Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 juillet 2012 2 03 /07 /juillet /2012 06:36

Le parfum

  C’était l’été, à Paris. Pour lutter contre les moustiques, une copine m’avait conseillé l’extrait de citronelle. «  Tu gardes le flacon ouvert toute la nuit, sur ta table de chevet, et tu ne seras pas piquée », m’avait-elle assuré. C’était assez efficace, je dois dire.

         Manque de bol, le matin, en tâtonnant à la recherche de mes lunettes, j’en renverse un peu sur mes vêtements.

         Pas le temps de me changer, je suis déjà en retard. Au pas de course, je m’engouffre dans le métro, sans réaliser que je répands à foison d’entêtants — et exécrable — effluves.

         Le métro est plein à craquer. Cependant, peu à peu, le vide se fait autour de moi. Les usagers flairent avec suspicion, puis refluent en masse vers l’arrière de la rame. Et les réflexions fusent :

         — Qu’est-ce qu’ils utilisent comme désinfectants, à la RATP ?

         — Ça fout la gerbe !

         — Je suffoque !

         — Je vais tourner de l’œil !

       À la station suivante, tout le monde descend chercher refuge dans les compartiments voisins. Et le manège recommence avec les nouveaux venus.

         Au boulot, pareil. On incrimine la femme de ménage, et une collègue remarque, en pénétrant dans mon bureau :

         — Oh, ma pauvre, elle a renversé son « Monsieur Propre » sur ta moquette ou quoi ? Comment peux-tu bosser dans une telle puanteur ?        

         Par bonheur, personne ne m’a soupçonnée. Le désinfectant, c’est assez peu usité, comme parfum, chez les quadragénaires. Mais mon égo en a quand même pris un coup. Durant une journée, j’ai bel et bien été « celle qu’on ne peut pas sentir ! »

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 08:16

Episode 27

   Résumé des chapitres précédents : Aurore Audoigtdefée a décidé de porter la burka. À tous les coups, cette tenue va allécher de nouveaux clients ! N’est-ce pas un bon plan pour renflouer la banque ?

 

         Aurore disait vrai. Dès le lendemain, elle se pointa au travail recouverte d’un tissu noir et les yeux grillagés.

         Bien que heurté dans ses convictions profondes, Anatole Youplala ne pipa mot. Depuis longtemps, il espérait draîner vers son établissement les pensionnaires du foyer Sonacotra voisin ; n’était-ce pas l’occasion rêvée ?

         — Si je mettais un panneau « ici, trayeuse hallal » sur la porte ? suggéra-t-il à Zoé.

         Cette dernière l’en dissuada.

         —Pourquoi nous compromettre dans une polémique aussi tendancieuse que stérile ? dit-elle sentencieusement. Le bouche à oreille jouera en notre faveur.

         Elle ne se trompait pas. Dans les mois qui suivirent, le nombre de clients augmenta de manière sensible. Aurore fit des heures sup’ et le directeur de la BNS se fotta les mains.

         Mais revenons à ce qui nous préoccupe, à savoir les deux mille tonnes de sperme stockées dans le silo de Ruth Prout.  Après mûre réflexion, Anatole Youplala convoqua nos amis et leur annonça :

         — La NASA, c’est naze. Impossible de les joindre, même par téléphone. Mais j’ai une autre solution : nous allons tout déverser dans la mer.

         À ces mots, Zoé sa cabra.

         — Ça va pas, la tête ? Vous voulez provoquer une marée blanche, ou quoi ?

         Son patron la fit taire d’un geste.

         — Je n’agis pas à la légère, rassurez-vous. J’ai une autorisation en bonne et due forme du Ministère de l’Environnement. Après enquête, toutes les instances concernées ont rendu un verdict unanime : cette matière est biodégradable et non polluante. De plus, selon l’étude menée par le professeur Frankenloloche, qui fait autorité en la matière, c’est un excellent engrais pour les fonds sous-marins.

         Zoé et Sire Concis se consultèrent des yeux.

         — Dans ce cas...

         — Puis-je vous confier cette délicate mission, mes amis ? s’enquit le directeur.

                                                                                                                                      (à suivre)


Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 07:46

La dame qui aimait les animaux morts

  Un matin d’hiver, dans le métro parisien. Mélanie, six ans, sort de sa poche un cadavre de moineau en état de décomposition avancée. Je manque de m’étrangler.         

         — Qu’est-ce que que cette horreur ?

         — Un pauvre petit oiseau qui avait froid, dans la neige, me répond-elle, avec un sourire craquant.

         Je le lui arrache des mains — mais qu’en faire ? Descendre à la station suivante pour le jeter à une poubelle ? Impossible : c’est l’heure de pointe et le flux de voyageurs nous coince sur la plate-forme. En plus, ça ferait de la peine à Mélanie...

         Monte une dame en manteau de fourrure qui se place juste devant nous.

         — Ton oiseau sera mieux dans sa poche à elle, chuchotai-je à ma fille, en y glissant discrètement le cadavre. Elle adore les animaux morts ! 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 06:41

Episode 26

  Résumé des chapitres précédents : Aurore Audoigtdefée n’était pas de mèche avec  feu le Petit Prince. Quel soulagement ! Zoé fête la bonne nouvelle en lui offrant un p’tit cognac.

        

         — Une verveine, plutôt. L’alcool me donne des aigreurs.

         Zoé ouvrit des yeux ronds.

         — Ah bon ? Première nouvelle. C’était pas toi qui déclarait à qui voulait l’entendre : « Un p’tit verre au réveil fait lever le soleil ? »

         Aurore Audoigtdefée eut un sourire très doux.

         — Je me suis amendée, depuis...

         — T’es rentrée dans une secte qui prohibe la boisson ?

         C’était une simple vanne. Mais à la rougeur subite de sa copine, Zoé sentit qu’elle avait visé juste.

         — Non ? C’est pas vrai ? s’écria-t-elle.

         Aurore baissa les yeux.

         — J’ai commandé une burka à la Reboute, avoua-t-elle dans un souffle. Je devrais la recevoir instamment sous peu.

         — Et... tu comptes poursuivre ton activité dans cette tenue ?

         — Ben oui. Y a pas de contre-indication, que je sache.

         — Et les patients ? Tu y as pensé, aux patients ? La bandaison, papa, ça ne se commande pas !

         — Certes, mais un peu de mystère stimule la libido...

         Elle n’avais pas tort. Qui sait si sa nouvelle apparence n’attirerait pas de nouveaux donneurs ? L’âme masculine est un puits insondable où grouillent, tels des scolopendres et des cancrelats, d’énigmatiques fantasmes.

         — Oh, tu fais comme tu sens, hein ! lâcha Zoé en frissonnant. Du moment que ça renfloue la banque.

         Le sourire d’Aurore devint lumineux.

           Bon, ben moi, je me tire, abrégea Zoé, en jetant quelques pièces sur la table.

                                                                                                                                        (à suivre)


Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 07:10

Le temps des secrets

  On promène Philémon dans le village. En chemin, il s’arrête pour faire son petit caca. Je l’attends, mais Sylvain continue à marcher.

         Distraite, je rattrape quelqu’un que je prends pour lui, et lui glisse à l’oreille :

         — Phiphi a la chiasse !

         L’élégant touriste auquel je viens de m’adresser se retourne, stupéfait, tandis que je m’éloigne très vite, le rouge au front.

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 07:16

Episode 25

  Résumé des chapitres précédents : Anatole Youplala a raison : le silo rempli de semence extraterrestre est une véritable bombe à retardement. Il faut la désamorcer de toute urgence. Mais comment ?

 

         Telle l’abeille industrieuse, Aurore bossait depuis l’aurore. C’est-à-dire qu’elle avait déjà six heures de boulot dans les pognes.

         — Une petite pause café ? lui suggéra Zoé.

         — Avec plaisir. J’achève papi Mougeot et je te rejoins Aux Bons Amis.

         La laissant en tête-à-tête — euh... en tête-à-queue — avec l’aimable vieillard qui prenait sa branlée (et son pied), Zoé gagna le bistrot voisin où sa collègue vint la retrouver, un peu plus tard.

         — Alors, quoi de neuf, ma poule ?

         La question était anodine. La réponse, moins.

         — Le Petit Prince est mort, déclara Zoé, en la regardant droit dans les yeux.

         Aurore ne cilla pas.

         — Pardon ? s’enquit-elle simplement.

         Selon toute probabilité, elle ignorait l’identité de l’extraterrestre.

         — Un type d’un mètre-un mètre vingt, vert avec des antennes, ça ne te dit rien ?

         — Ben... j’ai eu un client qui ressemblait à ça. Pourquoi ?

         — T’a-t-il dévoilé ses projets ? 

         — Non, juste sa biroute. Assez quelconque, d’ailleurs, si mes souvenirs sont bons.

         — C’est tout ?

         — Bien sûr ! Nos rapports sont restés strictement professionnels. Où veux-tu en venir ?

         L’innocence la plus pure se lisant dans ses yeux, Zoé n’insista pas.

         — Tu me rassures, dit-elle. J’avais peur que tu sois dans le coup

         — Quel coup ?

         Dans sa bouche, ce mot avait une saveur particulière. Zoé, attendrie, lui sourit.

         — Que tu sois de mèche, quoi ! Oh, et puis laisse tomber. Je t’offre un petit cognac ?

                                                                                                (à suivre)

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 11:21

Une rubrique sympa — dont je suis l'invitée, merci Gabriel — sur le site de "La mare aux mots".

http://lamareauxmots.com/blog/?p=6021#gudule

Repost 0
Published by Gudule - dans actualité
commenter cet article
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 06:49

Rancune éternelle

         Une soirée pocker chez Groucho, un copain dessinateur. Ils sont cinq autour de la table : notre hôte, sa femme Nada, Alex et un couple de journalistes. Moi, je ne joue pas. Et d’un, j’aime pas ça, et de deux, je tiens compagnie à Mélanie, âgée de quatre ans, qui s’ennuie un peu dans ce « tripot ».

         Alex gagne haut la main, au grand dam de Nada qui est mauvaise perdante. L’heure tourne. Il est presque minuit quand Mélanie, à qui je raconte des histoires sur le canapé, demande d’une petite voix ensommeillée :

         — On rentre à la maison, maman ? 

         — Je termine la partie, et on y va, répond Alex. 

         À ces mots, allez savoir pourquoi, Nada explose. Toute sa tension nerveuse s’évacue, d’un seul coup.

         — Tais-toi, tu n’es qu’une méchante fille ! aboie-t-elle.

         Sous l’agression gratuite, Mélanie fond en larme.

         — Méchante ! Méchante ! trépigne Nada, hystérique.

         Ce jour-là, parole d’honneur, je me suis découvert des envies de meurtre...

         On s’est cassés vite fait bien fait. Je n’ai jamais revu Nada, mais je lui en veux encore, trente ans après. Et il n’y a aucune raison que ça s’arrête.

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 07:15

 

Episode 24

         Résumé des chapitres précédents : Bigre ! ce bougre de Sire Concis ne serait-il pas en train de renflouer la banque, avec l’aide de Ruth en rut ?

 

         Mis au courant des événements qui précèdent, Anatole Youplala commença par se lamenter.

         — Deux mille tonnes de sperme gâchés ! Si c’est pas malheureux !

         Puis il se ressaisit car c’était un homme droit, qui savait regarder la vérité en face et fuyait les compromissions.

         — Il faut nous en débarrasser au plus vite, décréta-t-il. Cette substance corrompue risque d’infecter l’humanité entière.

         D’un geste désinvolte, Zoé minimisa le danger.

         — Ben, pas là où il est...

         — Et s’il y avait une fuite dans le silo, hein ? Si son contenu se répandait dans la nature jusqu’aux hameaux voisins ? S’il fécondait les villageoises, les promeneuses, les touristes, les campeuses, les chasseuses de papillons, les randonneuses, les bronzophiles, les cultivatrices bio, les brouteuses de gazon, les joueuses de boules, les suceuses de glaces — bref toute la faune femelle des grands espaces verts ? Vous y avez pensé ?

         — Non, à vrai dire, reconnut Zoé, confuse. Mais vous avez raison : le stockage de déchets nucléaires, à côté de ça, c’est de la gnognote. Qu’allons-nous en faire ?

         — Vous avez mis le doigt dessus, ma chère Zoé.

         — Déformation professionnelle, patron.

         — L’idéal serait d’envoyer le silo dans l’espace, mais de quelle manière ?

         — Si vous contactiez la NASA ?

         Le directeur de la BNS poussa un long soupir.

         — Ce n’est pas une mauvaise idée. Dès que j’aurai viré les huissiers, je m’en occupe.

         — Et moi, je vais aller voir Aurore Audoigtdefée. Parce que, quand même, dans toute cette histoire, y a quéqu’chose qui me turlupine...

                                                                                                                            (à suivre)

 

 

 

Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article
25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 06:34

Creatura

  Cette année-là, nous passions nos vacances sur l’île de Muisné, en Equateur. Un endroit paradisiaque — cocotiers, paillottes, sable fin, barques de pêcheurs —, avec un bémol, cependant : une foultitude de chiens errants, vivant en meute, se nourrissant de déchets de poisson, et hurlant chaque nuit à la lune.

         Dès le lendemain de mon arrivée, que trouvai-je sur le pas de ma porte ? Je vous le donne en mille. Une chienne de race indéterminée, d’une saleté repoussante, maigre à faire peur et follement amicale. Coup de foudre instantané et réciproque. Je partage mon petit déjeuner avec elle, la nomme « Creatura » (en raison de son apparence), et nous devenons inséparables. Elle me suit partout, dort sur mon paillasson, et quand nous nous rendons sur le continent, elle nous attend couchée près de l’embarcadère.

         — Il faut la ramener à Paris, dis-je à Sylvain, qui proteste avec véhémence.

         Primo, nous avons déjà un chien, Freddy ; deuzio, une bête qui a toujours vécu en liberté ne s’habituera pas à l’appartement ; troizio, le véto, les vaccins, la place d’avion coûtent cher et question finances, nous sommes ric-rac. Sans compter une éventuelle quarantaine, en arrivant à Charles de Gaulle...

         Force m’est d’admettre qu’il a raison. Sortir un animal de son milieu naturel, même avec les meilleures intentions du monde, est un acte foncièrement égoïste. Je n’aborde donc plus le sujet, me contentant de dorlotter Creatura qui, peu à peu, se remplume, retrouve un poil brillant, et me manifeste une reconnaissance éperdue.

         Vient le moment des adieux. Je pleure toutes les larmes de mon corps en la laissant sur le quai de l’île, où elle aboie à fendre l’âme tandis que notre barque disparaît dans le lointain.

         Quarante-huit heures plus tard, je pleure encore. Alors Sylvain craque.

         — Bon, on va la chercher, décide-t-il.

         Retour à Muisné en bus (une journée de voyage, depuis Quito). Pas de Creatura sur le port. Ni sur la plage. Ni devant notre ancienne paillotte. Très inquiète, je la cherche partout... et finis pas l’apercevoir, remuant la queue devant un touriste américain qui partage ses pop corn avec elle. Je l’appelle ; elle ne tourne même pas la tête. Je la caresse ; elle me regarde à peine. Notre histoire d’amour est bel et bien finie, elle s’est trouvé un nouveau maître...

         L’un des pêcheurs, assistant à la chose, m’explique en riant :

         — C’est une « putana ». Elle fait le même coup à tous les voyageurs, et ça dure depuis des années !

         Je suis repartie, le cœur lourd, mais soulagée quand même. Ma chère Creatura méritait bien son nom !


Repost 0
Published by Gudule - dans Mezzé
commenter cet article

Qui Suis-Je ?

  • : Le blog de Gudule
  • Le blog de Gudule
  • : Gudule, écrivaine pour la jeunesse, surtout, et pour les adultes aussi un peu.
  • Contact

Ma bio et ma bibliographie...

Recherche

Archives

Catégories