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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 05:35

        Episode 14

   Résumé des chapitres précédents : Zoé et Sire Concis ont repéré un silo à grains d’où s’échappe une forte odeur sperme. Mais leur curiosité semble déranger quelqu’un. 

        

         « Pan ! Pan ! »

         Les salves se succédant sans interruption, force fut à Sire Concis de s’éloigner à tire-d’aile.

         — Nous reviendront quand il fera jour, dit-il à Zoé.

         Cette dernière acquiesça : elle tenait presque autant à sa peau qu’à son job !

         Ils rappliquèrent dès l’aube, à pieds, cette fois. Histoire d’échapper à l’œil acéré du tireur fou.

         En fait, ce tireur était une tireuse. La maîtresse des lieux, fermière de son état. Une sorte de baroudeuse armée d’un fusil de chasse, fortement mamelue, portant un jean moulant, des bottes de caoutchouc et un débardeur noir.

         En l’apercevant, le cou de Sire Concis se raidit, gonfla, et sa tête de nœud doubla de volume.

         — Mais... mais... ma parole, tu bandes ! s’indigna Zoé. 

         Entre-temps, la fermièree les avait repérés.

         — Foutez le camp, cria-t-elle en les mettant en joue.

         Nos deux héros se consultèrent des yeux.

         — Qu’est-qu’on fait ? dit Zoé. On se calte ?

           Non, on lui rentre dans le chou !

         Lors, crachant un jet de flammes vers l’altière créature, le dragon murmura :

         — Que vous êtes belle, madame ! Que vous me faites de l’effet !

         Ça lui coupa tous ses moyens, à la fermière. Elle abaissa son arme ; Zoé en profita pour lui tendre la main :

         — Zoé Borborygme.

         — Ruth Prout. Que me voulez-vous ?

         — Que du bien, rassurez-vous, s’immisça Sire Concis.

         Et, inclinant vers elle son cou flaccide, il lui baisa longuement la main.

                                                                                                                                              (à suivre)

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5 juin 2012 2 05 /06 /juin /2012 06:37

Rue de la peur

         Mon chien, Philémon, avait un ennemi. Un vrai. Un tueur. Un qu’aveugle la haine et qui n’hésite pas à trancher dans le vif. Il se nommait Brigand ; c’était un molosse quatre fois plus gros que lui. 

         Brigand vivait en liberté dans le village. Phiphi aussi, mais moins, car du plus loin que Brigand l’apercevait, il se ruait sur lui avec des aboiements à réveiller un mort. Phiphi détalait mais, du fait de sa taille, était toujours rejoint. Alors, il faisait front et prenait sa branlée. Combien de fois l’ai-je vu revenir en boitant, encore tout gluant de la bave de son ennemi !

         Il a fini par développer une véritable psychose. Celle du gibier à la période de la chasse, voyez ? Toujours aux aguêts, toujours la trouille au ventre, le couinement au bord des babines. Lançant des regards furtifs dans toutes les directions. Se retenant de chier de crainte que l’autre en profite pour lui tomber dessus...

         Bientôt, Phiphi — qui pourtant avait une âme de vagabond —, refusa de sortir seul. Je l’accompagnai donc dans ses petites promenades, mais ma présence n’arrêta pas Brigand. Indifférent à mes cris et à mes tentatives de coups de pied (qu’il évitait avec une prestesse diabolique), le monstre lui fonçait dessus comme si de rien n’était. Du coup, il devint mon cauchemar, à moi aussi. Je me mis à le guetter avec angoisse, choisissant nos itinéraires en fonction de ses habitudes et évitant ses territoires de prédilection — en particulier une rue, que j’avais surnommée « rue de la Peur » car il y dormait toujours au soleil.

         Et puis un jour, Brigand est mort. Ce fut, pour nous, une délivrance. Enfin... pour moi. Philémon, lui, évite toujours la rue de la Peur. Dès qu’on s’en approche, il se met à ramper en gémissant. Ça croit aux fantômes, les chiens ?


Puycelsi_1.jpg

     Allez, une petite photo prise hier par Castor Tillon, pendant la promenade de Phiphi. Là, ce n'est pas la rue de la Peur, ce sont les Lices. Mais Brigand n'est jamais très loin...

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 12:56

Le numéro 17 de Galaxies vient de sortir. Il publie un gros dossier sur moi (oui-da, en toute modestie). Toute ma vie est dévoilée (attention les yeux !). Il coûte 11 € + 2€ de port. Pour se le procurer, envoyer un chèque à : Galaxies 3A, 34 rue Jean Jaurès, 59135 BELLAING (France) ou alors, en ligne : www.galaxies-sf.com Projet-couv.jpg

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 07:04

Episode 13

 Résumé des chapitres précédents : Le fils de l’aubergiste a des révélations à faire à nos amis. Mais il exige, en échange, que Sire Concis le trimballe sur son dos.

 

         Rendez-vous fut pris pour la nuit suivante — car, à l’évidence, la mère du gamin n’eût pas apprécié cette fugue céleste. C’était une femme inquiète, toujours sur le qui-vive, et assez hermétique aux fantasmes oniriques. 

         Tout était silencieux, dans l’auberge endormie quand soudain se détacha, sur le disque d’or de la lune, la silhouette d’un dragon au vol majestueux.

         — Ouaiiiis ! applaudit l’enfant qui guettait à sa fenêtre.

         Il tendit les bras à Zoé qui le hissa devant elle et, durant plus d’une heure, ils tournoyèrent dans le ciel obscur.

         — Nous avons tenu notre promesse, à toi de tenir la tienne, dit Sire Concis à son petit passager, au terme de l’étrange baptême de l’air.

         — No problemo. Tu vois ce gros machin rond, là-bas, derrière la ferme ?

         — Le silo à grain ?

         — Oui, ben c’est ça qui pue.

         — Depuis combien de temps ?

         — Chais pas... Quatre ou cinq jours...

         La joie de Zoé fut telle qu’elle failli tomber de son perchoir. Les dates concordaient...

         — Allons vérifier de plus près, dit Sire Concis.

         Ayant ramené le petit garçon chez lui, il vira de l’aile en direction de la ferme. Mais comme il s’apprétait à atterrir, une déflagration éclata dans l’ombre, et Zoé sentit une balle siffler à ses oreilles.

                                                                                                                                           (à suivre)


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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 06:26

 

Un os dans le cassoulet

          Il y a trois ou quatre ans, Barbara, l’aînée de mes petites-filles, avait recueilli un pigeon tombé du nid. Elle s’en était occupée jusqu’à ce qu’il vole de ses propres ailes, puis l’avait remis en liberté. Pioupiou — c’était son nom — s’était bien réacclimaté, sauf pour la nourriture. Tous les jours, il venait lui réclamer à manger et, une fois repu, retournait dans le clocher avec ses congénères.

         — Faudrait qu’il apprenne à se débrouiller tout seul, dit un jour Barbara, qui est pleine de bon sens.

         Et elle cessa de l’alimenter. 

         Mais Pioupiou ne l’entendait pas de cette oreille. Il se mit à la harceler de manière pressante, voire agressive. Dès qu’elle sortait de chez elle, il arrivait en vol plané et se perchait sur sa tête pour la rappeler à l’ordre. Si bien qu’un jour d’été, pendant que nous déjeunions à la terrasse du Roc café, il lui fonça dessus, façon Hitchcock. Manque de bol, nous étions sous un parasol. Pioupiou s’y posa, perdit l’équilibre et, dans un grand battement d’ailes, atterrit au milieu du cassoulet de la table voisine.

         Je vous laisse imaginer les cris des malheureux clients couverts de sauce, notre honte — et notre fou-rire !

         Après cette aventure, nous n’avons plus osé remettre les pieds au Roc café... oh ! pendant au moins trois jours !

 

 

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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 06:07

 Les gros mots

  Mes premiers livres étaient truffés de gros mots, un tic d’écriture que je devais, sans doute, à mes années Charlie hebdo. "Rosaloche-la-moche", paru en 1987 aux éditions Syros, en est le meilleur exemple.

   L’histoire en elle-même était plutôt sympa. Elle contait les déboires d’une petite fille de neuf ans obligée de porter des lunettes — tout comme Mélanie, à qui ce récit était destiné. J’espérais, par ce biais, faire passer le message qu’elle refusait d’entendre : « Une paire de lunettes n’a jamais enlaidi personne ». Afin d’étayer mon propos, l’illustrateur, Alain Fretet, avait réalisé de très beaux croquis d’elle.

         Flattée d’être doublement l’héroïne d’un livre, elle en avait, bien sûr, parlé en classe. De sorte qu’à parution, l’instituteur lui réclama un exemplaire pour le lire tout haut à ses élèves. Mélanie s’empressa de le lui apporter... et rentra le soir, en larmes.

         — À chaque gros mot, le maître faisait « hum, hum » et tout le monde éclatait de rire en me regardant, m’expliqua-t-elle. C’était horrible. T’aurais jamais dû me faire ça, maman !

         Troublée, j’ai relu le texte d’un œil critique et dénombré pas moins de douze « merde » — sans compter les « chier », « con » et autres « enfoiré ». Ce qui m’a foutrement remise en question...

         Mes romans suivants ont été bien plus soft. Surtout ceux destinés à l’âge de ma fille !         

 

 

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 06:19

 

Episode 12

         Résumé des chapitres précédents : frappés par une odeur  suspecte, Zoé et Sire Concis visitent la cuisine de l’auberge, en se faisant passer pour des inspecteurs de l’hygiène.

 

         Sous le regard désabusé de l’aubergiste, les faux inspecteurs se lancèrent dans une fouille approfondie. Tout y passa : le frigo, les casseroles, la vaisselle, les poubelles, le syphon de l’évier, les casiers du cellier, la réserve d’épices, les produits de nettoyage... En vain. Hormis deux trois cafards, un peu de moisissure, des conserves périmées et quelques feuilles de cannabis séchant dans les salades, tout était parfaitement en règle. Nulle trace de mâle semence ne polluait les lieux.

         Nos héros s’en furent donc, bredouilles, en promettant à leur hôtesse un rapport favorable. Cependant, comme ils passaient près du petit garçon, celui-ci leur glissa :

         — C’est ça qui vous dérange ?

         Du bout de l’index, il montrait son nez. Le message était clair.

         — Oui, approuva Zoé. Tu sais d’où vient cette odeur ?

         Le gamin lui décocha un sourire éclatant.

         — Oui. Tu me donnes quoi, en échange ?

         — Euh... des sous ?

         — J’en veux pas.

         — Des bonbons ?

         — J’en veux pas.

         — Un bisou ?

         — J’en veux pas.

         — Qu’est-ce que tu veux, alors ?

         Le petit garçon retira son doigt de sa narine pour le pointer vers Sire Concis.

         — Qu’il m’emmène faire un tour sur son dos.

        

                                                                                                                    (à suivre)

 

 

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 06:22

La procession

        — Tu seras parfaite en petit ange, m’avait dit monsieur le curé.

         C’était le plus beau compliment qu’on m’ait jamais fait. Lors, j’essayai la longue aube blanche centurée d’or, les ailes de vraies plumes de poule, l’auréole maintenue au-dessus de ma tête par un bout de fil de fer, et tout le monde s’exclama :

         — Elle est parfaite en petit ange.

         J’avais six ans, et la procession du 15 août, au Thier-à-Liège, c’était quelque chose, vous pouvez me croire !

         — Tu répandras des pétales de roses devant la statue de la Sainte Vierge, me dit encore monsieur le curé.

         Des pétales de roses ! J’en pétais de fierté !

         Mes copines Josiane et Ginette étaient drôlement jalouses, elles qui se contentaient de chanter des cantiques, en robe du dimanche ! Mais bon, moi, je venais de Bruxelles, cela me conférait certains privilèges. Et puis ma mère, jadis, avait été institutrice dans la commune...

         Bref, ce fameux 15 août serait mon jour de gloire à moi. J’y pensais sans cesse, j’en rêvais la nuit ; s’il est, dans la vie, un moment magique, c’était bien celui-là. Je savais qu’à l’instant où démarrerait la procession, j’atteindrais, au sens propre du terme, le Nirvanâ.

         Sauf que la veille, j’attrapai la rougeole.


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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 06:21

         

        Episode 11

  Résumé des chapitres précédents : une odeur de foutre vient de frapper les narines de Zoé et Sire Concis, perturbant leur repas dans une petite auberge typique.

        

         D’un même geste, nos héros repoussèrent leurs assiettes.

         — Enfer et damnation, s’étrangla Sire Concis, le cuisinier s’est branlé dans ses sauces ! 

         — Sacré gaillard, ne put s’empêcher d’admirer Zoé. Ce serait une bonne recrue, note bien...

         Le dragon fronça les sourcils. 

         — Tu dis ça pour moi ?

         À l’évidence, il n’avais pas digéré le « trois gouttes » du sixième épisode.

         Sans tenir compte de sa remarque, Zoé appela la serveuse.

         — Je voudrais voir le cuisinier.

         — C’est moi.

         — Ah ? Alors, euh... votre mari.

         — Je suis veuve.

         — Oh, pardon... N’y a-t-il aucun homme, dans cette maison — en-dehors des clients, je veux dire ?

         — Si, mon fils.

         Du menton, elle indiqua un petit garçon de six ou sept ans qui jouait aux billes à l’ombre d’un grand arbre.

         — C’est un bel enfant, admira Sire Concis. Pourrions-nous visiter vos cuisines ?

         — Pourquoi ?

         Zoé prit une large inspiration.

         — Inspection d’hygiène.

         «  Ils les recrutent où, leurs inspecteurs ? pensa l’aubergiste en les examinant de la tête aux pieds. Dans le casting d’Harry Potter ? »

         Mais elle garda sa réflexion pour elle et, d’un geste résigné, invita nos amis à la suivre.

                                                                                                                                               (à suivre)

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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 06:31

Adultère

  Tromper son mari n’est pas chose aisée, quand on est fidèle par nature. Mais bon, quelquefois, c’est thérapeuthique. Comme, depuis des années, mon ménage battait de l’aile, je me résolus un jour à tenter l’aventure. Histoire de retrouver des émois oubliés, et, surtout, de pleurer sur l’épaule de quelqu’un.

         Le problème c’était : où trouver l’oiseau rare ? Dans nos relations communes, personne ne me plaisait. En revanche...

         J’avais tourné, quelques semaines auparavant, un roman photo pour Fluide glacial. Parmi mes partenaires se trouvait un barbu d’un grande douceur — et très beau, qui plus est — avec lequel j’avais immédiatement sympathisé. Il se nommait Alain. Nous nous étions revus à l’une ou l’autre soirée, toujours avec le même plaisir. Je le savais célibataire, et j’avais son adresse...

         Profitant de l’absence d’Alex, en festival BD à l’autre bout de la France, je me pointe donc chez lui sur le coup des neuf heures, déguisée en pomme d’amour.

         Je sonne ; il vient m’ouvrir, s’étonne, me fait entrer.

         — Je ne te dérange pas ?

         — Non, j’attends un copain. Je t’offre un verre ?

         Et comment ! Pour mener mon entreprise à bien, il me faut au moins un double scotch !

         Comme s’il voulait me faciliter les choses, mon hôte met un disque de Sinatra et m’invite à danser. Je suis en pleine manœuvre de séduction quand on sonne à la porte.

         — Ah ! s’exclame Alain.

         Et il me plante là pour courir se jeter dans les bras de l’arrivant, un autre barbu vêtu de cuir. Puis ils échangent un long baiser...

 

         J’ai passé une soirée adorable, entre eux deux. On a chanté, on a ri, on a grignoté des petits trucs sucrés, on a beaucoup bu. Vers deux heures du matin, ils m’ont fourrée dans un taxi et je suis rentrée chez moi, intacte — mais foutrement réconfortée.

         Trente ans plus tard, nous sommes toujours amis.

          

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