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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 06:34

Tintin

  Mon père étant ami et collaborateur d’Hergé, nous possédions la totalité de ses albums — en particulier ceux en noir et blanc, datant des années 30/40. Ils étaient tous agrémentés d’une dédicace et d’un petit dessin original. Si cela leur conférait une valeur certaine, je n’en avais pas conscience. Papa non plus, sans doute, puisqu’il m’en laissait l’usage exclusif. C’étaient « mes » tintins, au même titre que « mes » bécassines, « mes » spirous, « mes » mickeys, « mes » semaines de Suzette.

         En grandissant, je me découvris une véritable passion pour la lecture, et délaissai les BD au profit de « vrais » livres. Je dévorai tous ceux qui étaient à la maison avant de me tourner vers une mine intarissable : la bouquinerie de madame Delcourt.

         Toute mes économies y passèrent. Mais que représentaient-elles, face à l’immensité de mon désir ? Il m’en aurait fallu cent fois, mille fois plus pour combler ma fringale de lecture... Me vint alors une idée lumineuse : si je proposais un échange à madame Delcourt ? Mes tintins contre des romans.

         Ni une ni deux, je les fourrai dans mon cartable et les lui apportai. Elle les feuilleta d’un air critique.

         — Ils ne sont pas en très bon état, remarqua-t-elle. Et puis, ils sont dédicacés. C’est difficile à vendre...

         — On n’a qu’à arracher les pages !

         Joignant le geste à la parole, je saisis l’un des feuillets litigieux, mais elle m’arrêta dans mon élan.

         — Inutile de les abîmer, je n’en veux pas.

         Très déçue, je remballai mes albums et retournai chez moi, la rage au cœur.

         «  Quelles vieilles merdes ! » pensai-je, en les re-fourrant pêle-mêle sous mon lit. 

         Aujourd’hui, ils valent une fortune. 

dédicace Hergé 1945

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 05:50

Épisode 5

Résumé des chapitres précédent : Zoé a le cœur qui bat et les mains moites, tandis qu’elle travaille pour son propre compte, en compagnie de Modeste Legicleur.

         «  C’est bien joli, l’amour, mais ça ne doit pas nous faire oublier notre enquête », se morigénait Zoé sur le chemin de la banque.

         Elle trouva sa collègue, Aurore Audoigtdefée, complètement débordée.

         — Tu veux un coup de main ?

         — Va te faire foutre !

         — Dis donc, tu pourrais être polie !

         — On va être remplacée par des trayeuses élecriques, figure-toi. Alors, tes petites remarques, j’en ai rien à secouer !

         Estomaquée par cette nouvelle, Zoé se rua dans le bureau directorial.

         — Qu’est-ce qui vous prend, patron ? Pourquoi cet accès de modernisme inempestif ?

         — Hélas, ma pauvre fille, nous sommes au bord de la faillite. Si dans quarante-huit heures, nous n’avons pas récupéré les deux mille tonnes de sperme manquantes, c’est la banqueroute. Seule la technologie de pointe peut nous sauver. Une trayeuse a un rendement cinquante fois supérieur à celui d’une simple manutentionnaire...

         Le regard bleu de Zoé le transperça de part en part.

         — Faites-moi confiance, patron. Dans quarante-huit heures, vous aurez vos deux mille tonnes là, sur ce bureau !

                                                                                                                                    (à suivre)

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 22:07

Je serai à la Comédie du livre, à Montpellier, les 2 et 3 juin. Si le cœur vous en dit...

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 06:38

Cheval de mine

  Tante Ida, qui était fille de mineur, avait un proverbe bien à elle, qu’elle nous servait à tout propos :Un cheval de mine ne se cogne jamais deux fois de suite sur le même obstacle. Sous-entendu : « Il est nettement plus fûté que toi qui réitère sans cesse les mêmes erreurs ». L’histoire qui va suivre lui donne raison.

         Après ma mésaventure avec Frédéric, dans les rues de Beyrouth (voir la chronique 131, intitulée « Talons aiguilles »), j’avais la phobie de faire tomber mes bébés. Ce qui se traduisait par une prudence extrême lorsque je me déplaçais avec eux dans les bras. La perspective de trébucher, de glisser ou de manquer une marche me donnait des sueurs froides... 

         Ce n’était hélas pas suffisant.

         Mélanie n’avait pas deux mois quand, l’ayant emmenée au supermarché, nous la ramenons, Alex et moi, vers la voiture. Nous traversons donc le parking, chargés de sacs de provisions, et tenant chacun une anse de son couffin. Il n’y a là aucun danger, me direz-vous. Mais c’est compter sans les malices du destin. Pour une raison que je ne m’explique pas, cette anse m’échappe. Le couffin verse, et son occupante roule sur le bitume. Réveil brutal, pleurs, grincements de dents. Culpabilité, culpabilité, culpabilité.

         Je crois que c’est ce jour-là que j’ai réalisé cette terrible vérité :  je n’étais pas un cheval de mine et ne le serais sans doute jamais.

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 05:55

Cauchemar

  Après deux ans de supplications, j’eus finalement gain de cause. Maman renonça à faire de moi une pianiste.

         — Tu le regretteras, me prévint-elle néanmoins, mais il sera trop tard. Par sottise, tu es en train de compromettre un brillant avenir !

         Elle se trompait. Non seulement je n’eus jamais de regret, mais cette expérience déclencha chez moi une véritable allergie pour la musique, qui ne prit fin qu’à l’âge adulte (et encore).

         Bref, c’est avec allégresse que je dis adieu à madame Paula, puis refermai l’Erard pour ne plus le rouvrir. Ainsi retrouvai-je ma joie de vivre — et la douce paresse des jours de congé.

         Plus de notes ! Plus de gamme ! Plus d’arpège ! Quelle délivrance... Je m’empressai d’oublier tout ce qu’on m’avait appris, au point d’être incapable de déchiffrer une portée ou de tracer correctement une clé de sol.

         Quelques mois passèrent, et je rentrai en quatrième primaire (l’équivalent du CM2).

         — Désormais, annonça la maîtresse, vous aurez chaque semaine une heure de solfège.

         À ces mots, j’éprouvai comme un vertige. Un sentiment de malédiction, d’horreur totale, m’anéantit. Le cauchemar recommençait...          

         J’éclatai en sanglots devant toute la classe.    

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 06:55

Episode 4

   Résumé des chapitres précédents : Zoé ramène du travail à terminer à la maison, en la personne d’un sympathique puceau.

 

         Zoé invita le jeune homme à prendre place sur le sofa de son salon.

         — Etes-vous favorable à la suppression des intermédiaires ?  s’enquit-elle gravement.

         — C’est-à-dire ?

         — Directement du producteur au consommateur ?

         Et, sans attendre la réponse, elle se blottit dans ses bras.

         Zoé travaillait rarement pour son compte personnel. Comme elle disait toujours : « Même pour une ouvrière au doigté magistral, la petite entreprise n’offre aucune perspective d’avenir ». Mais cette fois, elle mit la main à la pâte avec une ardeur qui la surprit elle-même. Si bien que l’action fut rondement menée, à la plus grande satisfaction de son patient.

         Quand tout fut consommé, elle regarda sa montre.

         — Il faut que je retrourne au boulot, soupira-t-elle. J’ai encore quatre heures à tirer.

         — On se reverra ? s’inquiéta le jeune homme.

         — Ce soir, si tu veux. Au fait, quel est ton nom ?

         — Modeste Legicleur.

 

                                                                                                                           (à suivre)

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 06:43

Do si do si ré ré mi

   Le frère cadet de maman, oncle Albert, avait loué, dans la banlieue chic de Bruxelles, un château du XVIIIème siècle pour en faire un restaurant de luxe. Il y organisait les banquets de mariage, de baptême ou de communion de la riche bourgeoisie belge.

         C’était un lieu magique, digne de la Belle au bois dormant. Le parc, subtil mélange de jardin à la française et de nature sauvage, était entouré de hauts murs. Au fur et à mesure qu’on s’éloignait des bâtiments, il se muait en une forêt profonde, flanquée d’un étang plein de canards.

         Léon, le fils d’oncle Albert et de tante Ninette, avait deux ans de plus que moi. Nous nous entendions à merveille, de sorte que sa mère proposa à la mienne de m’inviter pendant les vacances. La réponse tomba comme un couperet :

         — D’accord, à condition qu’elle fasse deux heures de piano par jour.

         — J’y veillerai personnellement, promit tante Ninette.

         Cela mit, oserais-je dire, un bémol à ma joie. Jusqu’à ce que je trouve la parade.

         Je connaissais par cœur une musiquette d’une facilité déconcertante. Je la jouais sans réfléchir. Do si do si ré ré mi, ré mi sol fa mi ré do. Je pris donc l’habitude, durant mes deux heures de « corvée » (sur un splendide piano chinois des années trente, laqué rouge vif et orné d’un dragon aux yeux d’or) — je pris, disais-je, l’habitude de jouer ce petit air en boucle. Ma tante, qui m’écoutait d’une oreille distraite tout vaquant à ses occupations, n’y vit que du feu. Et moi, je pus, tant mes doigts connaissaient par cœur la ritournelle, bavarder et rire avec mon cousin sans interrompre le chapelet de notes.

         A la fin des vacances, Léon, sa mère, son père, le maître d’hôtel et la cuisinière — ainsi qu’une bonne partie de la clientèle, je pense — fredonnaient obsessionnellement do si do si ré ré mi. Et  toute la famille me félicita pour mon assiduité à la tâche, y compris maman ! 


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12 mai 2012 6 12 /05 /mai /2012 02:33

La leçon de piano

  À la mort de mon oncle Henri, grand musicien devant l’Eternel, sa veuve offrit à mes parents l’instrument favori du maître. Un Erard, s’il vous plaît. La Rolls des pianos à queue. Avec, cependant, une obligation : qu’il « revive » sous mes doigts, vu que j’étais la benjamine de la famille, et la seule susceptible d’apprendre à m’en servir.

         Maman s’engagea solennellement à faire de moi une virtuose. 

         Fidèle à ce devoir sacré, elle m’inscrivit, à sept ans, dans une école de solfège, et l’année suivante, aux cours privés de madame Paula. Tout ça, bien entendu, sans me demander mon avis.

         Or, non seulement cet exercice ne me procurait aucun plaisir, mais il me privait de mes jours de congé. Le jeudi après-midi, le samedi, le dimanche, au lieu de m’amuser avec mes copines, j’étais tenue de faire des gammes. Et comme j’y mettais de la mauvaise volonté, papa, promu garde chiourme, restait auprès de moi pour me rappeler à l’ordre dès que j’arrêtais de jouer.

         L’ai-je assez détesté, ce foutu piano ! Ma croix, ma galère, mon engin de torture... 

         Un jour, bien décidée à le mettre hors d’usage, j’entrai à pas de loup dans le salon où il trônait à la place d’honneur. Et d’un doigt sans pitié, je fis sauter les petits rectangles d’ivoire qui recouvraient les touches. Puis je m’éclipsai sur la pointe des pieds, le cœur en liesse.

         Je vous laisse imaginer la réaction de mes parents devant ce sacrilège — dont, contre toute vraisemblance, je niai farouchement être l’auteur. On vida ma tirelire pour payer (une partie de) la réparation, et désormais, en dehors des leçons, le couvercle du piano resta fermé à clé. 

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 06:42

  Episode 3

   Résumé des chapitres précédents : Bien que la banque de sperme soit en train de couler, Zoé, employée modèle, met du cœur à l’ouvrage. Et elle n’est pas manchotte !


   Pensant que, vu la situation actuelle de la banque, ce n’était pas le moment de cracher sur les donneurs — sauf s’ils en faisaient expressément la demande —, Zoé sourit au jeune homme.

         — Venez, lui dit-elle, je vous essore en vitesse avant le déjeüner !

         Mais il lui donna du fil à retordre. Après une demi-heure d’efforts, Zoé n’en avait pas encore ras-le-bol...

         — Que se passe-t-il ? s’informa-t-elle avec douceur.

         Le jeune homme branla du chef.

         — Meat coule pas, répondit-il piteusement.

         — C’est ma faute, c’est ma très grande faute, le rassura Zoé, en le mouchant avec un kleenex.

         — Merci.

         — De rien : moucher des nez, c’est presque ma spécialité. Allons, je vous invite à manger : il me reste des carottes au jus et quelques rognures de rognons. Nous poursuivrons cet entretien quand nous aurons repris des forces.

         —Nous... nous allons chez vous ?

         — Oui, cela vous trouble ? Vous savez, il m’arrive souvent de rapporter du travail à la maison ! 

 

                                                                                                                           (à suivre)

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 06:51

Sœur Sourire et le diable

   Dans les années soixante sévissait, chez les sœurs, une coutume que nous, élèves, aimions beaucoup : la retraite. Durant trois jours, les cours étaient remplacés par des prêches, des méditations et des chants religieux. Afin de nous « couper » de notre quotidien, ces moments d’intense spiritualité se déroulaient dans un couvent, à la campagne — car chacun sait que la nature élève l’âme vers le Seigneur.

         L’année de mes seize ans, nous échouâmes chez les dominicaines de Waterloo.

         La religieuse chargée de notre groupe était jeune, sympathique, avec de grosses lunettes et un petit côté « cheftaine ». Elle jouait de la guitare et, pendant les pauses ou les veillées, poussait la chansonnette. Comme ses rengaines étaient faciles à retenir, nous reprenions le refrain en chœur.

         En rentrant à Bruxelles, toute la classe fredonnait « Dominique, nique, niques » dans le car. Deux ans plus tard, c’était un tube mondial.

         Lors de mon séjour au Liban, j’eus la surprise de voir mes copains hurler de rire en l’écoutant. C’est à cette occasion que j’appris le sens du mot « niquer », issu de l’arabe et encore inconnu en Europe. La brave sœur Sourire avait, à son insu, composé une chanson triviale, digne de « Bali balo » ou de « La grosse bite à Dudule », et l’avait fait chanter à des milliers de fillettes avant qu’elle se propage sournoisement sur les ondes.

         Qui oserait prétendre, après ça, que le diable n’existe pas ?

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