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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 07:05

Intuition

  L’un de mes premier romans s’intitulait « A la folie ». Il eut une curieuse destinée que j’ai racontée dans l’avant-propos de mon recueil « Les filles mortes se ramassent au scalpel », paru aux éditions Bragelonne. L’histoire était tragique, et, dans le chapitre où mon héroïne nageait en plein drame, j’avait écrit : « Elle s’affairait, rangeait, briquait, dépoussiérait avec une sorte de  frénésie têtue ; gestes éternels des femmes face au désespoir, à la maladie, à la mort... » L’éditeur de chez Gallimard, où mon livre devait sortir, biffa ce passage, l’estimant pompeux, désuet et antiféministe.

         Je le retirai donc.

         À regret.

         Et à tort.

         Trente ans plus tard, ayant moi-même vécu de douloureux événements, j’ai souvent repensé à cette phrase. Et je l’affirme haut et fort : elle n’était ni pompeuse, ni désuète, ni antiféministe, mais tout bêtement prémonitoire. 

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 06:50

Épisode 45

   Résumé des chapitres précédents : qui est donc cet étrange homme-grenouille qui copule avec les sirènes ?

 

         Nous retrouvons Zoé en pleine mer, escortée par une nuée de mouettes criardes.

         — Faut que je mette ces tordus hors d'état de nuire ! marmonnait-elle, tout en poussant le moteur à fond.

         Une chance, les « tordus » en question se trouvaient toujours au même endroit. Comme ils scrutaient obstinément la surface de l’eau — pour guetter le retour de leur homme-grenouille, supposa Zoé — notre héroïne put sans encombre contourner le yacht et monter à bord sans être aperçue. (Comme dans l’épisode 42, oui, exactement. Il n’y a aucune raison pour que je n’exploite pas deux fois la même idée, si cette idée est bonne. NDLA).

         — Attention, le premier qui moufte, je le transforme en légume ! annonça-t-elle, en surgissant du pont arrière.

         Elle s’était munie d’un fusil à seringue, utilisé contre les forcenés, qu’elle avait dérobé dans le service psychiatrique de l’hôpital.

         — Oh, non, pas elle, geignit Aurore d’une voix lasse.

         — Qu’est-ce que vous voulez encore ? soupira le Mollah Mou.

         — Juste savoir ce que vous manigancez. Votre copain, là, il leur fait quoi, aux sirènes ?

         Aurore leva les yeux au ciel.

         — Devine !

         — Ce n’est pas « notre copain », c'est l’Élu, rectifia le Mollah.

         — L’Élu ? Mais il n’a pas deux ans !

         — Voilà bien une réflexion d’humaine, remarqua aigrement Aurore.

         — Sachez, jeune-fille, reprit le Mollah à l’intention de Zoé, que sur le plan du développement, les extraterrestres sont très en avance sur nous. Un mois de leur vie équivaut environ à un an de la nôtre.

         — Aladdin est donc dans la force de l’âge, enchaîna Aurore. Il peut remplir son rôle de Grand Inséminateur.

         — Les enfants ainsi obtenus, ayant un quart de sang humain, un quart de sang poisson et deux quarts de sang extraterrestre, seront donc parfaitement amphibies. Dès lors, une fois sevrés, ils pourront quitter l’élément liquide pour conquérir la terre...

                                                                                                                                      (A suivre)

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 06:55

Le goût des autres

         Joumana, la cousine d’Alex, avait quelques années de moins que nous. C’était une belle Orientale aux cheveux sombres, aux yeux profonds et au profil de prêtresse antique. Comme elle devait passer quelques semaines à Paris pour son travail (ou ses études, je ne me souviens plus exactement), nous lui proposons de l’héberger. Notre F3 à Aubervilliers est assez vaste pour cinq, et les gamins l’adorent...

         Tout se passe pour le mieux, hormis une  chose, une seule : Joumana a la mauvaise habitude de boire à la bouteille. Les verres, c’est pas son truc. Que ce soit de l’eau, du lait ou du soda, elle tête le goulot sans se poser de question.

         Or, des questions, nous, on s’en pose. Et en particulier : comment expliquer à nos enfants que nous acceptons d’elle ce qu’on leur interdit, à eux ? Alex, un peu gêné, le dit à sa cousine, qui s’excuse... mais recommence aussi sec. Une deuxième remarque n’a pas plus de succès.

         — Désolée, se justifie-t-elle, je fais ça machinalement. Je ne m’en rends même pas compte !

         Sur ces entrefaites, ayant récupéré un petit guéridon ancien aux Emmaüs, je le décape et le teins au brou de noix —  que j’achète en poudre chez le droguiste du coin, dilue à l’eau, et conserve dans une vieille bouteille de Coca... Vous devinez la suite ? Le soir, en rentrant du travail, Joumana avise la bouteille, la chope au passage et, ni une ni deux, s’en envoie une bonne lampée.

         Avez-vous déjà goûté du brou de noix ? C’est sans aucun danger, mais d’une amertume positivement atroce.

         Nous avons beaucoup ri, Alex, les gosses et moi. Joumana, pas trop.

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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 06:35

  Épisode 44

  Résumé des chapitres précédents : Le sperme du Petit Prince a fécondé les poissonnes de la Mer de Nord, et créé des milliers de sirènes extraterrestres. C’est pas beau, ça ?

 

         Assommée par ce qu’elle venait d’apprendre, Zoé demeurait silencieuse, quand une exclamation la tira de sa léthargie.

         — Oh ! Regardez !

         Du doigt, Aurore désignait Ruth Prout qui venait d’émerger des vagues, et tentait en vain de grimper dans le canot. Elle semblait épuisée ; son corps n’était qu’une plaie. Autour d’elle, la mer était rouge...

         Cette vision rendit ses esprits à Zoé. Ni une ni deux, elle sauta par-dessus bord pour porter secours à sa partenaire. En quelques brasses, elle la rejoignit, et la hissa dans l’embarcation au moment précis où la jeune femme s’évanouissait.

         L’instant d’après, ayant remis le moteur en marche, elle filait vers le rivage.

         Le SAMU, alerté d’urgence, vint prendre livraison de la nageuse sanglante (et toujours dans les vapes) pour l’emmener au plus proche hôpital, où on ne lui fit pas moins de deux cents treize points de suture. Quand elle s’éveilla, quelques heures plus tard, Zoé était à son chevet.

         — Peux-tu parler ? lui demanda-t-elle avec douceur.

         — Je crois, répondit la blessée d’une voix faible.

         — Que s’est-il passé exactement ?

         Ruth ferma les yeux, comme pour échapper à une vision d’horreur. Ses lèvres tremblaient quand elle articula :

         — L’homme grenouille... il... il...

         Ses yeux se révulsèrent. L’air sifflait en pénétrant dans ses poumons. Elle claquait spasmodiquement des dents. D’une pression sur l’épaule, Zoé l’incita à poursuivre.

         — Il... ?

         — Il baisait les sirènes. Et lorsque j’ai voulu l’en empêcher, elles se sont toutes jetées sur moi, et m’ont attaquée à coups d’ongles et de dents. De vrais piranhas !

         Ce dernier mot s’acheva dans un sanglot. A l’évidence, se remémorer ces tragiques événements la transissait d’effroi.

         — Repose-toi, dit Zoé en se relevant. Je sais ce qu’il me reste à faire...

                                                                                                                                   (A suivre)

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 07:22

Clichés & syntaxe

  Une chose m’étonne depuis des années : le nombre de personne qui, en France, sont convaincues que « Gudule » est un nom masculin. Est-ce par analogie avec « Jules » ? Ou avec des mots tels que bidule, réticule, véhicule, testicule ? (En dépit du fait que molécule, tarentule, pendule, canicule soient, eux, bien féminins.)

         Bref, ce curieux préjugé, doublé d’une aberration linguistique, donna lieu à l’anecdote que voici :

         Il y a une vingtaine d’années, invitée à rencontrer les élèves de CM1 d’une petite ville de la Sarthe, je me pointe dans l’établissement susdit. La directrice vient m’accueillir, et, tout en me pilotant vers le CDI, m’annonce que les mouflets ont adoré « On a un monstre dans la classe ».

         — Ils sont très impatients de vous voir ! précise-t-elle. Depuis ce matin, on ne les tient plus !

         Une rumeur, difficilement contenue par une institutrice débordée, sort, en effet, de la bibliothèque. Mon arrivée y met brusquement fin.

         Trente paires d’yeux me suivent tandis que je m’installe au milieu du cercle et salue à la ronde avant de parler — puisque je suis là pour ça  — de la lecture, du métier d’auteur, de la chaîne du livre, etc...

         Une fois l’exposé terminé, je demande :

         — Avez-vous des questions à poser ?

         Silence consterné, puis un petit garçon lève timidement le doigt. 

         — Madame, c’est quand qu’il arrive, votre mari ?

         Devant mon air stupéfait, la maîtresse explique :

         — Nous attendions monsieur Gudule. D’ailleurs, les enfants vous ont dessiné(e).

         Et de me montrer, garnissant les murs, les portraits naïfs d’un grand gros barbu.

         — En confidence, je crois qu’ils sont un peu déçus que vous soyez une femme, ajoute-t-elle, avec un rire gêné. Depuis le début, je leur parle d’UN écrivain, vous comprenez ? Est-ce ma faute, à moi, si ce mot-là n’existe qu’au masculin ?

    

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 20:59

La Zèbre, fidèle lectrice des aventures de Zoé, a illustré le dixième épisode — celui où votre trayeuse favorite boit un coup avec Sire Concis. Je vous livre son œuvre toute chaude, et j'en profite pour la remercier de donner ainsi un visage au feuilleton. 

zoe-broborygme.jpg

Si cela tente d'autres lecteurs, je suis preneuse et me ferai un plaisir de leur faire une chtite place sur ce blog !

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 07:17

Épisode 43

  Résumé des chapitres précédents : Aurore Audoigtdefée et le Mollah Mou viennent de porter une terrible accusation. Selon eux, Zoé et ses amis seraient responsables de l’extinction programmée de la race humaine...

 

         — Eh, ho, qui c’est qui a déversé les deux mille tonnes de sperme dans la mer ? reprit le Mollah Mou d’un ton gouailleur. Moi, peut-être ?

         L’ironie qui perçait dans sa voix fit frissonner Zoé.

         — Non, c’est nous... Et... et alors ? balbutia-t-elle, la gorge sèche.

         Deux rires glaçants firent écho à sa question.

         — « Et alors ! » Elle demande « Et alors » ! s’esclaffait Aurore.

         — Comme si la chose n’allait pas de soi, pouffait le Mollah.

         Puis, tous deux en chœur :

         — Et alors, les spermatozoïdes du Petit Prince ont fécondé les poissonnes, figure-toi !

         — Mais... comment est-ce possible ? Les cellules humaines sont incompatibles avec...

         — Humaines, peut-être, mais pas extraterrestres ! rétorqua Aurore, le visage fendu par l’hilarité. Tu as oublié que le Petit Prince était un être à sang froid ?

         — Les milliers de sirènes qui peuplent aujourd’hui les fonds sous-marins sont ses filles, conclut le Mollah Mou dans un éclat de rire.

         « Bon sang, mais c’est bien sûr ! » fut tout que Zoé put répondre à cette épouvantable — mais cohérente — nouvelle.

                                                                                                                                    (A suivre)


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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 07:31

L’insulte

        Olivier était le plus typé de mes trois enfants. Gamin, il ressemblait à s’y méprendre au Mowgli duLivre de Jungle. Comme nous vivions à Aubervilliers, haut-lieu d’immigration où sévissait déjà, en ces pourtant douces années soixante-dix, un racisme larvé, j’avais pris les devants. Je détournais toutes les insultes dont mon petit garçon risquait d’être victime — bougnoule, melon, crouille, et autres joyeusetés issues de la colonisation —, pour en faire des mots tendres. Du genre : «  mon petit melon d’amour », voyez ? Ou « mon crouillat en sucre ». Ainsi, me disais-je dans ma grande naïveté, il sera blindé contre ce genre d’horreur et ne les ressentira pas comme dévalorisantes...

         Un jour, pourtant, je le récupérai en larmes, à la sortie de l’école.

         — On m’a traité de sale Juif, m’expliqua-t-il entre deux sanglots.

         Et merde. Celle-là, je ne l’avais pas prévue. 

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 07:09

Épisode 42

          Résumé des chapitres précédents : Sacrée Ruth Prout ! Elle s’est fait faire un poupon ailé par Sire Concis, et maintenant, la voilà qui chasse l’homme-grenouille dans la Mer du Nord. Quand je vous disais que c’était une baroudeuse !

 

         Tandis que les deux plongeurs disparaissaient au creux des flots, Zoé dirigea son embarcation vers le yacht d’Aurore et du Mollah Mou. Ces derniers, occupés à scruter les vagues, ne la virent pas aborder, de sorte que lorsqu’elle leur cria : « Haut les mains ! », ils sursautèrent salement.

         Force leur fut d’obéir, car la trayeuse braquait sur eux un fusil de chasse sous-marine, trouvé dans le sac de sport de Ruth.

         — Toujours aussi fouille-merde, hein, lui lança néanmoins Aurore. Tu ne peux pas nous lâcher la grappe cinq minutes ?

         — Déformation professionnelle, répondit finement Zoé.

         — Et mauvais jeu de mots, siffla le Mollah.

         — Trève de compliments, reprit Zoé, en lui pointant son arme sur le ventre. Tu vas m’expliquer à quoi vous jouez, mon petit bonhomme. Et plus vite que ça !

         Sentant qu’il risquait un troutrou dans le bidou, le Mollah Mou s’exécuta.

         —L’Avenir est en marche, déclara-t-il d’une voix vibrante. La race humaine vit ses derniers instants. Bientôt, la terre sera peuplée d’être supérieurs qui respecteront la nature, préserveront la biodiversité et rendront sa virginité à la planète...

         — Expliquez-vous !

         — De cette Mer sacrée jaillira bientôt l’Armée des Etoiles, intervint Aurore. Et rien, tu entends, Zoé, rien, même pas toi ni ta ridicule copine aux gros seins, ne pourrez l’empêcher. 

         — D’autant que c’est à vous, et à vous seules — avec votre grand zouave ailé, là — que nous devons ce miracle, ajouta le Mollah Mou. Les générations futures vous en sauront gré.

          — Que... que voulez-vous dire ?

         — C’est ça, fais l’innocente, gloussa Aurore.

         Et son ricanement, tel une lame de rasoir, trancha l’air marin.

                                                                                                                                  (A suivre)

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 01:30

Orgasmo

        Ma mère voyait le mal partout. Même dans les innocents baisers de cinéma des année cinquante, où les lèvres des acteurs s’effleuraient à peine. D’autant que je n’avais droit qu’aux films de cape et d’épée — Robin des bois, Le comte de Monte Cristo, Le Capitan, Le Bossu... — ou à des péplums bibliques, style Les Dix Commandements. Que du correct, donc, que de l’édifiant, mais comportant toujours, à un moment donné, un chaste enlacement. Contre cette image qu’elle jugeait insoutenable, maman avait une parade : dès que les héros faisaient mine de s’embrasser, elle me poussait du coude. Je me tournais vers elle, elle me souriait dans l’ombre, et quand je regardais à nouveau l’écran, la séquence était terminée.  

        Elle me fit le coup six fois ; six fois je tombai dans le panneau. À la septième, m’étant mentalement préparée, je résistai. Elle insista, me secoua le bras ; chuchota « Anne ! » à mon oreille. Imperturbable, je gardai les yeux fixés sur la scène interdite. Et, le sentiment de transgression aidant, j’en éprouvai un plaisir indicible (et parfaitement disproportionné).

       Le baiser de Lagardère à Aurore de Nevers, ce fut ma première vraie émotion sexuelle.

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