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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 07:10

Appelez-moi Théofille

   Vers neuf ans, j’ai commencé à écrire des poèmes. Celui que j’estimais le plus réussi s’intitulait « Le pays de mes amours » et commençait ainsi :

 

                  De la verdure toute fraîche

                  Aux arbres de bonnes pêches

                  Là-bas le jardinier qui bêche

                  C’est le pays de mes amours.

 

         Suivaient deux autres strophes de la même veine que je ne me privais pas de réciter à tout venant. Mes copains du Thier-à-Liège appréciaient beaucoup, jusqu’au jour où Ginette, jalouse de mon succès, me lança en pleine poire :

         — Il est pas de toi, ce poème. Il est de Théophile Gautier.

         Et comme je protestais avec énergie.

         — C’est ma mère qui me l’a dit, précisa-t-elle, féroce.

         Devant cette "preuve" irréfutable, l’opinion publique, versatile par nature, tourna à mon désavantage.

         — Alors comme ça, tu t’appelles Théophile ? ricana Jean-Aimé.

         — Théofille, plutôt ! pouffa Louis.

         — Théofille, Théofille ! reprirent les autres, pliés de rire.

         Durant plusieurs semaines, ils me surnommèrent ainsi. J’en chialais de rage. Jusqu’à ce que je découvre « Émaux et Camées » dans la bibliothèque de mon oncle et que je m’y plonge avec délice.Mon attitude, alors, changea du tout au tout. Car en me confondant avec ce grand poète, la mère de Ginette m’avait hissée à son niveau. Quel formidable compliment pour la gamine éprise de littérature que j’étais déjà ! Dès lors, à chaque fois qu’on m’appela Théofille, je me sentis flattée et remerciai chaleureusement. Ce qui mit fin à la cabale.

 

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 07:12

Le kidnappeur

   Au Thier-à-Liège, avec le grand Louis (il avait dix ans et moi à peine sept), nous aimions beaucoup jouer au kidnapping. J’installais mes poupées sur la terrasse, bien alignées en rang d’oignons, et je partais soi-disant faire les courses. Louis arrivait en catimini et, profitant de mon absence, les enlevait. A mon retour, je devinais ce qui s’était passé et me précipitais sur leurs traces. L’aventure se soldait par une course-poursuite à travers le jardin — et même, quelquefois, par une partie de cache-cache ou de quête au trésor (« tu brûles... non, là, c’est froid ; si tu ne cherches pas mieux, tu ne retrouveras jamais tes enfants ! »). Bref, le kidnapping était un jeu complet, qui les contenait tous...

         Le seul problème, c’est que pour moi, ce n’était pas vraiment un jeu. Je m’impliquais trop. Les souffrances de la mère dépossédée de ses gosses, je les éprouvais réellement. Sa haine pour le ravisseur aussi. De sorte qu’un jour, je conçus un plan machiavélique. Au lieu de m’éloigner comme d’habitude, je me mis en embuscade avec un gros bâton et quand Louis se pointa, je le lui assenai de toutes mes forces sur le crâne.

         Aux cris qu’il poussa, Tantine apparut, vit le malheureux gamin en sang, et envoya un de mes cousins prévenir sa mère qui, elle-même, appela les pompiers. Au milieu d’un tohu-bohu indescriptible, on me pressa de questions auxquelle je ne pus que répondre, d’une voix hoquetante de larmes :

         — C’est pas ma faute, j’ai juste défendu mes enfants !

         En représailles, je fus cantonnée une semaine dans ma chambre. Je n’y restai que deux jours, grâce à l’intervention de Louis, remis de ses émotions après huit points de suture. Avec une galanterie dont je lui sus longtemps gré, il affirma être le seul coupable : il m’avait fait trop peur et j’étais si petite...

         A dater de ce jour, nous remplaçâmes le kidnapping par le Monopoly, nettement moins dangereux. Moins passionnant, aussi. Le fric, ça n’a jamais été ma tasse de thé...


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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 07:08

P’tite boutique des horreurs

      En 1985, nous vivions, Sylvain, Mélanie et moi, dans 27 mètres carrés. Il était donc exclu d’avoir des animaux, ce qui désolait ma fille, alors âgée de sept ans. Hormis peut-être des poissons rouges...Un couple de cyprins, répondant aux doux noms d’Audrey et Seymour, prend donc place dans une vasque garnie de graviers de rivière, posée sur la commode.

         Le seul problème, avec les aquariums, c’est que ça sent. Quand on ne change pas l’eau assez souvent, je veux dire. Or, c’est hélas le cas. Si bien qu’un jour, pendant que Mélanie est en classe, je décide de nettoyer le bocal de fond en comble. Je transvase ses occupants dans un saladier, et me voilà qui frotte, gratte et récure avec entrain. Bientôt, les parois de verre étincellent. En revanche, j’ai beau passer et repasser le gravier sous l’eau, il pue toujours autant.

         Aux grands maux les grands remèdes : j’inonde d’eau de javel les petits cailloux récalcitrants, puis je les rince soigneusement avant de les remettre en place. L’aquarium tout propre fait plaisir à voir. Une vraie publicité pour produit de nettoyage !

         Toute contente, je réinstalle Audrey et Seimour dans leur « p’tit nid vert ». Une demi-heure plus tard, Mélanie rentre de l’école. Son hurlement d’horreur, jamais je ne l’oublierai !

         — Maman ! Maman ! Mes poissons sont tout blancs ! 

         Je jaillis de la cuisine où je préparais le goûter, pour la recevoir, en larmes, dans mes bras. Vision d’épouvante : Audrey et Seymour, totalement décolorés, flottent, le ventre en l’air, à la surface de l’eau...Le remords du bourreau qui plonge ses victimes dans un bain d’acide, je l’ai éprouvé, à cet instant, je le jure. Doublé de celui de la mère indigne, torturant moralement son enfant éplorée. Tout ça par un absurde souci d’hygiène...

         Aussi n’ai-je pas peur de le crier haut et fort : à bas la propreté ! La saleté, c’est la vie !

 

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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 07:20

Le visage de l’échec

 Et tiens, en parlant du Fleuve Noir, un petit souvenir oublié me revient.  C’était au temps de la collection « Frayeur ». Jean Rollin, dont le planning prévoyait quatre bouquins par mois, craignait d’être pris de court malgré ce qu’il appelait « son carré de bosseurs ».

 — Il me faudrait plus d’auteurs, me disait-il souvent. Mais les bons écrivains d’horreur ne courent pas les rues...

Or, une de mes ex-amies — appelons-la Sophie Lepic—  avait publié, l’année précédente, un premier roman assez réussi, dans la collection « Angoisse ». Et, bien que nous soyons en froid depuis des années, je savais qu’elle n’attendait que l’occasion d’en écrire d’autres. Manque de bol pour elle, « Angoisse », dirigée par Gargouille (vous vous souvenez ?) s’était arrêtée, supplantée, justement, par « Frayeur ».

Et si je lui proposais de rejoindre notre équipe ?

Sylvain, à qui je fais part de cette suggestion, m’y encourage vivement.

— Elle sera ravie que tu lui tendes la main, assure-t-il. Et non seulement ça mettra fin à une brouille ridicule, mais ça rendra service à deux personnes : une recrue de qualité pour Jean et un tremplin pour elle. Le jeu en vaut la chandelle, je trouve.

D’accord. Je m’assieds sur ma fierté, j’appelle Sophie. Coup de bol, je tombe sur sa boîte vocale. En quelques mots, je la mets au courant de la situation et l’invite à contacter Jean de ma part.

 Le week-end passe sans qu’elle me rappelle — ce qui ne m’étonne qu’à moitié —, et le lundi, quand je me pointe au Fleuve Noir :

 — Merci ! aboie Jean, sitôt qu’il m’aperçoit.

 Bigre ! Ce n’est pas dans ses habitudes de m’agresser de la sorte !

 — Qu’est-ce qui se passe ? 

— Gargouille vient de me faire une scène épouvantable. Elle m’accuse de débaucher ses auteurs, de « faire de la retape » par ton intermédiaire...

— Mais... pourquoi ?

 — Sophie Lepic l’a avertie dès qu’elle a reçu ton coup de fil, et elles se sont monté le bourrichon. Où as-tu dégoté une cinglée pareille ? Je te préviens, quoi qu’il arrive, pas question qu’elle travaille pour moi !

 À ma connaissance, Sophie Lepic n’a plus jamais rien publié. Et une question me tarabuste : est-ce sur l’autel de la fidélité ou sur celui de la rancune qu’elle a sacrifié sa carrière ? Quel visage a son échec ? Celui de Gargouille ou le mien ? Je ne le saura sans doute jamais

 À moins que d’ici là on se réconcilie...

 

 

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15 mars 2012 4 15 /03 /mars /2012 06:22

Pataquès

  Sur les conseils d’une lectrice, je me suis amusée à répertorier tous mes livres refusés. J’en ai trouvé beaucoup. Au moins la moitié de ma production. Mais le plus joli exemple est très certainement « La Bibliothécaire ».

         Au temps où nous « vendions » encore nos manuscrits sur synopsis, un éditeur de chez Pocket, décédé aujourd’hui — et auquel je trouvais une ressemblance frappante avec Georges Moustaki — lance une collection de romans fantastiques pour la jeunesse. Comme, à l’époque, je travaille au Fleuve Noir dont les bureaux se trouvent dans le même bâtiment, il fait tout naturellement appel à moi. Dans les jours qui suivent, je lui apporte le résumé d’une histoire destinée aux 10-13 ans, qu’il lit d’un œil critique avant de déclarer, la mine affligée :

         — Ma pauvre Gudule, t’as vraiment rien compris !

         Bon, d’accord, mon idée lui déplaît. Je la remets donc dans ma culotte, mais pas pour longtemps. Un mois plus tard, au Salon du Livre de Paris, je croise l’un des plus merveilleux éditeurs qu’il m’ait été donné de rencontrer : Laurent David, directeur du Poche Jeunesse chez Hachette. Il vient de me publier « La vie à reculons » et nous sommes vraiment sur la même longueur d’ondes. Timidement — car son érudition, tout autant que son grand âge et sa haute stature, m’impressionnent un peu —, je lui tends mon synopsis. Il s’arrête dans l’allée, et sans se soucier de la foule, le lit tranquillement. Ô miracle, au fil de sa lecture, je vois petit à petit s’éclairer son visage, et quand il termine :

         — Je vous envoie votre contrat lundi, me dit-il dans un sourire.         

         «  La Bibliothécaire » a aujourd’hui largement dépassé le million d’exemplaires, et est traduit dans une dizaine de langues.  Le jour où j’ai raconté cette histoire à la directrice actuelle de Pocket, je crois qu’elle a connu un grand moment de solitude.           

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 06:29

Camping 2

   Parmi les habitués du camping des Colombes, il y avait Costa, un Grec d’une trentaine d’années, bon vivant, grande gueule et cul-de-jatte. Enfant, un tram lui était passé dessus, tranchant net ses membres inférieurs. Il vivait ce handicap avec beaucoup d’humour (« tu me casses les pieds » ou « lâche-moi les baskets ! » faisaient partie de ses vannes habituelles), maniait son fauteuil roulant de main de maître, conduisait sa voiture et pratiquait de nombreux sports, dont la natation.

          Je n’ai jamais compris comment on pouvait nager sans jambes, mais c’était un fait : dans l’eau, Costa flottait aussi bien que vous et moi. Que dis-je ? mieux que moi qui bois la tasse pour un oui pour un non. 

          Ce jour-là, c’était justement le cas. La mer était très agitée. Bousculée par une vague un peu trop turbulente, je paniquai et me raccrochai à ce que je pouvais.

         Le slip de bain de Costa, en fait.

         Qui me resta dans les mains, forcément.

         Vous imaginez la honte ?

         Costa éclata de rire. Puis il récupéra son bien et le réenfila vaille que vaille, en gloussant :

         —  Oups ! Pas facile de mettre un caleçon sans avoir pied ! 

         Ah, c’était un seigneur, Costa !

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 08:19

En l'honneur du salon de livre, un petit souvenir attendri : le stand Florent Massot, en 1997. A l'avant-plan, Jean Rollin entouré de ses auteures, et à l'arrière, Alain Venisse et Florent Massot en personne. Le tout sous l'œil goguenard de Raymond Audhemar. 

IMG.jpg

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 06:46

Camping

  L’été, comme la ville était trop suffocante, nous dressions notre tente dans un camping au bord de la mer, à une vingtaine de kilomètre de Beyrouth. J’y restais de début juin à fin septembre avec mes deux loupiots. Alex partait à l’aube et nous rejoignait en début d’après-midi, les horaires de bureaux, durant ces quatre mois torrides, étant de 7 à 14 h.

         Ce camping joliment dénommé « Les Colombes »  — une prairie ombragée descendant en pente douce vers une crique rocheuse —, s’agrémentait de bâtiments à usage collectif, et en particulier une grande cuisine.`Un soir, j’y préparais des pâtes en compagnie d’Olivier qui commençait à marcher. Nous étions seuls.  Je mets chauffer une casserole d’eau et, tandis que je découpe les oignons pour ma sauce, le « petit château branlant »  part en exploration. Tout en le surveillant du coin de l’œil, je continue à m’activer.

         Comme il s’agrippe au rebord de la poubelle, je le rejoins avec un « tttt » désapprobateur... et manque de me trouver mal. Juste à côté de sa main se dresse, menaçant, l’un de ces minuscules scorpions blancs, vifs comme l’éclair, dont la piqûre vous dézingue un adulte en moins de deux.

         Mon premier réflexe est de me ruer sur mon fils pour l’arracher à son point d’appui, mais ce serait une erreur fatale : au moindre geste brusque, le scorpion risque d’attaquer.

         Que faire, alors ? Que faire ? La peur me paralyse.

         Inconscient du danger, Olivier lève la tête vers moi et me sourit. Alors, avec toute la douceur dont je suis capable, je l’appelle :

         — Viens, mon chéri... Viens chez maman... Doucement... Tout doucement...

         Par bonheur, c’est un enfant docile. Et calme. Obéissant à mon filet de voix tremblant, il lâche la poubelle pour me tendre les bras. Je l’emporte, les jambes flageolantes. On  a frôlé la catastrophe de très, très près.

         Rien que de le raconter, tiens, ça me donne le frisson !

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 05:55

Muriel

  Devenir héros de roman n’est pas du goût de tout le monde. Lorsque parut mon premier livre, « Et Rose elle a vécu », je m’empressai de l’envoyer aux copines de classe dont j’avais conservé l’adresse, puisque j’y évoquais notre passé commun. Partant du principe qu’il y a plus d’un âne au moulin qui s’appelle Martin, j’avais naïvement mis leurs vrais prénoms. La plupart d’entre elles, devenues entre-temps des femmes mûres, me remercièrent vivement. Cette lecture, m’assurèrent-elles, avait, durant quelques heures, ranimé leur adolescence, et un p’tit coup de jeunesse est toujours bon à prendre. Seule note discordante dans cet aimable concert : Muriel. C’était d’autant plus surprenant que je lui avais donné un rôle flatteur, vu qu’entre treize et seize ans, elle était mon idole. Je la trouvais belle, intelligente, bien sapée, gentille — bref, je la parais de toutes les qualités, et les pages la concernant reflétaient fidèlement cette admiration.

         «  Je trouve odieux, m’écrivit-elle, que mon image soit galvaudée par une écrivaillonne en mal d’inspiration. Tu me prêtes des paroles que je n’ai jamais dites et des sentiments que je n’ai jamais éprouvés. Si tu as besoin de personnages, invente-les mais ne pollue pas la mémoire des autres par tes soi-disant souvenirs bidons ! »

         Depuis, je prends toujours soin de changer les noms. Sauf ceux des amis sûrs, évidemment ! Et des morts — et encore...


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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 21:34

Un très joli article sur mon recueil de nouvelles paru chez Rivière Blanche : http://www.psychovision.net/livres/critiques/fiche/1063-memoire-dune-aveugle>  

memoiresaveugle01

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