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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 14:28

Admirez cette superbe illustration de "Mon âme est une porcherie" 

(http://xxeb.net/mon-ame-est-une-porcherie.php)Mon-ame-est-une-porcherie.jpg

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 07:40

Péché mortel

  A côté de chez mes parents, chaussée de Wavre à Ixelles, il y avait une minuscule bouquinerie tenue par une vieille dame charmante, madame Delcourt. Dès que je sus lire, elle devint ma caverne d’Ali Baba. Me proposait-on une glace, un bonbon ? Je demandais les sous et je courais, vite, vite, les dépenser chez elle.

         Ayant découvert Prévert grâce aux chansons des Frères Jacques, j’eus une envie folle de mieux le connaître. Je me rendis donc chez madame Delcourt qui dégota, dans le désordre indescriptible de sa boutique, un « Spectacle » en trop mauvais état pour être vendu, et m’en fit cadeau. Or, sur quoi tombé-je, en pleine extase littéraire ? Ce poème  qui me transit d’horreur :

          Jésus-Christ a une quéquette / Pas plus grosse qu’une allumette / Il s’en sert pour faire pipi / Vive la quéquette à Jésus-Christ ! 

  Je crois utile de préciser que j’avais, à l’époque, une dizaine d’années — peut-être moins — et que mes parents étaient très pieux. Élevée dans le respect des choses sacrées, je me sentis souillée par cette lecture. Pire, même : avilie. En me rendant complice d’un pareil sacrilège, n’avais-je pas commis un péché mortel ?

         «  A tous les coups, me dis-je avec effroi, madame Delcourt est un suppôt de Satan. C’est pour me corrompre qu’elle m’a donné ce livre. Si je meurs maintenant, j’irai en enfer... »

         Terrifiée par cette perspective, je courus d’une traite jusqu’à l’église et me ruai dans le confessionnal. Devant mon repentir sincère, le curé — qui, d’origine flamande, ignorait totalement qui était Jacques Prévert — me donna l’absolution. Je pense qu’il dut bien rire en découvrant le contenu du « livre diabolique » que j’avais, à dessein, abandonné sur mon prie-Dieu afin qu’il l’exorcise !

 

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 07:50

Un peu de douceur dans un monde de brutes

  Montreuil 1993. Je hais les salons. Trop de monde, trop de bruit, trop d’inconnus. Je me sens en-dehors de la fourmilière et c’est très douloureux. D’autant que je suis fragilisée par des refus à répétition — y compris de Jacques Chambon qui publie en priorité des auteurs américains. Mais bon, si je veux percer un jour, faut que je fasse un effort. Que je sorte de mon trou...

         Je rôde comme une âme en peine dans les allées bondées quand j’aperçois, ô joie, le stand Syros. Cette maison d’édition, qui vient d’accepter mon roman « A la folie » est, actuellement, ma seule perspective éditoriale. Elle incarne tous mes espoirs présents et à venir. Je m’y réfugie donc comme le naufragé sur son île déserte.

         A mon grand désappointement, Virginie L., mon éditrice, n’est pas là. Je feins de m’intéresser aux livres exposés, histoire de me donner un semblant de contenance, quand une dame en robe de vinyle noir s’approche de moi.

         — Vous êtes Gudule ?

         J’acquiesce, toute contente d’être reconnue par quelqu’un. Elle se présente, Antoinette R. , la nouvelle directrice, et m’assène, de but en blanc :

         — J’ai lu votre manuscrit, il est très mauvais. Vous n’êtes pas faite pour écrire des romans. Des petits albums, peut-être, mais pas de longs textes. C’est dans votre intérêt que je vous dis ça !

         Sous l’impact, je manque de tomber à la renverse.

         — Mais... Virginie l’a beaucoup aimé...

         — Virginie ne fait plus partie de la maison.

         D’un coup, l’atmosphère du salon est devenue irrespirable. Il faut que je sorte d’ici, tout de suite ! De l’air ! J’étouffe ! Je tourne les talons et fends la foule en direction de la sortie.

         Par chance, en chemin, je tombe sur mon vieux pote Siné. Enfin, un peu de douceur dans ce monde de brutes ! Du coup, je craque et fonds en larmes dans ses bras. ­Il a le bon réflexe : il m’emmène boire un coup. De ça, je lui serai toujours reconnaissante...


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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 07:38

Jardin secret

  Une petite dernière sur le sujet avant de l’enterrer définitivement. Suite au scandale provoqué par l’œuvre « sulfureuse » (sic) de ma tante, maman me dit entre quatre-z-yeux :

         — Jure-moi de ne jamais écrire de livres immoraux.

         Comme elle semblait y tenir, je m’y engageai solennellement. D’autant que je ne courais pas grand risque : par « immoraux », elle entendait sans doute « style Bernadette ».

         Je tins, en quelque sorte, parole. Jamais aucun de mes romans ne ressembla, de près ou de loin, à celui de mon auguste prédécesseuse. Même les plus anodins furent cent fois, mille fois pires...

         Quand parurent mes premiers ouvrages pour adultes, je me fis un point d’honneur de les passer à mon père. En lui recommandant toutefois :

         — Ne les montre pas à maman, elle n’apprécierait pas.

         Il approuva gravement. Je venais, sans le savoir, de lui faire un magnifique cadeau. Lui qui n’avait jamais eu de secret pour sa femme fut tout émoustillé par notre complicité. Ça lui donna un peu l’impression de la tromper, mais pour la bonne cause. Il prit la décision de ne lire mes livres qu’aux toilettes, où il leur aménagea une petite cachette derrière la chasse d’eau. J’eus peu de commentaires sur leur contenu —  apte, pourtant, à susciter sa saine indignation — et ses seules critiques concernèrent la syntaxe.

         Au bout de quelques années, il me les rendit.

         — S’il m’arrivait quelque chose, je ne voudrais pas que ta mère tombe dessus, m’expliqua-t-il.

         Je repris donc les six volumes en sa possession, et, du coup,  cessai d’être — en ce qui le concernait, du moins — un écrivain de chiotte.


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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 09:07

La vieille dame et le petit Chinois

  Il était une fois une vieille dame indigne, amoureuse d’un acupuncteur qui aurait pu être son petit-fils. Durant plus de deux ans, elle s’offrit, avec sa retraite, une séance de soins hebdomadaire...

         Cette vieille dame, c’est tante Bernadette. Elle a trente ans de plus ; moi aussi. Elle n’écrit plus ; moi bien. Et c’est pour ça que je l’intéresse. « Observe-moi, raconte-moi, je serai ton plus beau personnage », me dit-elle souvent. (Et, quelque part, elle n’a pas tort : j’en ferai l’héroïne de ma « Petite fille aux araignées ».) Bref, la voilà qui se met en tête d’organiser des goûters fins en l’honneur de sa passion du moment — passion non réciproque, je tiens à le préciser. J’y suis conviée en tant que témoin, et, bien que ce rôle me mette mal à l’aise, je me plie à ses desiderata : elle est si âgée ! Encore verte, certes, encore allègre, vêtue avec recherche, mais frôlant quand même les quatre-vingts cinq ans !

         Dans son coquet studio du Marais, nous nous retrouvons donc devant un lapsang-souchong avec le docteur Ming, fluet quadragénaire au visage de porcelaine. Bien décidée à le séduire, elle papillonne autour de lui, l’effleure du bout des doigts, le taquine, alternant subtilement regards enjôleurs, rires chavirés, propos coquins. À ces flamboyantes sollicitations, il répond par un sourire poli, et  se contente de grignoter ses macarons de chez Ladurée avec une discrétion de bon aloi. J’en fais autant — je ne suis pas là pour donner la réplique à ma tante. Depuis quand les spectateurs mêlent-ils leur grain de sel aux trilles des divas ? 

         — C’était parfait, roucoule-t-elle, une fois son invité parti. Je crois que le poisson est ferré. On remet ça la semaine prochaine.

         La scène se répète à plusieurs reprises sans qu’entre la vieille dame et le petit Chinois les sentiments semblent évoluer. Cependant, malgré les apparences, ce dernier n’est pas indifférent à l’atmosphère glamour qu’instaure son hôtesse. Si bien qu’un jour, pendant qu’elle prépare le thé à la cuisine, il se lève, vient vers moi et, sans crier gare, me roule un patin. J’en reste estomaquée, et plus gênée que je ne saurais l’exprimer. 

  Ce fut la dernière fois que j’assistai aux goûters de tante Bernadette. Elle m’en voulut beaucoup, car, sans sa spectatrice, la pièce tourna court. Après un ultime thé en tête-à-tête, le docteur Ming déclina toutes ses invitations. Et, à la consultation suivante, il lui fit répondre par sa secrétaire que, pour raison médicale, le traitement s’arrêtait.

        C’est à dater de ce jour qu’elle se mit à décliner. Elle est morte l’année suivante.

 

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 07:37

Les moutons noirs

  Tante Bernadette était le mouton noir de la famille — il en faut. Après avoir mené, durant près de cinquante ans, une vie de bâton de chaise, voilà qu’elle se piquait de littérature. Et qu’écrivait-elle ? Des cochoncetés, évidemment !

         Je n’oublierai jamais le jour où son bouquin, paru à compte d’auteur, arriva chez nous par la poste. Toutes affaires cessantes, mon père le parcourut — du moins jusqu’au chapitre 6, qui le fit sortir de ses gonds. Il s’empressa d’appeler l’aînée de ses sœurs, religieuse de son état, pour la mettre au courant des exactions de leur cadette. Et, afin d’étayer ses propos, il lui lut au téléphone le passage litigieux — une scène de dépucelage d’une vingtaine de lignes, suggérée plutôt que décrite, et usant de métaphores poétiques au détriment du terme cru.

         Ce qu’ignorait papa, obnubilé par sa sainte colère, c’est que je l’écoutais. La porte de ma chambre donnant sur le palier où se trouvait le téléphone, j’y avais collé l’oreille, intriguée par ses cris. Je pris donc connaissance, en même temps que sa frangine, de ce qu’il dénonçait.

         Perso, je n’y trouvai rien à redire. J’avais treize ans et lisais en secret Malraux, Appolinaire et Blaise Cendrars, à côté desquels tante Bernadette, toute dépravée qu’elle soit, faisait figure d’enfant de Marie. Cependant, je me gardai bien de donner mon opinion. Enfin, ce jour-là. Mais une semaine plus tard, comme l’infâme opuscule revenait sur le tapis, je ne pus m’empêcher de remarquer :

         — Franchement, je ne vois pas ce qui a pu te choquer...

         S’ensuivit un déferlement de questions, accusations, reproches et hurlements qui me fit aussitôt battre en retraite, et eut deux conséquences immédiates :  1) Papa brûla le dangereux ouvrage qui « avait déjà fait assez de dégâts comme ça »  2) Il écrivit une lettre bien sentie à son auteure, lui reprochant, outre de salir leur nom par ses insanités, d’avoir également perverti sa nièce. La missive s’achevait par cette phrase assassine : « Si ma fille tourne mal, je t’en tiendrai personnellement pour responsable. »

         Face à cette avalanche de reproches, ma tante ne récidiva pas. Ainsi tue-t-on dans l’œuf une Barbara Cartland.  

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 07:48

Mata-Hari

   Bruxelles, 1964. Je fais des galipetttes avec mon relieur, vous vous souvenez ?  Comme il habite à cinq cents mètres de la maison, et a déjà eu des démêlées avec les flics pour détournement de mineures, j’ai intérêt à me méfier. Pas question que les voisins me voient entrer chez lui. Je n’ose imaginer la tête de mes parents, commerçant honorablement connus dans le quartier, s’ils avaient vent de ma conduite !

         Je mets donc au point un statagème digne de Mata-Hari.

         À cette époque, bien qu’âgée de dix-sept ans, j’en parais à peine douze. Petite, maigrichoune, les cheveux coupés à la garçonne, pas de seins, pas de hanches, vous voyez le genre ?  Pour passer inaperçue, il me suffit de me déguiser en femme. Dans un grand sac, j’embarque les accessoires de ma métamorphose : talons aiguilles, foulard, une pelote de ficelle en guise de chignon (c’est la mode des « tomates » sur le sommet du crâne, avec le foulard par-dessus), lunettes noires, rouge à lèvres, et du coton pour rembourrer mon soutien gorge.

         — Je vais à la bibliothèque, dis-je à ma mère.

         — Ne t’attarde pas, répond-elle.

         A mi-chemin entre nos deux maisons, il y a une cabine téléphonique aux vitres dépolies. Je m’y glisse et, en deux temps trois mouvements, change de look. Ainsi puis-je me rendre incognito chez mon amant (le joli mot !) et, au retour, faire la manœuvre inverse.

         Je suis convaincue d’être méconnaissable jusqu’au jour où je croise la boulangère qui me lance distraitement :

         — Bonjour, ma petite Anne. Comme tu as grandi !  

         Mince ! Mata-Hari est démasquée.


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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 08:00

« Car le monde et les temps changent... »

  Ma fille, je l’espère, ne m’en voudra pas de révéler cet épisode croquignolet de sa folle jeunesse.

         J’étais dans un salon du livre pour le week-end, et Sylvain, régisseur sur un film, tournait dans les pays de l’Est. Mélanie, alors âgée de dix-sept ans, était donc seule à la maison.

         Le dimanche soir, je rentre. Et me retrouve nez à nez avec un jeune homme blond, nu comme la main, qui pousse un cri d’effroi en se ruant vers la salle de bains.

         «  Eh bien, on ne s’ennuie pas ! » pensai-je, amusée.

         Au même moment, la porte de la chambre s’ouvre et en sort un grand Black, lui aussi en tenue d’Adam. 

         — Oups ! s’étrangle-t-il en me voyant.

         Et il court rejoindre son collègue.

         L’instant d’après, c’est au tour de Mélanie d’apparaître, entortillée dans son drap de lit. 

         — Ah, c’est toi ? s’exclame-t-elle avec un adorable sourire. J’ai invité des copains de classe... On ne t’attendait pas si tôt !

         J’ai repensé à ma mère et j’ai éclaté de rire.

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 08:13

La réprouvée

   Au Thier-à-Liège, nous avions une voisine que personne n’aimait. Elle avait « un genre », comme on disait alors. En gros, elle portait des pantalons, n’allait pas à la messe le dimanche et s’attardait parfois, sur le pas de sa porte, à discuter avec de très jeunes gens. De plus, son rouge à lèvres débordait largement autour de sa bouche, ce qui, de l’avis général, était le signe d’une femme de mauvaise vie.

         — Ne parle pas avec madame Julienne, me disait-on.

         Et quand je demandais pourquoi, on me répondait évasivement : .

         — Ça ne regarde pas les enfants.

         Un jour, en jouant dans le pré du terril, là où les gens du crû jetaient leurs détritus, je découvre un trésor : une petite brosse et une ramassette. La brosse est pelée, la ramassette fendue, mais elles remplissent encore leur office. Je les ramène fièrement à Tantine, qui n’en veut pas. Alors, dans mon esprit, germe une super-idée :  je vais « louer » mes services aux mères de mes copains, contre une petite pièce. Ainsi, je pourrai acheter, à la boulangerie, ces délicieuses sucettes à « l’assucitru » (comprendre « acide citrique ») qui rendent la langue toute rouge et font grincer des dents.

         Sitôt pensé, sitôt fait. Hélas, j’en suis pour mes frais. Le Thier-à-Liège n’est peuplé que de bonnes ménagères, économes de surcroît, dont le sol est impeccable et le budget serré. Elles déclinent donc mon offre.          

         Ne reste que madame Julienne.

         Sur son seuil, j’hésite, je piétine. Entre l’appât du gain et le devoir d’obéissance, le choix est cornélien. Le Bien et le Mal se disputent mon âme.

         Le Mal gagne, comme toujours. D’un doigt incertain, je toque à la porte. Madame Julienne vient ouvrir. Elle est en pyjama, pas coiffée, pas maquillée ; on dirait ma tante au réveil (sauf que là, il est presque midi). Tout intimidée, j’expose ma requête.

         — C’est le Ciel qui t’envoie ! s’écrie-t-elle en riant.

         Et elle me fait entrer dans une cuisine très sale, au carrelage jonché d’épluchures et de miettes de pain.

         — Au travail, petite fée du logis !

         Ma prestation, bien  qu’approximative, me rapporte cinq francs ; une véritable fortune. Que je m’empresse d’aller dépenser à la boulangerie, ce que la boulangère, elle, s’empresse de raconter à ma tante.

         — D’où tenais-tu cet argent ? me demande sévèrement cette dernière.

         — J’ai balayé chez les voisines. 

         — Tu mens : elles m’ont toutes dit qu’elles t’avaient rembarrée. N’aurais-tu pas piqué des sous dans mon porte-monnaie, par hasard ?

         J’ai baissé la tête. Valait-il mieux passer pour une voleuse, ou avouer mes mauvaises fréquentations ? En terme de morale, le vol était moins grave... J’ai donc avoué un crime que je n’avais pas commis pour en cacher un autre. Et, en punition, j’ai dû balayer la cuisine, gratuitement, pendant huit jours !

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 05:13

Une poule sur un mur

  En 1997, Jean Rollin tourne « Les orphelines vampires » où il m’offre le rôle de la mère supérieure de l’orphelinat. L’aventure me tente, bien sûr ! D’une part, je suis flattée qu’il ait pensé à moi, et d’autre part, l’idée de me déguiser en nonne titille ma fibre iconoclaste. En revanche, je ne sais pas jouer — mais pas du tout, du tout !

         — Et alors ? répond-il en riant. Ce n’est pas ça que j’attends de mes acteurs.

         — Qu’attends-tu, alors ?

         — Qu’ils correspondent à ce que j’ai dans la tête, et c’est le cas.

         Bref, bon gré mal gré, je me retrouve sur le plateau, en voile et robe de bure.

         C’est une expérience toute nouvelle, pour moi. En-dehors de quelques brèves figurations alimentaires, je n’ai jamais participté à un tournage. Alors, j’écoute, je regarde, je m’imprègne de l’ambiance ; je parcours le décor de long en large et observe attentivement l’équipe technique. Pour quelqu’un qui adore le cinéma, le vivre de l’intérieur, quel privilège !

         Les premières scènes auxquelles je participe se déroulent plutôt bien, même si j’ai le sentiment de réciter mon texte comme une élève de sixième. Jean assure : « Tu es parfaite ». Et vient la fameuse séquence de la poule.

         C’est l’un des moments-clés du film. Sur le sol de la buanderie gisent deux adolescentes (dont ma fille Mélanie),vidées de leur sang par les vampirettes. Ces dernières, repues, barbouillées de bave rouge, dorment à leurs côtés, un sourire angélique aux lèvres. J’ouvre la porte, vois le spectacle, pousse un grand cri et tombe à la renverse dans les bras de sœur Marthe. Or, s’il est une chose difficile, pour un comédien — ou qui, en tout cas, requiert du métier —, c’est bien de crier. Libérer de soi ce jaillissement sonore sans être ridicule est une performance de vrai pro. Je le dis à Jean qui me rassure aussitôt :

         — Tu fais comme tu sens, on corrigera au montage. Au pire, je remplacerai l’image par un gros plan sur les gamines, avec un cri off.

         Bon, si c’est comme ça, ça va. On tourne la scène, j‘émets une sorte de caquettement de poule qui pond, Jean dit : « Très bien, on la refait », et je réitère ma performance une demi-douzaine de fois avant de passer à la séquence suivante.

         Quelques mois plus tard, c’est la générale. Heureusement qu’il fait noir dans la salle : mes première apparitions me remplissent de confusion. Dieux, que je suis mauvaise ! Je rentrerais bien sous terre...

         Mais que dire, alors, de la fameuse scène ? Jean Rollin l’a gardée dans son intégralité, y compris le cri de poule. C’est proprement insoutenable.

  En sortant de la salle, je rasais les murs, planquée derrière le col de mon manteau. Heureusement, personne ne m’a reconnue, et Jean était trop occupé avec la presse pour me remarquer. Encore une chance que le film, comme tous les films de Rollin, n’ait eu qu’une audience limitée. Je n’aurais pas survécu à une honte nationale !

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