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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 06:47

Les citations dangereuses

  Mon enfance bruxelloise a été bercée par « Les aventures de Bob et Bobette », de Willy Vandersteen, bandes dessinées populaires typiquement belges. En adepte passionnée, je répétais volontiers les « potferdeke », « zwanzeur » et autres belgicismes dont usaient ses héros.

         Or, ce langage fleuri s’émaillait également d’insultes pittoresques. Dans Lambiorix, roi des Éburons, par exemple, Bob décochait à Monsieur Lambique un « ours mal léché ! » qui me ravissait. J’adorais l’image, sans en saisir, bien sûr, la portée vexatoire. De sorte qu’un jour de promenade, je ne trouvai rien de mieux que de la balancer à oncle Doudou qui m’avait, par inadvertance, bousculée. Aussi sec, il me flanqua une claque magistrale en vociférant « qu’il n’allait pas se laisser injurier par une gamine ».

         Ma tante, qui tout d’abord s’était interposée, reconnut qu’en effet, se faire traiter d’ours mal léché par une petite fille de sept ans, c’était inacceptable. Elle m’obligea donc à lui demander pardon — ce qui m’humilia d’autant plus que j’estimais, à juste titre, n’avoir rien à me reprocher.

         Dès lors, je me jurai d’éviter, désormais, toute référence culturelle devant les imbéciles. Je ne l’ai jamais regretté.

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 07:03

Ambition, piège à cons

  Lors d’un voyage en Italie, mon frère aîné avait acheté une poupée de rêve. Une Indienne au teint basané, aux yeux noirs, et parée d’une coiffe en vraies plumes d’oiseaux. Je bavais d’envie devant cette merveille qui, d’ailleurs, m’était destinée.

         — Ce sera ta récompense si tu es première de classe, décréta maman

         À sept ans, j’étais plutôt bonne élève. Mais si la lecture et l’écriture n’avaient plus de secrets pour moi, j’étais, en revanche, totalement dépourvue d’ambition. L’intérêt de la « course aux honneurs » m’échappait — comme il m’a, d’ailleurs, toujours échappé. J’aimais apprendre, mais pour ma propre satisfaction, pas pour être la meilleure. Bref, je n’avais aucun goût pour la compétition.

         Je terminai quatrième, avec une moyenne de 95%. Et crotte ! La poupée allait me passer sous le nez.

         La place était inscrite au crayon, dans le coin supérieur droit du bulletin. De retour à la maison, je n’eus rien de plus pressé que de gommer le 4 pour le remplacer par un 1, un peu maladroit, certes, mais mes parents ne s’y attardèrent pas. Quand je leur annonçait, triomphante : « Je suis première », ils me crurent sur parole. Je n’oublierai jamais ma joie, en serrant sur mon cœur la belle poupée indienne...

         Mon bulletin passa de main en main, jusqu’à ce qu’un de mes frères remarque perfidement :

         — Elle a vraiment une drôle d’écriture, cette maîtresse !

         Dans les minutes qui suivirent — est-il besoin de le préciser ? — mon subterfuge fut éventé. J’eus beau pleurer toutes les larmes de mon corps, ma poupée regagna sa boîte, et la boîte le placard maternel. Je ne me souviens plus en quelles circonstances je l’ai récupérée, quelques longs mois plus tard, mais ma détresse lorsqu’on me l’arracha, je ne l’oublierai jamais !   


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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 16:06

Allez, tous en chœur, c'est pour la bonne cause ! 

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 07:07

Carte d’électeur

  Lorsque je vivais à Moussy-le-neuf, petit village de Seine-et-Marne, il m’arriva une drôle d’histoire. Un employé de mairie, opposé sans doute à l’abstentionnisme, m’envoya d’office ma carte d’électeur. (Je n’en avais pas fait la demande, pour l’excellente raison qu’à cette époque, je ne votais pas.) Jusque là, rien d’exceptionnel, hormis le zèle quelque peu excessif du fonctionnaire. Mais où les choses se corsent, c’est que cette carte, pour une raison que je ne m’explique pas, était libellée au nom de Gudule.

         Après un instant d’incrédulité — que dis-je ? d’ahurissement ! —  j’éclatai de rire, et tous ceux auxquels je la montrai en firent autant. Jamais je ne pus déterminer quel était l’auteur de cette initiative, ni si c’était une plaisanterie, de la simple distraction ou une manière infiniment subtile de boyoter les élections.

         Par la suite, cette carte fut reproduite dans quelques revues d’humour — Fluide Glacial, entre autres, où elle trôna en bonne place dans « Les documents de la mère Docu », de Frémion — et, passant de main en main, finit par s’égarer. Un amateur de curiosités aura sans doute oublié de me la rendre.

         Encore un distrait !

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 06:49

 Récidive

   J’ai souvent raconté comment, enfant, je comprenais les mots de travers, principalement dans les chansons. Pour moi, le « bergère, vite, allons » de Il pleut, il pleut bergère devenait « bergère Vitalon », nom qui me déplaisait. (J’aurais préféré Rose ou Violette, nettement plus glamours.) Dans le succès de Charles Trénet La java du diable, il y avait ces deux vers redoutables : « Au-delà des mers, ce fut bien pire / Le mal gagna, c’est trop affreux ». Aussitôt, cet affreux Malgagna devint l’incarnation de toutes mes peurs nocturnes. Que de cauchemars il m’a provoqués, le bougre ! Quant à la litanie que les sœurs nous imposaient chaque matin, en classe : « Je rends grâce à Dieu tout-puissant, à la très sainte Vierge Marie et à Joseph, son chaste époux », j’ai longtemps cru qu’elle était destinée à nous débarrasser des parasites capillaires.

         Je pourrais en énumérer des dizaines, de ces confusions puériles et charmantes ; vous également, j’en suis certaine. Mais, pour le commun des mortels, elles s’arrêtent à l’âge adulte. Pas pour moi.

         Il y a deux ou trois ans, je discutais avec mon pote Malick à la terrasse du Roc café. Comment en suis-je venue à parler de « fandanruy » ? Je ne m’en souviens pas.

         — Qu’est-ce qu’un fandanruy ? s’enquit-il.

         — Une sorte de fandango à l’ancienne, je suppose. C’est Victor Hugo qui en parle dans son poème « Gastibelza », mis en musique par Georges Brassens.

         Moue dubitative de Malick.

         — Ah bon ? Où ça ?

         Et moi, toute fiérotte, de citer (de mémoire) :

         — « Le roi disait en la voyant si belle, à son neveu / Pour un baiser, pour un sourire d’elle, pour un cheveu, / Un fandanruy, je donnerais l’Espagne et le Pérou / Le vent qui vient à travers la montagne me rendra fou. 

         — « Infant Dom Ruy », corrigea Malick, écroulé de rire.

         J’ouvris des yeux ronds.

         — Mais... ça ne veut rien dire !

         — Bien sûr que si. Le roi s’adresse à son neveu, l’infant Dom Ruy, en le nommant : « Pour un baiser, pour un sourire d’elle, pour un cheveu, / Infant Dom Ruy, je donnerais l’Espagne et le Pérou... »

         Vérification faite sur internet, il avait raison. Ça m’a complètement déstabilisée. Mettez-vous à ma place : durant un demi-siècle, j’avais imaginé Donâ Sabine dansant le fandanruy sous les yeux éblouis du souverain d’Espagne, et d’un seul coup, tout s’écroulait.  

         Pour me venger, j’ai donné ce nom au village de mon livre « Le faiseur d’anges » que j’ai, dans la foulée, dédié à Malick. Et toc !

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 07:13

 

Une vache dans la cuisine

            Je prenais mon bain lorsque mon fils Olivier, alors âgé d'une dizaine d'année, déboule en catastrophe dans la salle d'eau :

— M'man, y a une vache dans la cuisine !

Je, bien sûr, l'envoie promener. La plaisanterie est très marrante, mais je ne suis pas d'humeur.

— Je te jure ! trépigne-t-il. Viens voir si tu ne me crois pas !

Il a un tel accent de sincérité que, troublée, je m'enveloppe dans un peignoir éponge et je descends... pour me retrouver, effectivement, nez à nez avec un vache. Elle était passée par la porte-fenêtre, grande ouverte sur le jardin.

C'est gros, une vache. Énorme. Et mes « pshiii, pshiii, va-t'en sale bête ! » ne l'impressionnaient pas beaucoup !

Affolée, je sors de la maison pour essayer de la faire reculer... et je m'aperçois que trois de ses congénères broutent mes rosiers et bousent sur ma pelouse. En fait, elles avaient défoncé leur clôture pendant la nuit, et s'offraient une petite virée par chez nous, car notre pavillon jouxtait leur pré.

Je n'ai eu d'autre recours que d'appeler les voisins à la rescousse. Ils ont beaucoup ri. Moi, moins. Surtout quand il a fallu nettoyer le jardin ! 

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 06:48

Le carnet du futur

  Je n’étais pas, mais alors pas du tout, d’accord avec l’éducation de ma mère. Et pour être sûre de ne jamais suivre son exemple, je décidai, vers douze-treize ans, d’inaugurer un « carnet du futur » pour y répertorier ses erreurs. Histoire de ne jamais imposer à mes propres enfants ce dont j’avais, personnellement, eu à me plaindre.

         Cette initiative changea ma vie. Au lieu d’avoir peur de me faire gronder, je me mis à guetter la moindre réprimande pour vite, vite, la noter. «  Une de plus ! » me réjouissais-je à chaque fois. En véritable collectionneuse, je les classais par importance, selon leur degré de gravité ou leur fréquence, accompagnées d’un commentaire, du genre :

         Jeudi 25 mars 1958 : quand j’ai voulu raconter à maman ce qui s’était passé en classe, elle m’a interrompue en me disant : « Va ranger ta chambre ». J’écouterai toujours mes enfants, quand ils me raconteront quelque chose, et j’attendrai qu’ils aient fini pour leur faire des remarques.

         Ou encore : 

          Lundi 2 avril 1958 : maman m’a enguirlandée parce que j’avais épousseté les meubles en contournant les objets posés dessus. Quand j’ai prétendu que jes les avais retirés, elle m’a punie. J’ai dû écrire cinquante fois « Je suis une menteuse ». Jamais je ne ferai faire des lignes à mes enfants. Et la poussière restera où elle est.

         Il y avait aussi ses petites manies qui, jusque là, ne m’avaient guère dérangée, mais sur lesquelle, soudain, je focalisais. Son habitude de citer des proverbes à tout propos ou d’émailler ses phrases d’interjections wallonnes. Son côté soupe au lait. Ou encore, sa précipitation à débarrasser la table avant qu’on ait fini de manger... Bref, je me mis à épier ses faits et gestes — même quand ils ne me concernaient pas — pour y trouver de quoi alimenter ma quête.

         Cela dura presque un an, puis je délaissai le « carnet du futur » pour d’autres occupations, plus épanouissantes. Et je l’oubliai.

         Quatre décennies plus tard, en vidant le grenier de mes parents décédés, je le retrouvai, au fond d’une malle. Ma mère l’avait pieusement conservé, avec mes cahiers de classe et mes premiers poèmes. Je fus épouvantée à l’idée qu’elle l’ait lu.


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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 07:01

Prenez-moi comme une bête !

  Été 1983. Dans le cadre de sa revue « Psikopat », Alex sort des tee-shirts hilarants et provos comme j’aime. Deux d’entre eux en particulier, dont les slogans : « Tu avales ou tu craches ? » et « Prenez-moi comme une bête ! » sont clamés par des p’tites nanas comme seul mon mari sait en dessiner.

         Je craque aussitôt pour « Prenez-moi comme une bête ». Dans un premier temps, tout le monde se marre, puis on s’habitue — d’autant que je ne porte plus que ça. Ce tee-shirt devient ma seconde peau, et, avec le temps, je zappe complètement le message qu’il véhicule.

         Voilà pourquoi, me baladant ainsi vêtue en plein Barbès, je m’étonne des regards insistants dont les passants gratifient mon poitrail, pourtant de dimensions modestes. Jusqu’à ce que je réalise...

         Oh, bordel ! Si c’est pas un appel au viol, ça !

         Affolée, je me rue dans la première boutique venue pour y acheter un veste, un foulard, un châle, n’importe quoi qui cache mon T-shirt. Et comme tout ce qui s’y vend est d’une hideur sans nom, je jette mon dévolu sur un gros pull en solde que je porte, impavide, jusque dans mes foyers.

         Il fait 35° à l’ombre.

         On peut dire que j’ai eu chaud !

 

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 07:02

 

Jim Hawkins

   « L’île au trésor », paru en BD dans le Spirou d’après guerre, me fascinait. Bien que les tenants et les aboutissants de l’histoire m’échappent totalement, j’étais raide-dingue de Jim Hawkins, petit héros blond et déluré auquel je m’identifiais avec passion. Donc, seule ou avec mes copains du Thier-à-Liège, je jouais à Jim. J’étais Jim, combattant les méchants pirates avec une branche d’arbre que je passais à ma ceinture, en guise de sabre d’abordage.

         Mais, dans mon esprit d’enfant, Jim devait forcément être blessé. Et pas n’importe où : à la tête. Ne me demandez pas pourquoi, je l’ignore. Sans doute une vignette représentant la chose m’avait-elle particulièrement frappée. Toujours est-il qu’un jour où Tantine, ayant des courses à faire, m’avait laissée sous la (vague) surveillance de mes grands cousins, nous décidons, ma copine Josiane et moi, de jouer à Jim. Armées de nos branches fraîchement coupées, on commence à se battre en duel, et, selon l’immuable déroulement du scénario, elle me blesse. C’est là que — grande première ! — par souci de crédibilité (et profitant de l’absence de ma tante), nous montons dans sa salle de bains chercher des pansements et du mercurochrome. Josiane m’entortille le front de gaze blanche qu’elle badigeonne soigneusement de rouge, puis nous reprenons notre jeu.

         Sur ces entrefaites, Tantine rentre. Voit mon déguisement de loin. Et manque de se trouver mal.

         Le temps que je rapplique pour lui expliquer, elle a déjà enguirlandé l’un de mes cousins. Résultat : lorsque la vérité éclate, sa colère se retourne contre moi, mon cousin en rajoute une couche, Josiane est priée de rentrer chez elle et on m’envoie dans ma chambre sans souper.

         Eh bien, vous me croirez si vous voulez, j’ai adoré ça. En butte à l’injustice, à la répression, et « mise à fond de calle » par un capitaine tyrannique, j’étais enfin vraiment un Jim selon mon cœur !


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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 07:02

L’herbe bleue

  Et tiens, à propos de niaiserie... Ça devait être en 72 ou 73, par là. À cette époque, la Convention de la Bande dessinée avait lieu à la salle de la Mutualité, à Maubert (la Mutu, comme on disait). Nous nous y étions rendus, Alex et moi, avec tout l'enthousiasme et la candeur qui nous caractérisaient alors. Nouvellement débarqués du Liban, nous étions éblouis par l'univers mythique de la B.D. Quant à ses vedettes, les Gotlib, Bretecher, Mandryka, Forest et autre Moebius, c'était carrément de l'idolâtrie. Je revois Frémion en salopette rayée, barbu et chevelu comme un Christ, faisant faire ses premiers pas à sa fifille ; Shlingo, encore inconnu mais bédéphile à mort, claudiquant derrière Fred pour le photographier, et clamant haut et fort : « Tout sur la liaison Fred-Carali dans le prochain Havane Primesautier » ! (son fanzine de l’époque).

         Un moment, j’aperçois le grand T. et Anne D., sa compagne du moment, rôdant comme des zombis dans la foule, sans voir ni entendre personne.

         — Regarde, on dirait des anges, glissai-je à mon mari. Ils doivent être en pleine inspiration !

         Andouille : c'était le teuch !

         M. (le même que dans « Crotte de chien », oui, exactement) traînait dans un coin avec quelques potes. On s'approche de lui, on le salue et il nous dit, l'œil curieusement rétréci :

         — Putain, je déteste ce genre d'endroit ! Il m'a fallu deux joints pour pouvoir venir...

          Et moi, ne comprenant pas de quoi il s’agissait :

         — Des joints de culasse ?

         Fallait-il qu'il soit défoncé pour éclater de rire à ce qui devait lui apparaître comme une vanne minable — alors que c'était juste l'expression d'une vertigineuse ignorance !

         Au Liban, pourtant grand producteur de ce genre de gâterie, nous n’en avions même jamais entendu parler. C’était pour les touristes, ça, pas pour les locaux !

         Bon, on s’est bien rattrapés depuis, rassurez-vous. En tout cas, moi.

     
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