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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 07:26

 

Règles douloureuses

       Ce jour-là, c’était pas la forme. Migraine, mal au dos, au bide... des trucs de fille, quoi. Le téléphone sonne.

         — Allo ?

         — Allo, je suis bien chez... ?

         Croyant reconnaître la voix de Jean-Luc, un ami médecin, je m'écrie :

         — Ah, tu tombes à pic, toi : j’ai mes ragnoutes, une vraie cata. T’aurais pas quéqu’chose pour me soulager ?

         Silence, au bout du fil. Puis une voix embarrassée :

         — Euh... ici le service client Orange...

 

 

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 06:43

Episode 32

  Résumé des chapitres précédents : De nombreuses questions taraudent Zoé, tandis qu’elle se rend à la maternité. Le Mollah Mou est-il le père de l’enfant d’Aurore Audoigtdefée ? Cette dernière s’est-elle, par amour, convertie à l’Islam intégriste ?  Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Dans quel état j’erre ? 

 

         Aurore somnolait, dans sa chambre d’hôpital ; l’irruption de Zoé l’éveilla en sursaut.

         — Ah, bonjour ! s’écria-t-elle. C’est gentil de venir me voir.

         Près d’elle, dans un berceau, dormait le fruit de ses entrailles.

         — Bel enfant ! admira Zoé — bien qu’elle n’aperçût de lui que le bout de son nez, car, comme tout nouveau-né qui se respecte, il était coiffé d’un bonnet ridicule. Qui est le père ?

         Si sa question troubla Aurore, elle n’en montra rien.

         — Qu’est-ce que ça peut te foutre ? répondit-elle simplement.

         — Ce ne serait pas le Mollah Mou, par hasard ?

         Aurore, prise de court, se mordilla les lèvres.

         — Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

         — Un certain nombre de choses...

         — Lesquelles ?

         — Ta conversion, entre autres.

         L’affirmation, pour hasardeuse qu’elle soit, eut l’effet escompté.

         — Tu as deviné juste, murmura Aurore.

         A cet instant précis, le bébé se mit à pleurer.

         — Peux-tu t’en aller, s’il te plaît ? enchaîna-t-elle. Je dois m’occuper de mon petit Aladdin.

         Zoé, suffoquée d’être ainsi congédiée, s’éclipsa aussitôt.

         — Rapporte-moi ma burka, quand tu reviendras, lui lança Aurore. Que je sorte de l’hôpital dans une tenue « décente ».         

         —Tu peux toujours courir, répondit Zoé en fermant la porte.

                                                                                                                              (à suivre)

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 05:31

Crottin

  Dire qu’adolescente j’étais une cancre serait un euphémisme. Après avoir redoublé ma sixième, passé de justesse en cinquième et redoublé ma quatrième, je me trouvais, à la fin de ma troisième, en ballottage. Bien que brillante en français, j’étais exécrable dans toutes les autres matières et en particulier en maths. Or, depuis ma sixième, je me trimballais la même prof — et, après tout, ceci explique peut-être cela.

         Mademoiselle Rostain (que nous surnommions, bien entendu, Crottin), était une vraie peau de vache. Elle ne se préoccupait que des bonnes élèves, raillait les mauvaises et les laissait croupir dans leur ignorance. Perso, ça m’arrangeait : j’écrivais des poèmes pendant ses cours. En revanche, l’algèbre, la géométrie, la trigonométrie et autres projections orthogonales restaient pour moi d’insondables mystères...

         Bref, mon passage en seconde étant fortement compromis —  sauf si je réussissais « l’examen de la dernière chance », fin août —, mes parents se mirent en quête de cours particuliers.

         Crottin, qui devait avoir besoin d’argent, proposa ses services. De sorte qu’au lieu de partir, comme chaque année, au bord de la mer, nous restâmes à Bruxelles pour que je puisse la voir trois fois par semaine.

         Ce fut horrible.

         Enfin... pas tant que ça, à la réflexion. Car cette prof, qui pour la première fois se mettait à ma portée, m’ouvrait d’étonnants horizons. Elle expliquait ; je comprenais. Et je m’émerveillais de comprendre. Il s’en fallut de peu que les maths ne m’intéressent !

         Vint le jour de l’examen — que, ô surprise, elle surveillait. Nous étions une quinzaine, toutes classes confondues. C’était, bien entendu, Crottin qui avait préparé mes questions. Elles portaient, comme par hasard, sur ce que je connaissais le mieux. Lorsque je reçus ma feuille, je levai la tête vers elle avec reconnaissance. Elle me sourit, complice. La chose me toucha d’autant plus qu’elle n’enseignait pas en seconde. En gros, je la découvrais au moment de la perdre...

         Après la séance, je m’empressai d’aller la remercier.

         — Pas de quoi, me répondit-elle d’un ton sec. Je l’ai fait pour moi : je n’aurais pas pu vous supporter une année de plus. 


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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 07:15

Episode 31

  Résumé des chapitres précédents : Pendant qu’Aurore accouche, Ruth Prout prend sa place. Décidément, cette femme est pleine de ressources !

 

         Zoé terminait son p’tit blanc, au comptoir des Bons Amis, quand Ruth Prout entra.

         — Alors, comment ça se passe ? lui demanda-t-elle, tandis que l’altière fermière-devenue-trayeuse s’asseyait auprès d’elle.

         — Plutôt bien : la plupart de mes patients sont en manque, donc rapides...

         — ... ce qui t’évite les crampes de la débutante. Tant mieux !

         — Et le plus rapide de tous, c’est le Mollah Mou.

         — Qui ça ?

         — Çui qui vient tous les jours, tu sais ? Un grand barbu un peu gélatineux mais très poli.

         Non, Zoé ne voyait pas de qui il s’agissait.

         Se penchant vers elle, Ruth Prout lui chuchota à l’oreille :

         — Je le soupçonne d’être le père.

         — Ah bon ? Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

         — Un petit je ne sais quoi dans son attitude... Il a, vis-à-vis de moi (qu’il prend pour Aurore), une familiarité charnelle qui va bien au-delà de la traite pure et simple. Tu saisis ?

         Zoé acquiesça d’un signe de tête.

           Ainsi, c’est par amour qu’elle se serait convertie, murmura-t-elle. Et non, comme elle le prétend, par conviction...

         — C’est moins nul, non ?

         — Certes, mais encore plus con. Attends-moi là, cocotte, faut que je tire cette affaire au clair !

         Et, plantant sa collègue devant un p’tit blanc tout juste servi, Zoé s’en fut dare-dare à la maternité.

                                                                                                                          (A suivre)

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 06:33

L’ultime vengeance

  Force m’est de l’avouer, à ma grand honte : je vous ai menti. Ce n’était pas entièrement ma faute. Durant quelques jours, j’ai cru en toute bonne foi — et Phiphi également — que Brigand était mort. Or, il ne l’était point, enfin, pas tout à fait. Une amputation lui sauva la vie, de sorte qu’il nous revint, deux semaines plus tard, avec une patte en moins.

         La rue de la Peur ayant, durant ce laps de temps, perdu son aura maléfique, Phiphi la parcourait d’un petit pas guilleret quand je le vis brusquement faire volte-face et revenir vers moi, rampant et la queue basse.

         Brigand était couché à sa place habituelle.

         En apercevant son souffre-douleur, le molosse, par réflexe, se leva pour le courser. Mais c’était compter sans son handicap. Après deux ou trois boitillements pathétiques, il se laissa retomber lourdement sur le sol. Surpris, Philémon pencha la tête de côté, dressa l’oreille... puis, tel David outrageant Goliath terrassé, il lui pissa dessus.

         J’ai débaptisé la rue de la Peur. Elle s’appelle maintenant « rue du Chien qui pisse ». Nous l’empruntons chaque jour, Phiphi et moi, la tête haute et le cœur léger. Ainsi meurent les mythes.   

Une facétie de Phiphi, par Olivier Ka

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 07:04

          Episode 30

   Résumé des chapitres précédents : que se trame-t-il donc sous la burka d’Aurore Audoigtdefée ?

 

         — Patron, elle est en train d’accoucher ! s’étrangla Zoé. Vite ! Appelez les pompiers !

         Tandis qu’Anatole,  ahuri, sortait son téléphone portable, Ruth Prout et Sire Concis déboulèrent à leur tour, attirés par les cris.

         — Ils ne sont pas sûrs d’arriver à temps, avec cette circulation, annonça le directeur. C’est l’heure de pointe...

         — Je m’en occupe dit Sire Concis. Zoé, Ruth, posez Aurore sur mon dos, et calez-la bien pour qu’elle ne tombe pas !

         Ainsi fut fait, de sorte qu’en quelques coups d’ailes, le dragon atteignit l’hôpital le plus proche, et la parturiente fut prise en charge par qui de droit.

         — Qu’est-ce qu’on fait de ses patients ? demanda Zoé à Anatole. Je n’y arriverai jamais toute seule.

         — Je peux prendre le relai, si vous voulez, proposa Ruth.

         Le directeur gratta sa calvitie naissante.

         — C’est très aimable de votre part, mais ils ne vous connaissent pas. Ça risque de les effaroucher...

         — Sauf si je mets ceci !

         Du doigt, elle indiquait la burka qui traînait en petit tas par terre.

         Ainsi reprit-elle l’œuvre interrompue par l’accouchement de l’artiste, sans que les clients se rendent compte qu’ils avaient changé de main.

          — Brave petite, dit Anatole en essuyant une larme. Une fois de plus, elle nous sauve la mise. C’est le Ciel qui l’a placée sur notre route !

                                                                                                                                          (à suivre)

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 06:57

Onirisme

  Antoine est vraiment l’antithèse d’un Don Juan. Petit, gros, précocement ravagé par l’alcool, doté de dents pourries et d’une conversation soporifique... Vous voyez le tableau ? Pourtant, une nuit, ô facétie de l’inconscient, je rêve de lui. Un rêve torride, oui, oui. Et follement agréable.

         Le lendemain, en le croisant, je rougis, troublée. Tous mes émois nocturnes me reviennent en vrac. S’il pouvait lire dans mes pensées, il n’en reviendrait pas, le pauvre homme !

 

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 06:42

Episode 29

   Résumé des chapitres précédents : A y est, le silo a été vidangé dans la mer. Toute trace du passage sur terre du Petit Prince est effacée. Enfin... espérons-le !

 

          — Tu peux me remplacer ? demanda Aurore d’une voix vacillante.

         Elle se tenait dans l’embrasure de la porte du cabinet particulier de Zoé.

         — Pas de problème, répondit celle-ci, sans interrompre son activité (dont le dénouement était proche). Accorde-toi une petite pose, ma poule !

         — Merci...

         Quelque chose dans son intonation mit Zoé en alerte. Levant la tête vers la forme sombre qui lui faisait face, elle remarqua.

         — Dis donc, tu n’aurais pas légèrement grossi, toi, ces derniers temps ?

         A travers le grillage textile, les yeux d’Aurore se révulsèrent ; Elle poussa un gémissement, porta ses deux mains à son ventre et s’effondra.

         — Mon Dieu ! souffla Zoé, en se précipitant à son secours.

         — Eeeeh ! protesta le client. Qu’est-ce que je fais, moi ? Je me continue tout seul ?

         — Ben quoi, t’es manchot ? rétorqua Zoé.

         Puis, tout en soutenant sa collègue évanouie, elle appela :

         — Patron ! A l’aide !

         Anatole Youplala surgit de son bureau pour lui préter main forte. Ils allongèrent Aurore sur le canapé de l’entrée, et Zoé lui retira sa burka. Une surprise — et de taille — l’attendait sous le drap noir...

   (à suivre)

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 06:57

L’enfer est pavé de fromage pourri

  Nous étions vraiment dans la dèche, cette année-là. Frédéric, 11 ans, et Olivier, 9 ans, mis au courant de la situation, décidèrent, d’un commun accord, d’apporter leur contribution à l’effort collectif. Ils prirent donc l’habitude — adorable, ma foi — de rafler tout ce qui traînait sur la table de la cantine, pour  ramener « des provisions » à la maison. Des petits pains, en particulier, que nous consommions au repas du soir.

         Un jour d’été, en ouvrant le panier à linge, je suis prise à la gorge par une odeur atroce. Surprise, j’en cherche la cause… et découvre, dans la poche du jean d’Olivier, une part de camembert oubliée depuis plusieurs jours.

         Sûr, il avait voulu améliorer notre ordinaire. C’est fou comme, parfois, les bonnes intentions puent !

 

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 05:48

      Episode 28

   Résumé des épisodes précédents : Avec l’aval des autorités compétentes, Anatole Youplala a décidé de vidanger les deux mille tonnes de sperme corrompu dans la mer. Il charge nos héros de cette délicate mission.

 

         — À votre service, patron ! claironna Ruth Prout, qui n’était pas fâchée de retrouver la position verticale, après ces longues semaines de langueurs amoureuses.

         Dix minutes plus tard, elle grimpait dans son camion, suivie de ses acolytes.

         Le trajet fut très gai. Le vidangeage du silo également. La happy end qui se profilait à l’horizon emplissait de joie le cœur de nos trois héros. La satisfaction du devoir accompli, ça s’appelle.

         Au coucher du soleil, ils atteignirent la mer avec leur cargaison.

         — Tout est bien qui finit bien, déclara Sire Concis, en immergeant le tuyau au creux des vagues. D’ici quelques instants, les choses seront rentrées dans l’ordre...

         — Et non « dans les ordres », ce qui vaut mieux pour elles, pouffa Ruth, qui, en plus d’être fermière, veuve et amoureuse, était également anticléricale et adepte des jeux de mots foireux.

         Quand la citerne du camion eut craché ses dernières gouttes, ils reprirent la route en sens inverse. La nuit enveloppait le paysage de son grand manteau noir, piqueté d’étoiles. Et la lune, en se reflétant sur l’immensité obscure des flots, semblait un projecteur de théâtre éclairant une scène où tombait le rideau, après le dernier acte. 

         Le dernier acte, vraiment ?

         Vous croyez ça, vous ?

         Laissez-moi doucement rigoler...

                                                                                                                                       (à suivre)

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