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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 07:39

Je ne suis pas celle que vous croyez !

  Encore une histoire de parano ? Allez, ne boudons pas notre plaisir. En 1971, Alex bossait dans une petite agence de publicité dont le directeur, un Belge nommé Jo Vandamme, avait tout du séduisant Viking. Emma, sa secrétaire, était une adorable grosse blonde toujours vêtue de longues robes Laura Ashley (le Bilitis  de David Hamilton ayant remis l'imprimé liberty et les chapeaux de paille au goût du jour).

Un soir, en rentrant du travail, mon mari m'annonce :

  Nous sommes invités à dîner chez une de mes collègues de boulot.

Moi, ravie : j'étais mère au foyer et ne connaissais personne, dans ce fichu Paris où nous n'étions que depuis quelques mois — à part ma voisine de palier à laquelle, illico, je demande de jeter un coup d'œil sur les gosses en mon absence. Je me fais toute belle : la petite robe noire à col blanc, achetée pour mon mariage dans une friperie de Beyrouth (et, est-il besoin de le préciser, monstrueusement démodée), des mini-talons, et hop ! en route.

         Nous débarquons dans un appartement qui m'ahurit littéralement. Pas de meubles, à part des coussins, des table basses, une gigantesque bibliothèque, et des plantes vertes à foison. Sur les murs des fresques érotico-bucoliques — nymphes grassouillettes et satyres au membre hypertrophié, copulant à fesses-que-veux-tu —, le tout éclairé par d'immenses candélabres, au son d'une musique religieuse du XIIIème siècle.

         Et tout cela n’est rien à côté de Didier, le maître des lieux (et l’auteur des fresques) ! Imaginez un Gainsbourg chauve, dont les rares cheveux forment comme des petites cornes, vêtu d'une grande robe rouge de gourou médiéval...

         Bref, on s'installe dans les coussins, on trinque, Jo Vandamme nous rejoint et la soirée se poursuit à cinq. Bien que je ne comprenne pas tout, je sens, à certains propos échangés, à des regards, des private joke, des rires, qu'une complicité de toute évidence libidineuse unit Jo à nos hôtes. Une ambiance puissamment sensuelle s'instaure, d'autant que nous mangeons allongés sur la moquette, comme les convives d’une orgie romaine.

         Soudain sans crier gare, Alex s'endort.

         « Ils l'ont drogué ! » me dis-je, épouvantée.

         Me voilà à la merci de ces trois débauchés qui, depuis des heures, j'en suis certaine à présent, salivent en me convoitant, moi, l’oie blanche de service, la petite immigrée pas encore déniaisée.

         Une peur panique m'étreint lorsqu’Emma propose, le plus naturellement du monde :

         — Si nous passions dans la pièce à côté, pour laisser ce pauvre garçon se reposer en paix ? 

         Or, la pièce en question, c'est la chambre à coucher...

         Je n'ose pas protester et on se retrouve sur le lit : moi, toute crispée et prête à m'enfuir au moindre geste suspect, eux, fabuleusement décontractés.

         Il ne s'est rien passé entre nous, je le jure. Rien de rien. Pas même un geste ambigü. Par après, Emma, Didier et Jo sont d'ailleurs devenus d'excellents amis et, quoique de mœurs très libres, n'ont jamais cherché à nous "embrigader". Alex s'est réveillé une demi-heure plus tard en s'excusant : il avait eu un petit coup de barre dû, sans doute, à l'alcool (il n'avait pas l'habitude de boire). Et je n'ai jamais parlé de ma parano à personne, pas même à lui. La niaiserie a ses limites, tout de même !


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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 07:07

Gudul’s connexion 

  En 1999, invitée par l’Alliance Française de La Paz, je me rends en Bolivie. Avant mon départ, des amis qui connaissent bien le pays rm’ont prévenue : à 4000 mètres d’altitude, la respiration est laborieuse et le cœur dérouille. Les Européens ont souvent des malaises.

         — Pour éviter tous les problèmes, fais comme les Indiens, mâche des feuilles de coca, me recommandent-ils. C’est un  stimulant cardiaque naturel, utilisé depuis des millénaires.

         Je suis ce conseil à la lettre. Rien de plus facile, d’ailleurs : cafés, restaurants, magasins, administrations mettent, à la disposition du public, des petits ramequins remplis de ces feuilles qui ressemblent à du laurier. De plus, la boisson de base de la population est le « maté de coca », une infusion servie le matin, à mon hôtel, et en journée, dans tous les bars de la ville. Bien que le goût ne soit pas terrible, je remplace donc mes habituelles pauses-café par des pauses-maté, et m’en trouve bien.

         La veille de mon retour, je me dis : « Si je ramenais un peu de ce breuvage à Sylvain ? » et j’achète, dans le supermarché du coin, un paquet de cent dosettes vendu au rayon thé. Puis je prends mon avion, sans arrière-pensée.

          Or, je voyage par la TAM, compagnie aérienne brésilienne. Ni le personnel, ni les passagers ne parlent français. Ce n’est, en soi, pas très dérangeant, jusqu’à l’aterrissage à Charles de Gaulle. Car au moment où l’avion se pose — de manière un peu chaotique, ce que, plongée dans un bouquin, je remarque à peine —, le pilote annonce quelque chose au micro, et les hôtesses passent dans l’allée en nous exhortant à rester assis. 

         Un quart d’heure s’écoule sans que les portes s’ouvrent. J’en demande la raison à mes voisins qui me répondent en portugais ou en anglais, deux langues que je ne comprends pas. De ma place, je n’ai pas accès aux fenêtres mais des lueurs de girophares me parviennent par intermittences.

         C’est alors que l’évidence me fond dessus.

         « Mon maté de coca ! »

         Dans ma tête s’élabore aussitôt un fulgurant scénario-catastrophe. La brigade des stups a eu vent de mon achat. En ce moment même, des chiens sniffeurs fouillent la soute à bagage ; les flics retiennent les passagers jusqu’à ce qu’ils aient coincé le coupable — c’est-à-dire moi, devenue par inadvertance trafiquante de cocaïne... Dans un  état de panique indescriptible, je prépare ma défense : « C’est juste de la tisane, monsieur le commissaire, pas une drogue, je vous jure ! Je me suis renseignée au consulat de France, et on m’a assuré que ce produit était légal. Vous pouvez les appeler, ils vous confirmeront. Tout le monde boit ça, en Bolivie, même les enfants ! » Hélas j’ai beau tenter de me rassurer, la peur enfle, enfle. Quand, enfin, les portes s’ouvrent, elle a atteint son paroxysme.

         Des hommes en uniforme montent à bord et font sortir un à un les voyageurs, en leur recommandant — en français, cette fois — de ne pas s’affoler : ils maîtrisent la situation. Toute fuite s’avérant impossible, je me laisse entraîner vers l’inévitable garde à vue... 

         Sur le tarmac, des ambulances, des fourgons de police, des voitures de pompiers nous accueillent, et pour cause : l’avion a quitté la piste et s’est embourbé jusqu’au ventre dans la pelouse. C’était donc ça, les secousses ressenties lors de l’atterrissage ? Mais alors, ce déploiement de forces ne m’était pas destiné ?

         On a juste frôlé l’accident mortel ?

         Ah bon ?

         Quel soulagement !  

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 17:54

... de "Mémoire d'une aveugle : http://www.wagoo.fr/

Merci, Maestro ! 

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 07:00

La petite fille qui criait « au loup ! »

   De notre cour, à Bruxelles, nous entendions tout ce qui se passait chez les voisins. Ce fut ainsi qu’un matin d’été, issus d’un logement que je ne pus identifier, me parvinrent des appels du plus haut comique :

         — Manman, y a plus de papier ! 

          Après avoir bien ri, je décidai de reprendre ce gag à mon compte, et me mis à brailler par la fenêtre des toilettes :

         — Manman, y a plus de papier ! 

         J’avais chargé ma voix d’une telle détresse que ma mère, toutes affaires cessantes, se hâta de m’en apporter. Et nous nous marrâmes en chœur de la bonne blague.

         Enivrée par ce franc succès, je réitérai. Mon père, puis mes grands frères, tombèrent dans le panneau. Mon oncle Doudou et ma tante Ida également. Après quoi, la farce, éventée, cessa tout de bon d’être drôle. Force me fut donc d’y renoncer — à contrecœur, je précise. Jusqu’au jour maudit où la situation se présenta pour de vrai.

         Hélas, ce jour-là, j’eus beau m’époumonner, personne ne vint à mon secours. Et j’en fus réduite à cette honte suprême : sortir des toilettes SANS m’être essuyée ! 

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 07:12

Rappelle-toi, Barbara

  C'était l'été 1996. Nous étions en vacances à la ferme, en famille. Il faisait beau. J'étais bronzée, je me sentais jeune (!), belle (!!), j'avais envie de jouer les sauvageonnes (!!!). Il y a des moments comme ça, rares, privilégiés, où le passé et le présent se rejoignent... Chapeau de paille délavé, débardeur noir, vieux jean coupé à mi-cuisse, pieds nus, je jouissais de cet état de grâce sensuel dû, sans doute, au soleil, à l'odeur des blés, aux chevaux dans le pré voisin, à l'herbe haute où chantaient les grillons.

         Barbara, l'aînée de mes petites-filles, s'approche en sautillant. Dix ans, rousse, toute légère dans la lumière, elle se plante devant moi et me scrute de haut en bas. Je lui souris. Nous sommes si proches l'une de l'autre, malgré les quelque quarante ans qui nous séparent ! Elle prend un air mutin, répond à mon sourire et lance gentiment :

         — Cache tes vieux genoux, va !

         Durant le reste des vacances — particulièrement caniculaires —, j'ai porté des pantalons.         

 

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 06:53

Une petite histoire de con et de fesse

  Sept ans, l’âge de raison. À la paroisse, nous sommes une vingtaine de futures communiantes.

       — Pour recevoir Jésus, votre âme doit être pure, dit la sœur catéchiste, en nous emmenant à l’église. Vous allez donc vous confesser. Vous vous souvenez comment on fait ?

         Si on s’en souvient ! Elle nous le serine depuis des semaines.

         — On entre dans le confessionnal, répondons-nous en chœur. On avoue nos péchés à monsieur le curé, il nous pardonne, nous donne une pénitence, et on repart aussi propre que si on sortait de notre bain.

         — Très bien. Agenouillez-vous sur les prie-dieu, vous passerez chacune à votre tour. Et pendant que vous attendez, faites votre examen de conscience.

         C’est à ce moment-là que je commence à flipper. Mettez-vous à ma place : je suis assez sage, dans l’ensemble. Du coup, j’ai pas grand chose à raconter. Un p’tit mensonge par-ci par-là, quelques centimes piqués dans le porte-monnaie de maman pour acheter des bonbons... Franchement, de quoi je vais avoir l’air, devant le curé ?  Lui qui a l’habitude de confesser de grands pécheurs !

         En fait, si je ne veux pas me couvrir de ridicule, il faut que j’invente des trucs qui valent vraiment la peine. Genre des crimes, des incendies, des cambriolages, voyez ?

         Oui mais, me croira-t-il ?

         Après avoir longuement pesé le pour et le contre, je file un coup de coude à ma voisine, plongée dans un livre pieux.

         — J’sais pas quoi dire, et toi ?

         — Regarde là-dedans, y a plein d’idées, me répond-elle en me tendant l’opuscule, intitulé : Aide-mémoire du jeune pécheur. 

         Je l’ouvre au hasard et tombe sur cette phrase, en caractères gras : « Ai-je manqué de chasteté ? ». Bien que je ne comprenne pas ce que ça signifie, la formule me séduit. Ce péché-là fait sûrement plus sérieux que les miens, puisqu’il est écrit dans un livre. Et en plus, il est adapté à mon âge.

         Mon tour arrive. Je me glisse dans le réduit obscur et, quand le petit clapet s’ouvre, je récite tout d’une traite :

         — Mon père, pardonnez-moi car j’ai beaucoup péché par pensée, par parole, par action et par omission. J’ai menti trois fois, j’ai volé deux fois, et j’ai manqué quatre fois de chasteté.

         — Manqué de chasteté ? s’étonne le curé. De quelle manière ?

         La question me prend de court. J’avais pas prévu ça, moi ! Affolée, je bredouille une excuse avant de m’éclipser, sans attendre l’absolution.

         Sur le chemin du retour, je raconte cette aventure à ma copine Claire, qui s’esclaffe : 

         —Manquer de chastetré, tu sais ce que ça veut dire ?

         — Ben non.

         — Que tu t’es tripoté le kiki, tiens !

         J’ai plus jamais osé regarder le curé en face.  

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:47

... pour cette photo extraite des "0rphelines vampires" de Jean Rollin, qui me montre en train de pousser mon célèbre cri de poule. On y voit également Natalie Perrey, morte le mois dernier, à laquelle je pense avec émotion. 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 07:08

Transfuge

  Fin 1990, chez Grasset Devant la machine à café, on parle de J.H., auteur qui monte.

         — J’ai lu son premier manuscrit quand je bossais au Fleuve Noir, fanfaronnai-je. Le choc ! Son texte m’a tellement plu que, lorsqu’on s’est revus, je lui ai sauté au cou.

         Tout le monde rigole puis retourne à ses occupations, sauf un jeune stagiaire, resté en retrait.

         — J’ai écrit un roman, me dit-il en rougissant. Mais je n’ai jamais osé le montrer à personne. Vous ne voudriez pas y jeter un coup d’œil ? 

         Sans attendre ma réponse, il me tend une pile de feuillets.

           Ne vaudrait-il pas mieux vous adresser à vos collègues ? suggérai-je. Ce sont des professionnels de l’édition, ils seront plus à même que moi de vous aiguiller...

         — Je préfèrerais d’abord avoir votre opinion, rétorque le stagiaire.

         Et, avec un sourire craquant, il ajoute :

         — J’espère que, moi aussi, vous me sauterez au cou !

          De retour à la maison, je me plonge dans le manuscrit qui, au bout de quelques pages, me tombe des mains. L’histoire est incompréhensible, prétentieuse, truffée de fautes d’orthographe et d’erreurs de syntaxe. Un vrai pensum !

         Me voilà bien embêtée. Comment dire au pauvre gars que sa prose est à chier ? Et qui suis-je, moi, pour m’autoriser un pareil jugement ? Assassiner Mozart, c’est pas vraiment mon truc...

         Mais bon, s’il tente de faire publier cette merde, il va en prendre plein la tronche. N’est-ce pas mon rôle d’aînée de lui éviter ça ?

          Après moult tergiversations, je choisis la méthode la plus lâche – celle qu’utilisent les éditeurs, et contre laquelle je me suis élevée tant de fois. Je lui envoie une lettre expliquant, en substance, « qu’en dépit de ses indéniables qualités littéraires, son roman a besoin d’un sérieux retravail ». Et de peur qu’il me demande des éclaircissements, je ne remets plus les pieds chez Grasset pendant six mois. 

       Ainsi passe-t-on, sans le vouloir, dans le camp adverse. 

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:09

Mange avec les rats

  Suite au pénible incident qui précède, maman changea de méthode éducative. Elle m’envoya finir mon assiette à la cave. Sans lumière, bien sûr !

         — Dès que tu auras terminé, tu pourras sortir, me dit-elle. Mais attention : si tu traînes trop, les rats affamés vont venir te grignoter les orteils. Ils raffolent de la chair humaine !

         Elle referma la porte, et une peur affreuse m’envahit. Car devant moi, en bas des escaliers, il y avait le tas de charbon. Dans l’obscurité, la faible clarté du soupirail faisait luire les « boulets », et je croyais y discerner des dizaines d’yeux brillants. Épouvantée, j’avalai mon repas en deux temps trois mouvement. Mes parents applaudirent et, convaincus d’avoir enfin trouvé la solution, récidivèrent le lendemain.

         Cependant, entre-temps, j’avais réfléchi. Si les rats avaient faim, pourquoi ne pas leur donner mon dîner ? Ce n’était, certes, pas de la chair humaine, mais peut-être se contenteraient-ils d’un steack coupé en petits morceaux ? Dominant ma peur, je descendis à tâtons et, m’approchant du tas de charbon, j’y versai le contenu de mon assiette avant de faire volte-face et de remonter dare-dare. Le lendemain, je m’enhardis même à appeler « petits ! petits ! » comme on le faisait au parc, en jetant du pain aux canards. 

         Mes parents n’y virent que du feu, jusqu’à ce que papa, en allant chercher de quoi allumer le poële, découvre les reliefs de mes repas. J’eus beau lui expliquer que je voulais juste « nourrir ces pauvres bêtes qui n’avaient rien à manger », je n’échappai pas à une méga-fessée. J’avais néanmoins acquis une certitude : la cuisine de ma mère était si mauvaise que même les rats n’en voulaient pas. Ce que je m’empressai de lui ressortir, à la première occasion !


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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 07:14

La viande

  Enfant, je n’avais aucun appétit. La viande, surtout, me dégoûtait. Or, ma mère était convaincue que ma survie dépendait du steack quotidien. Elle m’obligeait donc à absorber cette matière que j’estimais répugnante et qui me provoquait de violents haut-le-cœur.

         Un jour, en pleine séance de torture, la solution m’apparut, lumineuse. Pourquoi avaler, puisque c’était si pénible ? Il suffisait que je stocke le mâchouillis dans ma joue, comme le font les hamsters, et le tour était joué !

         Je me retrouvai donc avec une « chique » — mais l’assiette vide.

         — Dépêche-toi d’avaler, recommanda ma mère, en me mettant mon manteau pour m’amener à l’école maternelle.

         Et comme ma joue ne désenflait pas, en cours de route :

         — Interdiction de cracher, hein ! précisa-t-elle.

         La maîtresse, bien sûr, remarqua la chose.

         — On ne mange pas de bonbon en classe, dit-elle sévèrement.

         — Ce n’est pas un bonbon, c’est ma viande de midi. 

         — Va vite la cracher aux toilettes !

         — J’ai pas droit, maman me l’a défendu.

         Impressionnée par tant d’obéissance, la maîtresse n’insista pas. Mais à quatre heures, comme j’avais toujours ma boule, elle parla à ma mère qui, sitôt rentrée à la maison, m’envoya la cracher. Cette fois, c’est moi qui refusai. La viande, planquée dans son rabicoin, était devenue une sorte de pelote de ficelle qui ne me dérangeait pas trop. En revanche, l’idée de la faire revenir dans ma bouche, au vu et au su de mes papilles gustatives, m’horrifiait littéralement.

`         Ils ont dû s’y mettre à deux, avec papa, pour me déserrer les mâchoires et aller récupérer le magma avec les doigts, au milieu de mes hurlements. L’on avait, en ce temps-là, une bien curieuse idée de la pédagogie !


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