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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 06:34

Ronron petit patapon

 Avec Sylvain, mon compagnon, nous avions reçu des places pour la générale de presse d'une pièce de Paul Valéry dont j'ai oublié le titre. En fait, il s'agissait d'un monologue désuet, dans un décor de station balnéaire des années 30, porté à bout de bras par un Pierre Arditi soporifique. Tellement soporifique qu'au bout de vingt minutes, mes yeux commencent à picoter. J'ai beau lutter de toutes mes forces, impossible de résister : le sommeil m'emporte. Jusqu'au moment où un bruit incongru me réveille en sursaut. Une sorte... mais oui ! de ronflement. J'ouvre l'œil, et la première chose que j'aperçois, ce sont mes voisins de devant, Christine Ockrent et Bernard Kouchner, tournés vers moi, une expression outrée sur le visage. La deuxième chose, c'est Sylvain, plié de rire.

— Je... j'ai ronflé ? interrogeai-je, morte de honte.

 Mais je connaissais déjà la réponse. 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 06:56


Voix sans issue

   Mon portable sonne.

         — Allo, Gudule ? dit une voix d’homme, très grave.  Solange Leduc à l’appareil. Tu te souviens de moi ?

         — Qui ça ? 

         — Solange Leduc. On pigeait ensemble à « Scoop mag », il y a presque vingt ans...

         — C’est une blague ou quoi ?

         — Non, non, je t’assure. Que deviens-tu ?

         — Mais qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?

         — Ben... je viens de te le dire : Solange Leduc !

         Alors moi, dans un cri :

         —Arrêtez, ça ne prend pas, vous n’êtes pas Solange : Solange est une femme !

         Court silence gêné, puis la voix reprend, dans un souffle :

         — C’est parce que j’ai un cancer de la gorge.

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 07:05

Le visage grimaçant du malheur

  Quel âge avions-nous, Alex et moi, à cette époque ? Une petite trentaine ? Même pas. Et toute la fougue de la jeunesse...

         Un dimanche d’été, nous emmenons nos gamins pique-niquer en forêt, aux environs de Paris. Un petit étang dans les bois, une mousse douillette, des buissons discrets... Après le repas, tandis que Frédéric et Olivier (âgés respectivement de huit et cinq ans) barbotent au bord de l’eau, nous nous offrons un moment de détente qui tourne bientôt à la sieste crapuleuse. De là où nous sommes, personne ne nous voit, surtout pas nos enfants. Nous, en revanche, pouvons les surveiller du coin de l’œil, à travers le feuillage — pour autant que nos ébats nous en laissent le loisir.

         Tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes quand, subitement, une voix nous arrache à l’extase toute proche :

         — Papa ! Maman ! Olivier se noie !

         Alex se rebraguette en deux temps trois mouvements, je me reculotte à la vitesse de l’éclair et nous jaillissons de notre nid d’amour pour  récupérer Olivier en larmes, boueux jusqu’aux oreilles et grelottant malgré la chaleur estivale. En chahutant avec son frère, il avait glissé sur le limon de la berge...

         Je l’ai emballé dans le plaid de la voiture et on est rentrés chez nous, dégoûtés. Le nuit suivante, Alex et moi n’avons pas fermé l’œil. De peur rétrospective. De remords, n’ayons pas peur des mots. Par la faute de nos sens débridés, nous avions frôlé la catastrophe et entrevu le visage grimaçant du malheur (même si l’eau, à cet endroit, ne dépassait pas cinquante centimètres, NDLA).

         Sans blague, c’est des coups à vous rendre frigide et impuissant, ça, pour peu qu’on soit un tantinet sensibles !


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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 06:50

Vertige de l’humour

  Mon relieur se piquait de littérature. Durant les quelques mois où je l’avais fréquenté, il prenait plaisir à me lire ses œuvres. Elles en valaient la peine ! C’étaient de courtes piécettes d’un humour délirant, parodique et quasiment surréaliste, intitulées (entre autres) Les aventures de Loufock HolmesLe fils des trois mousquetaires, L’homme à tête d’épingle ou Le nain et les sept Blanche-Neige. Je les écoutais, morte de rire et éperdue d’admiration.

         Puis survient ma grossesse, la naissance de Frédéric et le Liban, où je fais la connaissance d’un producteur arménien, surnommé « Le Monocle », qui ambitionne de lancer le café-théâtre à Beyrouth. Dans ce but, il monte une équipe de comédiens amateurs dont nous faisons partie, Alex, Ricco et moi. Un metteur en scène français est recruté, une salle aménagée, une date d’inauguration fixée, et se pose alors cette question cruciale : qu’est-ce qu’on va jouer ?

         Les pièces citées plus haut me reviennent en mémoire. Je les mentionne à mes collègues et leur en raconte des passages, tout en restant évasive sur l’auteur. Oui, il vit en Belgique, non, il ne les a jamais publiées, et non, non, non, je ne souhaite pas entrer en contact avec lui. Tant pis. Dommage. Chapitre clos.

         Cependant, un beau soir, le metteur en scène nous annonce :

         — J’ai dégoté des petits sketches qui devraient convenir. Un peu dans le genre de ceux dont Anne nous a parlé.

         Et il brandit un livre intitulé « Pour lire sous la douche », d’un certain Pierre-Henri Cami.

         — C’est un écrivain du début du siècle, que Charlie Chaplin considérait comme le plus grand comique du monde, précise-t-il.

         Je lui pique le bouquin pour y jeter un coup d’œil, et là, le choc ! Ce sont, mot pour mot, les pièces de mon relieur. Pièces qu’il s’est contenté de recopier, histoire de m’en foutre plein la vue. Et moi, puits d’inculture, j’ai marché à fond dans la combine...

         Qu’est-ce qu’il a dû se fiche de moi, le gros enfoiré !

         Il m’a fallu une bonne heure pour me remettre. Par chance, les autres étaient trop occupés à se marrer pour s’en rendre compte. Ils ont sélectionné Le fils des trois mousquetaires, dont j’ai approuvé distraitement le choix — sans leur faire part, bien sûr, de ma découverte. Donner dans l’humour-qui-décape, d’accord à cent pour cent, mais pas dans le ridicule-qui-tue !


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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 16:44

Hier matin, Shabazz a décidé d'aller voir de près le visage de la mort. Nous sommes nombreux à penser à lui. 

 

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29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 06:43

La gifle

  L’unique gifle reçue par Mélanie dans son enfance a failli lui coûter la vie.

         Nous habitions avec Sylvain rue du Chevaleret, dans les XIIIème arrondissement de Paris. Un jour, sortant tous trois de notre immeuble, nous apercevons Alex sur le trottoir d’en face. Mélanie, sept ans, hurle : « Papa ! » et, ni une ni deux, traverse sans regarder, nous arrachant un triple cri de frayeur. Tandis que son père la semonce, je les rejoins et, hors de moi, retourne une claque à l’imprudente — qui retraverse aussi sec, pour aller se faire consoler par Sylvain.

         Le coup de frein de la voiture, même si je vis cent ans, je ne l’oublierai pas...

         Ma fille a échappé de justesse à l’accident, et moi, j’ai maudit mon reflexe à la con. Moralité : quoiqu’en pensent certains parents, frapper un enfant n’est jamais anodin, et peut avoir de funestes conséquences !

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 08:00

Darwin

   Nouvellement installée à Puycelsi, je découvre avec ravissement la terrasse du « P’tit creux », troquet sympa à la vue imprenable. Deux hommes y discutent devant un demi : un moustachu coiffé d’un bandana — qui n’est autre que le patron du lieu — et une sorte de colosse médiéval. Longs cheveux bouclés, bottes de sept lieues, toge, cape noire, le personnage est couleur locale. Je les salue d’un signe de tête et je m’assieds.

         — Qu’est-ce que je vous sers ? s’enquiert le moustachu, tandis que son interlocteur me demande aimablement :

         — Vous êtes en vacances ?

         — Non, j’habite ici depuis deux jours. Et vous ?

         — J’y réside par intermittence.

         Une vague conversation s’engage. Le moustachu revient avec mon kir, nous écoute parler, et soudain, s’adressant au colosse :

         — Je parie qu’elle ne sait même pas qui tu es ! glousse-t-il.

         Et les voilà partis tous deux d’un éclat de rire qui fait lever la tête aux autres consommateurs.

         — C’est Patrick Tort ! claironne le moustachu.

         Le nom ne me dit rien, ce qui décuple encore son hilarité.

         — Le grand spécialiste de Darwin, voyons !

         Croyant à une blague, je décide de jouer le jeu.

         — Enchantée, maître ! dis-je au colosse, sur un ton faussement mondain (et authentiquement caricatural).

         Puis je termine mon verre, je rentre chez moi, et à tout hasard, je fais une recherche sur internet. Patrick Tort est, en effet, une sommité scientifique, philosophique et littéraire de renommée mondiale. Et moi, j’ai eu l’air d’une truffe...

         Depuis, nous sommes devenus copains, Patrick et moi. Son cassoulet est délicieux ! 


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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 11:48

"Contes et légendes des elfes et des lutins" et "Contes et légendes de ogres et des géants", relookés par le talentueux François Roca. Une merveille ! Je vous laisse juges !

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 07:03

Talons aiguilles

  Dans les années soixante, la mode était aux talons aiguilles, ce qui m’arrangeait bien vu mon mètre 57. Je portais donc, qu’il pleuve, neige, vente ou qu’il y ait du verglas, des escarpins d’au moins dix centimètres de haut. Ils me donnaient le sentiment d’être une grande bringue (mon rêve !), et sexy de surcroit (mon rêve aussi).

          La maternité ne changea pas mes habitudes. Le départ au Liban non plus.

         Me voilà donc au cœur de Beyrouth, juchée sur mes échasses. Les rues du centre ville sont assez cahotiques. De grosses pierres inégales en tapissent le sol, principalement autour de la place des Canons où règne une circulation d’enfer. Mon bébé d’un mois sur les bras, je louvoie entre les voitures quand mon talon se prend dans une ornière, et c’est le vol plané. Je me retrouve à plat ventre au beau milieu de l’artère principale, Frédéric hurlant à côté de moi, au niveau des pneus et des pots d'échappement. Des passants se précipitent, on me relève, on ramasse mon bébé. Il a une grosse bosse, et je pleure à chaudes larmes en essayant de le consoler.

         La chute n’eut, par bonheur, aucune conséquence, mais à dater de ce jour, je n’ai plus porté que des tongs. 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 06:41

L’adjudicataire

  Pendant les vacances, en visitant un petit hameau du Tarn-et-Garonne, nous tombons en arrêt devant une maison en adjudication. Vue imprenable, vieilles pierres, jardin de curé ; c’est le coup de foudre. L’huissier de Justice chargé de la saisie nous la fait visiter et nous indique la marche à suivre pour l’acquérir. Nous devons nous rendre, accompagnés d’un avocat, au Tribunal de Grande Instance d’Albi où les enchères publique ont lieu dans une semaine.

         On se regarde, Sylvain et moi, on se dit « chiche ! » et on se rue sur l’annuaire pour y dégoter l’avocat en question – qui, d’ailleurs, est une avocate.

         Vient le jour de la vente. Nous sommes quasiment les seuls intéressés. Les enchères débutent à 40.000 euros, montent laborieusement jusqu’à 60.000.... et nous les remportons. Coup de bol, c’est pile poil la somme dont nous disposons.

         Sous le regard noir du propriétaire qui escomptait le double, nous nous apprétons à prendre possession de notre bien.

         — Ttttt, pas si vite, nous rabroue l’avocate. Pendant dix jours, quelqu’un d’autre peut se porter acquéreur. Dans ce cas, cette vente-ci sera annulée et il y aura de nouvelles enchères.

         Nous partons, fort déçus.

         Dans le courant de la semaine, l’huissier nous avertit qu’une personne vient de surenchérir. Il nous donne la date de la seconde vente, en précisant qu’elle démarrera à 72.000 euros (notre prix d’achat augmenté de 20%) et sera, cette fois, définitive. Ça dépasse largement notre budjet : écœurés, nous laissons tomber.

         L’été suivant, pris de nostalgie, nous retournons voir cette maison qui a failli être la nôtre. Son occupant nous remarque et s’informe aimablement :.

         — Que puis-je pour vous ?

         Nous lui racontons notre mésaventure.

         — Ne regrettez rien, s’exclame-t-il, vous avez évité un tas d’embêtements.

         Et il nous explique qu’entre la première et la deuxième enchère, l’ex-proprio a tout pété dans la baraque.

         — Comme ce n’était pas visible de l’extérieur, je m’en suis aperçu trop tard. Il a fallu tout refaire : la plomberie, l’électricité, les murs, les planchers... Ça m’a coûté une fortune !

         — Et vous n‘aviez aucun recours ? .

         — Aucun. J’ai porté plainte, bien sûr, mais le sagouin a nié. Et les flics ont classé l’affaire, faute de preuves.

         Il reste un moment silencieux, puis ajoute pensivement :         

  — Sans vouloir vous vexer, je crois que ce vandalisme vous était destiné. Qu’on brade sa maison pour 60.000 euros, il ne l’a pas supporté. Alors, il s’est vengé à sa manière... Il ne pouvait pas prévoir que j’allais renchérir !

         Le pire, c’est que c’est sans doute vrai. 


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