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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 06:53

      

      Episode 19

   Résumé des chapitres précédents : les mari de Ruth Prout est un extraterrestre donneur de sperme. Est-ce pour cela qu’elle l’a congelé ? Ce suspense est insoutenable !

 

         — Il est mort ? s’enquit le dragon, histoire de couper court au malaise naissant.

         Ruth Prout secoua la tête.

         — Non, il hiberne. C’est un être à sang froid. Au moins, pendant qu’il dort, il est inoffensif...

         — Ah, parce qu’en temps normal, il est dangereux ? rebondit Zoé.

         — Il mord ? insista Sire Concis.

         L’exaspération de la fermière était à son comble.

         — Faites-le taire ou je le pulvérise, prévint-elle Zoé.

         — Pourquoi ? s’étonna celle-ci. Sa question n’était pas idiote : quel genre de danger présente exactement votre mari ?

         — Vous n’êtes pas très futée non plus, remarqua Ruth Prout d’un air dégoûté. Les envahisseurs, ça ne vous dit rien ?

         Il y  avait quelque chose de terrible, dans sa voix. De prophétique, même. Comme un avant-goût d’Apocalypse. 

         — Voulez-vous insinuer... que les extraterrestres risquent de débarquer ? s’étrangla Zoé.

         — De débarquer, non. De nous envahir, oui.

         — Quelle différence ?

         — L’envahissement se fera de l’intérieur, patate ! Un envahissement intra-utérin ! Capito ou faut-il que je vous fasse un dessin ?

 

                                                                                                                                   (à suivre)


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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 07:08

Les artichauts

         C’est au Liban que j’ai découvert les artichauts, légumes rares en Belgique, dans les années soixante. J’étais invitée chez une collègue de bureau qui, en posant deux saladiers — un plein et un vide — sur la table, expliqua :

         — Ma mère a préparé les cœurs en gratin, mais nous a mis les feuilles de côté pour l’entrée.

         — Euh... ça se mange comment ? demandai-je, un peu honteuse de mon ignorance.

         — Tu plonges le petit bout mou dans la sauce, et tu le grignotes. Tu verras, c’est très bon.

         Docilement, je m’exécutai, pour remarquer, au bout d’un moment :

         — Il n’y a pas grand chose à becqueter, quand même...

         Toute la tablée éclata de rire : depuis le début du repas, je m’obstinais à piocher dans le deuxième saladier, celui où l’on jetait les feuilles déjà mâchées...

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 07:06

          

         Episode 18

           Résumé des chapitres précédents : Les propos énigmatiques (et conjugaux) de Ruth Prout, la voleuse de sperme, intriguent Zoé et Sire Concis. Quel insondable mystère se cache dans la ferme au silo puant ?

 

         — Mais... qui est donc votre mari ? s’enquit Zoé, stupéfaite.

         — Vous voulez vraiment le savoir ?

         Le ton de la fermière fit frissonner nos deux héros. Ils acquiescèrent, cependant, tant il est vrai que la curiosité est souvent plus forte que la peur.

         — Venez, dit Ruth Prout.

         Elle les entraîna dans la cuisine et ouvrit le congélateur. Parmi les michokos et les steaks surgelés gisait un petit homme vert, au front pourvu d’antennes et aux yeux globuleux.

         — Oh, foutre ! s’étrangla Zoé.

         — Nom d’une pipe ! abonda Sire Concis.

         — Et vous dites que ce... euh... monsieur était un habitué de la banque nationale de sperme ? La BNS ?

         — C’est ce qui était marqué sur sa carte, en effet. Il y en a d’autres ?

         — Oui, le Crédit Agricul et la Caisse des Pognes.

         — Non, non, il s’agissait bien de la BNS.

         Zoé fronça les sourcils.

          — C’est curieux, je ne me souviens pas de lui... Ça doit être un client d’Aurore Audoigtdefée.

         La fermière lui lança un regard soupçonneux.

         — Vous m’avez l’air bien renseignée sur ce secteur d’activité, remarqua-t-elle sèchement.

         Ce fut au tour de Zoé de piquer un fard.

         — L’hygiène, toujours l’hygiène, répondit-elle d’une toute petie voix.

                                                                                                                                  (à suivre)

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 06:54

Pornographie

   Dans les années 70, mes parents venaient, tous les trois ou quatre mois, passer quelques jours chez nous, en banlieue parisienne. À chaque fois, c’était le branle-bas de combat. On rangeait la maison de fond en comble, on lavait les carreaux, on tondait la pelouse, et on faisait disparaître toutes les BD « salaces » : Hara-kiri, L’Echo des Savanes, Charlie hebdo, Fluide Glacial, etc. Bref, notre joyeux bordel se métamorphosait en un foyer modèle.

         Mais maman avait un œil de lynx. Rien ne lui échappait. En dépit de nos efforts, elle dénichait toujours le détail qui clochait, dans ce décor factice. C’était un fin limier, ma mère !

         Cette fois-là, en cherchant de la lecture dans le porte-journaux, elle tomba sur un « F Magazine », l’hebdomadaire de Claude Servant-Shreiber que j’avais placé bien en évidence. Un truc sans danger, qui faisait sérieux. Des articles de fond, des reportages, des interviews de femmes édifiantes, style Edith Cresson ou mère Teresa... En gros, nulle trace d’humour ni surtout de gaudriole.

         Enfin, je le croyais. 

         Je me trompais, hélas. Car, dans ce numéro — précisément celui-là — qu’y avait-il ? Je vous le donne en mille. Un dossier sur la masturbation féminine.

         À cette vue, le sang de ma mère ne fit qu’un tour.

         — Quel torchon ! explosa-t-elle. Comment oses-tu laisser de telles obscénités à la portée de tes enfants ? Tu es complètement inconsciente, ma parole ! Si la pornographie t’amuse, ça te regarde, tu es adulte, mais ne pervertis pas des âmes innocentes !

         J’eus beau lui expliquer que Frédéric et Olivier — neuf et six ans — n’en avaient rien à battre des revues féministes, elle ne voulut pas en démordre. L’engueulade terminée, elle fit ses bagage, entraîna mon père consterné, et ils partirent sur l’heure. Pour fuir ce lieu de perdition, sans doute... 


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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 06:19

Episode 17

   Résumé des chapitres précédents : le mystère de la disparition des deux mille tonnes de sperme est sur le point d’être résolu.

 

         — Par philanthropie ? s’exclamèrent en chœur Zoé et Sire Concis. Qu’entendez-vous par là ?

         Ruth se mordit les lèvres.

         — J’aime les hommes.

         — Ce n’est pas une raison pour voler leur semence ! s’indigna Zoé.

           Petite fétichiste, va ! gloussa Sire Concis. 

         — Par « hommes », j’entends l’humanité en général, précisa la fermière, très digne.

         Puis, comme ses interlocuteurs ne semblaient pas comprendre.

         — C’est à cause de mon mari, ajouta-t-elle.

         — Il est impuissant ?

         — Non, au contraire : il produit une telle quantité de sperme qu’il dépose le surplus à la banque. Enfin... déposait. À mon insu, bien sûr ! Mais il y a quelques jours, j’ai découvert le poteau rose.

         Dans la tête de Zoé, cette révélation fit « tilt ».

         — Vous ne vouliez pas qu’il féconde une autre femme, c’est ça ?

         — En gros, oui.

         — Et du coup, vous avez tout raflé pour être sûre de bien récupérer le sien. Je me trompe ?

         — En gros, non

 

         — Ah bon, c’est juste une histoire de jalousie ? s‘écria Sire Concis. Vous ne pouviez pas le dire tout de suite ?

         Ruth Prout le toisa de la tête aux pieds.

         — Pauvre con, lâcha-t-elle.

         Le dragon, vexé, piqua du nez.

         — Si mon mari se reproduisait, ce serait une catastrophe pour l’humanité tout entière, reprit la fermière à l’intention de Zoé.  Pourquoi donc croyez-vous que je n’ai pas d’enfant ?

                                                                                                                                     (à suivre)

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 06:40

Ze mufle

          Nous avions un ami — paix à ses cendres —, dessinateur de talent et rustre achevé. Appelons-le Roger. La première fois qu’il vint dîner à la maison, j’avais mis, comme de juste, les petits plats dans le grands. Un mezzé libanais trônait sur la grande table : une quinzaine de ramequins remplis de taboulé, m’jadra, hommos, kebbé, feuilles de vigne farcies, koftas, falafels, et j’en passe... Mes gosses tournaient autour comme un essaim de mouches et Alex salivait en regardant sa montre toutes les cinq minutes.

         Enfin, Roger se pointe, avec une heure de retard.

         — Passons à table, dis-je, car les enfants ont faim.

         Tandis que mes loupiots font honneur au repas, Roger se penche vers moi :

         — Tu n’aurais pas des œufs ? me glisse-t-il à l’oreille. Parce que tu comprends, moi, ce genre de ragougnasse...

         Et, sans une once de gêne, il va dans la cuisine se fristouiller une omelette.

         À sa visite suivante, j’ai servi des tartines. 

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 06:57

Episode 16

 Résumé des chapitres précédents : Hourra, Ruth Prout, la fermière baroudeuse, va passer aux aveux !

 

         Ce fut là que Zoé eut cette phrase magnifique :

         — Qu’as-tu fait à la banque, Ruth ?

         La fermière baissa la tête.

         — Je l’ai vidée, dit-elle.

         — Comment ?

         — À l’aide d’un gros tuyau de fosse septique.

         L’explication fut longue mais convaincante. Tout comme Bourvil dans « Le Cerveau » ou comme Woody Allen dans « Escroc mais pas trop », Ruth avait loué le local voisin de la banque et creusé, dans le mur mitoyen, un tunnel pour atteindre le coffre fort. Puis, en une nuit, elle avait transvasé les réserves de liquide dans un camion-citerne pour les déverser ensuite dans son silo.

         — Admirable, marmonnait Sire Concis, tandis qu’elle parlait. Absolument prodigieux ! Et vous avez fait ça toute seule, petite madame ? Avec vos faibles forces et vos jolies mains ?

         — Il la ferme, çui-là, ou je lui en colle une ? dit la fermière.

         — Oh oui ! Oh oui ! applaudit le dragon, qui était légèrement maso.

         D’un geste autoritaire, Zoé apaisa leurs transports.

         — Mais... pour quelle raison avez-vous cambriolé cet établissement ? demanda-t-elle. Pour l’argent ? Vous aviez un client pour ce genre de produit ? La mafia, peut-être ?

         Ruth Prout leva les yeux au ciel.

         — Pas du tout ! Qu’allez-vous chercher là ?

         — Alors, pourquoi ?

         La fermière poussa un profond soupir, qui fit tanguer sa formidable poitrine.

         — Par philanthropie, répondit-elle.

                                                                                                                                         (à suivre)

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9 juin 2012 6 09 /06 /juin /2012 06:49

Moins de stress, plus de strass

   J’ai toujours détesté les bijoux... sauf un, offert par mon copain Alain pour Noël 1986. Un kitchissime collier de strass vert pomme que je portais avec mon Perfecto. La classe !

         Quelques mois plus tard, je me rends en Belgique pour l’anniversaire de ma mère. Et dans le train, catastrophe ! je réalise que j’ai oublié son cadeau. Or, elle adore les colliers, et justement, j’ai le mien sur moi...

         Qu’à cela ne tienne ! Avec – tout de même — un pincement au cœur, je le retire, l’emballe de mon mieux, et sur le quai de la gare où elle m’attend avec papa, le lui offre solennellement.

         Elle me remercie, m’embrasse... et l’enterre au fond d’un tiroir.

         Lors de ma visite suivante, je lui pose la question :

         — Pourquoi ne mets-tu jamais le collier que je t’ai donné ? Tu ne l’aimes pas ?

         — Non, pas beaucoup, me répond-elle.

         Elle hésite un instant, puis ajoute :

         — Je n’aurais jamais cru que tu avais aussi mauvais goût !

 

         Après son décès, je l’ai récupéré. Mais comme le look branché des années 80 était devenu ringard, il est resté dans son tiroir. Si maman voit ça de là où elle est, elle doit bien se marrer ! 

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 06:33

Episode 15

  Résumé des chapitres précédents : Aucun doute là-dessus, l’odeur de sperme vient du silo à grain de Ruth Prout, la fermière baroudeuse qui affole Sire Concis !

 

         L’instant d’après, ils prenaient le café dans la cuisine de la ferme.

         — Nous sommes des inspecteurs de l’hygiène, expliquait Zoé, entre deux gorgées. Vos voisins se sont plaints de l’odeur émanant de votre silo à grains.

         Pan, dans le mille ! Ruth Prout devint couleur pivoine — ce qui augmenta encore le volume de Sire Concis, pourtant déjà de belle taille.

         — M... mon silo...? bredouilla-t-elle.

         — Oui, vous ne sentez rien ?

         — Euh... je suis enrhubée...

         — Voulez-vous un kleenex ? s’empressa galamment le dragon. Zoé en a toujours sur elle. C’est son outil de travail, vous compren...

         — Oui, pour l’hygiène, coupa Zoé, en lui flanquant un coup de pied sous la table. 

         — Ça doit être l’épautre, remarqua Ruth Prout.

         Puis, devant l’air ébahi de ses interlocuteur, elle ajouta :

         — J’ai remplacé le blé par de l’épautre, dans mon silo. Ça se vend mieux. mais le problème, c’est que ça crougnote. 

           Je voudrais vérifier, dit Zoé.

         À ces mots, la fermière rougit à nouveau, et, d’instinct, tendit la main vers son fusil. Par bonheur, Sire Concis l’avait mis en lieu sûr, sous ses grandes ailes de chauve-souris.

         Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Ruth Prout fondit en larmes.

         — Je vais tout vous avouer, souffla-t-elle. Ce n’est pas de l’épautre, qu’il y a dans mon silo, c’est...

         — C’est ?

         — De la semence humaine.

                                                                                                                            (à suivre)

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 07:17

Gédéon

          Pendant mon mois de vacances au château d’oncle Albert naquit, dans l’étang, une portée de canetons.

         — Je t’en donne un, si tu veux, dit Léon, grand prince. Choisis-le.

         Après avoir longuement tergiversé, je jetai mon dévolu sur un petit canard que je prénommai Gédéon, comme le héros des livres de Benjamin Rabier.

         Très vite, j’éprouvai pour lui une véritable passion. Vingt fois par jour, je lui rendais visite, munie de bouts de pain, de biscuit, de brioche qui lui étaient exclusivement destinés. Je chassais tous les autres s’ils voulaient y toucher ! Aussi, dès que mon caneton m’apercevait de loin, se précipitait-il vers moi en cancanant. Ce que j’interprétais comme un signe d’affection...

         —Il m’aime plus que sa maman, affirmais-je à Léon, qui ne me contredisait jamais.

         Hélas, mon séjour touchait à sa fin, et vint l’heure de la séparation. Je pleurai en quittant Gédéon, et fis mille recommandations à mon cousin, qui promit tout ce que je voulus. Oui, il vieillerait sur lui, oui, il le gâterait, oui, il lui parlerait de moi, oui, il me donnerait régulièrement de ses nouvelles...

         Il n’en fit rien, bien entendu. Et aux vacances suivantes, mon premier soin fut de courir voir Gédéon.

         Il avait disparu.

         Léon, pressé de questions, finit par m’avouer que, peu de temps après mon départ, il était passé à la broche.

         — Forcément, c’était lui le plus gros, précisa-t-il. Avec tout ce que tu lui donnais à manger...

         Ainsi appris-je avec effroi que l’amour le plus pur peut être meurtrier. Ce fut une grande leçon de vie, je trouve ! 


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