergie.

 — Il faut avertir le propriétaire, dit papa. Qu’il vire cet olibrius et sa ménagerie !

 Le propriétaire, contacté, refuse tout net, de sorte que, quinze jours plus tard, tante Ida déménage. Je me suis toujours demandé — et je me demande encore — si c’est la phobie des reptiles qui l’a fait fuir, ou celle des mœurs de leur éleveur. A la réflexion, j’opterais plutôt pour la seconde solution. On ne badinait pas avec la morale, en 1955, dans ma famille !

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 11:58

Notre amie La  Zèbre a encore sévi ! Cette fois, c'est du chapitre 20 qu'elle s'est emparée... Attention les yeux !

Pour ceux qui aimeraient en savoir plus sur cette jeune dessinatrice, on peut la trouver à cette adresse : http://scribouille.illustrateur.org/.

 

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 07:01

 Episode 54

          Résumé des chapitres précédents : Quels sont ces créatures, sorties tout droit d’un film d’horreur, qui surgissent de la mer et marchent à pas lents vers la côte, chassant les habitants à l’intérieur des terres ?

 

         — Qu’est-ce que... ? commença Zoé, sidérée.

         Ruth Prout lui décocha un regard perçant.

         — Tu le demandes ?

         Sa voix était empreinte d’une sourde accusation.

         — Tu ne penses quand même pas que... ? souffla Zoé.

         — Aurais-tu l’amabilité de terminer tes phrases ? lui lança Sire Concis en bâillant. Parce que moi, les devinettes au réveil...

         Sans tenir compte de sa remarque, Ruth enchaîna :

         — ... que ces créatures sont les descendants de mon défunt mari ? Si, bien sûr.

         — Enfin, c’est impossible : Aladdin vient tout juste de féconder les sirènes !

         — Le temps de gestation est de quelques heures, chez les extraterrestres.

         —Tu déconnes ! Aurore a mis plusieurs semaines, avant d’accoucher, et...

         — Parce qu’elle était humaine, et que sa morphologie ralentissant le processus. Mais chez les poissonnes, c’est nettement plus bref. Alors, imagine, au bout de trois générations ! En revanche... 

         Ruth se mordilla les lèvres avec perplexité.

         — ... je ne comprends pas pourquoi ces rejetons sont si grands.

         — Le mazout a peut-être agi comme un engrais ? suggéra Sire Concis. 

         — Possible. Probable même. Au lieu de les tuer, la marée noire en a fait des mutants.

         Zoé, en proie à une putain de crise culpabilité, baissa la tête.

         — En gros, c’est ma faute...

         — L’heure n’est pas aux regrets mais à l’action, l’interrompit doctement Sire Concis. Je dirais même plus : à la guerre !

         —La guerre ? bondit Ruth. Tu veux attaquer ces monstres ? Et avec quelle arme, je te prie ?

         — J’ai ma petite idée...                                                                                                                                                                                                                                                                                        (A suivre)

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 07:55

Des chiffres et des lettres (suite)

         Dix ans plus tard, Jacques Chambon quitte Denoël pour Flammarion, en m’emmenant dans ses bagages. Il crée, chez ce nouvel éditeur, la très belle collection « Imagine » dans laquelle paraîtront successivement « Petit Théâtre de brouillard » et « La Mort aux yeux de porcelaine ». C’est ce dernier ouvrage qui donnera lieu à une volte-face pour le moins cocasse.

         — Ça t’ennuierait beaucoup de le signer Gudule ? me demande Jacques, à brûle-pourpoint.

         Croyant avoir mal compris, je lui fais répéter.

         — J’ai discuté avec la direction, m’explique-t-il. Dans la mesure où Gudule est plus connue qu’Anne Duguël, Flammarion préfère t’éditer sous ce nom-là. Question de marketing, tu comprends ?

         Pas contrariante, je « suicide » Anne Duguël — avec, il faut bien le dire, une certaine volupté —, et poursuis désormais ma carrière sous une identité unique.

          Jusqu’à l’année dernière.

         À la sortie du « Petit Jardin des fées », pour être précise. Où Anne Duguël reprend brusquement du service.

         Et pourquoi donc ?

         Un truc tout con : lorsqu’une étiquette vous colle à la peau, impossible de s’en débarrasser. Aux yeux des lecteurs comme à ceux des libraires, Gudule écrit pour les enfants, point barre. Du coup, mes livres pour adultes se retrouvent d’office dans les rayons jeunesse, et loupent leur public (quand ils ne causent pas de scandale)...

         Pas simple d’être plusieurs personnes à la fois, croyez-moi.  Je plains sincèrement les schizophrènes !

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 06:58

 

Episode 53

          Résumé des chapitres précedents : Zoé vient d’avouer à ses amis qu’elle était responsable de la marée noire. Pour fêter la chose, Ruth Prout leur propose un bon bol de soupe.

 

         Au mot « soupe », une beuglement colossal fit trembler les murs.

         — Voyons, mon trésor, protesta Ruth Prout.

         —  Il faut se rendre à l’évidence, remarqua Sire Concis en se bouchant les oreilles. Cédric déteste la soupe.

­         — Bah, ça nous en fera plus, dit Zoé.

         — C’est bien ce qui me chagrine...

         En dépit du regard assassin Ruth, ils gagnèrent la salle à manger à la queue leu leu, tandis que le bébé géant voletait autour du château.

         En fait, la soupe était mangeable. Des légumes mixés avec de l’eau et du sel, même préparés à la mords-moi le nœud, ne peuvent pas être réellement mauvais.

         Quand, durant le repas, Cédric, curieux, colla son œil à la fenêtre du salon, Zoé ne put s’empêcher d’évoquer King Kong. La comparaison divertit ses hôtes.

         Bref, la soirée fut très gaie.

         Le réveil, moins.

         Car les infos télévisées montraient, à demi-immergés dans une mer visqueuse et noire, des sortes de géants couverts de mazout dont on ne distinguait ni les traits, ni la forme. Ces êtres dignes des meilleurs effets spéciaux de films d’horreur se dirigeaient à pas lents vers les côtes, au grand effroi de la population qui refluait en désordre vers le centre du pays. Cet exode massif donnait lieu à de gigantesques embouteillages, les transports en commun étaient pris d’assaut, et toutes les stations balnéaires, vidées de leurs habitants, semblaient des villes fantômes...

                                                                                                                                        (A suivre)

 

 

 

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 07:32

Des chiffres et des lettres

  En 1989, je rentre en force chez Denoël : trois livres coup sur coup. « Et Rose elle a vécu », d’abord, puis, l’année suivante, « Amazonie-sur-Seine » et « Le Corridor » — chacun sous un nom différent.

         Quelle étrange lubie, me direz-vous. Ne serait-ce pas une forme de sabordage ? Sans aucun doute, mais je n’y suis pour rien. C’est le résultat d’un malencontreux concours de circonstances, doublé de mon incapacité à taper du poing sur la table...

         Après la parution de mon premier roman, signé Gudule, Jacques Chambon, directeur de la collection « Présence du fantastique » me fait la morale. Ce pseudo ridicule risque de nuire à ma carrière, affirme-t-il. Si je veux que « Le Corridor » ait un minimum de succès, il lui faut un vrai nom d’auteur. Après moult discussions, nous optons pour Anne Duguël, qui, tout en étant un anagramme de Gudule, a un petit côté celte bien adapté au fantastique.

          Cette décision prise, reste à savoir comment je dois signer « Amazonie-sur-Seine ». L’éditrice de littérature générale  fait chorus avec Jacques, les représentants également.  Devant le nombre, je m’incline. Exit Gudule, je serai désormais Anne Duguël à temps plein— dans mes livres pour adultes, du moins.

         Et c’est là que les choses se corsent. Amazonie sort sous le nom de... Anne Guduel.

         D’où est venue l’erreur ? D’une incompréhension (voire d’un désaccord) entre les deux directeurs de collection ? D’une interprétation erronée de l’éditrice ? De l’incompétence du maquettiste ? Je ne le saurai jamais, tout le monde se rejette la faute.

         Hors de moi, je proteste : on ne peut pas laisser ça comme ça, il faut refaire la couverture ! Par la voie hiérarchique, mes desiderata remontent jusqu’au PDG qui refuse tout net. Ça coûterait trop cher. Pas question qu’on pilonne trois mille exemplaires  pour les beaux yeux d’une inconnue ; les livres seront vendus tels quel, un point c’est tout.

         — Si vous le souhaitez, il est encore temps de mettre le même nom sur le « Corridor » qui vient de partir à l’imprimerie, concède-t-il cependant. Duguël ou Guduel, qu’est-ce que ça change pour vous ? De toute façon, c’est un pseudo...

         Perso, je n’ai rien contre, mais Jacques Chambon s’y oppose formellement. Il ne veut pas sacrifier son joli nom celtique à une stupide coquille. Les deux ouvrages sortent donc à un mois d’intervalle, l’un signé Anne Guduel et l’autre Anne Duguël.

         Pour rattraper le coup (et ne pas avoir l’air trop tarte), j’ai prétendu aux journalistes que c’était un choix délibéré.

         — J’adore brouiller les pistes... D’ailleurs, je vous préviens : mon prochain roman sera signé Anne Luduge !

         Ça les a fait marrer mais n’a pas empêché « Amazonie-sur-Seine » de se rétamer la gueule. Les libraires, ne le trouvant ni à « Gudule » ni à « Duguël » dans leurs listings informatiques, affirmèrent aux clients venus le commander qu’il était épuisé...

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 11:15

"Les petits souliers de nulle part, et autres contes d'Afrique", superbement illustré par Simon Moreau, sort cette semaine aux éditions Grenouille. Un peu de rêve exotique pour les 7-12 ans, et pour les parents amateurs de beaux livres.

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 07:20

      Épisode 52

  Résumé des chapitres précédents : Cédric, le fils de Ruth Prout et de Sire Concis, mesure au moins dix mètres de haut. Que ceux qui ne seraient pas traumatisés par cette vision lèvent le doigt !

 

         — Nom d’un chien, dit Zoé. Je comprends pourquoi les gens jasent, dans ton bled !

         — Ah, ça, dès que tu n’as pas le physique réglementaire, répondit Sire Concis, mi-figue mi-raisin. J’en sais quelque chose !

         L’irruption de Ruth Prout mit fin au dialogue.

         — Oh, Zoé ! s’exclama-t-elle. Qu’est-ce qui nous vaut le plaisir ?

          Il y avait tant de candeur, dans sa question, tant de radieuse simplicité, que notre héroïne s’étonna :

         — T’as pas lu les journaux ?

         — Si c’est à la marée noire que tu fais allusion, nous sommes au courant, hein, mon chéri !

         L’interjection s’adressait au dragon qui opina du chef.

         — Difficile de ne pas l’être, tout le monde ne parle que de ça.

         — Vous ne vous êtes pas demandé ce qui l’avait provoquée ? insista finement Zoé.

         — La vétuseté du Dark Vomi, je suppose. Il y a belle lurette que Green Peace...

         — Ttttt, ttttt, ttttt.

         Le sourire de Zoé ne laissait pas place au doute.

         — Non ? firent Sire Concis et Ruth Prout d’une seule voix.

         Zoé hocha la tête.

         — Tu m’épateras toujours, s’écria le dragon, sincèrement bluffé.

         Et son épouse de proposer, dans la foulée :

         — Si nous allions manger un bol de soupe, pour fêter ça ?

                                                                                                                              (A suivre)


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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 03:13

Le nom des Jean

         J’apprends par la rumeur publique que Jean-Paul a quitté sa femme. Consternée, je téléphone à cette pauvre Mireille pour prendre de ses nouvelles. 

          — Je vais très très mal, me répond-elle, avant de décrire en long et en large ses symptômes dépressifs, bien légitimes compte tenu des  circonstance.

         Au terme des formules compassionnelles d’usage, je finis par demander :

         — Et avec ton mari, comment ça se passe ?

         — Jean-Pierre ? Oh, lui, tu le connais : il pète le feu ! D’ailleurs, faudra qu’on vous invite, un de ces quatre.

         Je bredouille une vague excuse avant de raccrocher, le cœur dans les talons. Bougre de foutue distraite : la femme de Jean-Paul, ce n’est pas Mireille, c’est Hélène...

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 07:13

 

Episode 51

  Résumé des chapitres précédents : Quel est l’être qui crie d’une si atroce manière dans les inquiétantes tours de Maldonjon ? 

 

         Au même moment, un dragon fendit le ciel d’un vol lourd.

         — Eeeh, Sire Concis ! le héla Zoé, en s’extirpant de sa cachette pour lui faire de grands signes.

         L’interpellé baissa la tête. 

         — Mais... ma parole, c’est Zoé !

         Il semblait ravi de la voir et, ayant atterri à ses côté, lui plaqua deux bisous sonores sur les joues. Au même moment, l’effroyable cri retentit à nouveau.

         — Ah, ces gosses ! soupira-t-il avec attendrissement.

         — C’est... c’est un gosse qui fait tout ce boucan ? bégaya Zoé, médusée.

         — Oui, mon fils Cédric. Il est très gentil, mais plutôt capricieux. En fait, il déteste la cuisine de sa mère...

         Baissant d’un ton :

         — Et, en confidence, moi aussi !

         D’un pas léger, il gagna la porte qu’il poussa en riant.

         — Chérie ! Je suis rentré !

         Le cri se mua en ânonnement :

         — Papa !

         Puis il y eut un bruit épouvantable, et le château parut sur le point de se disloquer.

         — Doucement, Cédric, dit Sire Concis.

         Apparut alors, dans l’embrasure de la porte (qui était monumentale, est-il besoin de le préciser ?) une énorme tête bavante et hilare.

         — Mais... mais..., bêla Zoé.

         Bien que Ruth l’eut prévenue que l’enfant était gros, cette vision lui fit quand même un choc. À côté de lui, son père — de belle taille pourtant ! —, avait presque l’air d’une figurine.

         Saisissant Sire Concis dans l’une de ses menottes, le monstrueux poupon le porta à sa bouche et le mâchouilla.

         — As-tu remarqué comme il est affectueux ? souffla Sire Concis, à demi noyé dans la bave.

         Zoé ne répondit pas. Elle songeait aux couches qu’il fallait changer six fois par jour. Et ça, franchement, ça la perturbait !                                                                                 

         (A suivre)

          

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